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Les sirènes de minuit

La Bretagne sous le joug totalitaire ( 14 mars 2004 )

Jean-François Coatmeur est un peu à Brest ce que Patrick Raynal est à Nice. De vieux briscards gauchistes, virtuoses du polar noir à souhait, ancré dans la France provinciale et une région à forte personnalité. Faconde méridionale en moins, le Breton est plus austère. Plus engagé aussi. Son dernier roman, Les sirènes de minuit, couronné par le Grand prix de littérature policière est la reprise d’une histoire imaginée en 1976, quand on croyait encore toutes les révolutions possibles. Les pires y compris.
Brest, en décembre, deux ans après le coup de force du général Chopinet – on peut être un grand auteur et ne pas résister à un jeu de mots facile – qui a porté la Rénovation Nationale au pouvoir. Répression, délation, police politique aux aguets… l’ordre règne. La prostitution et la religion ont le vent en poupe. La criminalité connaît une régression spectaculaire. Même le F.L.B. (Front de Libération de la Bretagne) s’est sabordé et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes totalitaire si n’était pas apparu un mystérieux Front Révolutionnaire Armoricain. Et si un couple de notables n’était assassiné dans d’étranges conditions.
Dans une atmosphère oppressante et glauque, les personnages se croisent sous la grisaille d’un crachin constant : l’immigré bouc-émissaire – un portugais au chômage ; les grands bourgeois aux inavouables petits secrets; le commissaire principal que ses hémorroïdes empêchent d’être courageux… Flics ambigus, politiciens trouillards, bigots illuminés et pseudo-terroristes se débattent dans cette politique-fiction qui illustre, dit l’auteur, « la révolte des humbles contre la déraison d’État ».
Peut-être moins puissant que son titre précédent, « Tous nos soleils sont mort », le dernier livre de Coatmeur recèle les mêmes qualités d’écriture sobre et dense, le même sens de l’intrigue qui ne faiblit à aucun instant. Coatmeur reste décidément l’une des grandes références françaises en matière de polar.

Pascale Primi.

Var Matin – Corse Matin - 14 mars 2004


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