Changer l'univers graphique : Brest ou Douarnenez

Des feux sous la cendre

Trous de mémoire ( Janvier 1995 )

Son parcours breton, Coatmeur l’a commencé en 1963 en publiant au Masque «Chantage sur une ombre» dont l’action se déroule à Douarnenez et où on voit un vieux flic enquêter sur la mort mystérieuse d’un de ses proches. Après quoi, il l’a poursuivi durant une quinzaine d’années chez Denoël, d’abord dans la collection «Crime club» et ensuite dans la collection «Sueurs froides», laquelle aura été longtemps en France un véritable creuset du roman policier psychologique. Parmi la dizaine de livres publiés par Coatmeur chez Denoël, on détachera «Les sirènes de minuit», «Le mascaret» et surtout «La bavure» que viendra couronner, en 1980, le Prix Mystère de la Critique.
Depuis 1984, Coatmeur est édité dans la collection «Spécial suspense» d’Albin Michel où chacun des cinq romans qu’il a publié à ce jour a connu un joli succès de librairie. Et voilà à présent son sixième, «Des feux sous la cendre». Coatmeur, lit-on page 4 de couverture du livre est «un des seuls auteurs français de thrillers capable de rivaliser avec les maîtres anglo-saxons». D’une manière générale, ce genre de propos rapporté sans nuance par l’éditeur d’un ouvrage est toujours suspect. Mais, en l’occurrence, il n’est pas loin de rejoindre la vérité car ce qui caractérise l’écrivain breton et, en particulier ses derniers romans, c’est la densité. Il y a chez lui à la fois du John le Carre et du Ruth Rendell, c'est-à-dire une façon singulière d’épaissir l’intrigue et de fouiller l’âme de ses personnages, de les observer comme à la loupe à travers leurs moindres paroles et leurs moindres gestes. Ici, ils sont nombreux mais Coatmeur en détaille essentiellement quatre: Bernadette, une jeune fille qui, après un accident survenu à Recouvrance, est devenue amnésique, sa mère, son père et son ami Jean-Loup. Celui-ci et la mère n’ont qu’un but: essayer de savoir ce qui a provoqué l’accident de Bernadette. Et pour arriver à leur fin, ils vont remuer ciel et terre, se transformer en enquêteur de fortune, buter sans cesse contre des silences et des mensonges, rencontrer des gens hostiles et violents et, de fil en aiguille, se rendre compte que Bernadette avait une vie cachée et d’étranges et redoutables relations. Et, en même temps, ils vont, d’un périple à l’autre et de visite en visite, découvrir une Bretagne secrète, tout un monde en trompe-l’œil, tout un peuple de faussaires et d’imposteurs.
Il faut le reconnaître: «Des feux sous la cendre» est un thriller remarquable, construit et écrit avec un réel talent. «Violence sourde, angoisse feutrée, oasis de tendresse» mentionnait Maurice Perisset en 1986 en parlant d’un des précédents romans de Coatmeur, «La nuit rouge». Ces même ingrédients se retrouvent ici – et probablement ont-ils plus d’épaisseur encore. S’il était besoin de prouver que le thriller peut être une véritable esthétique du mystère, ce livre français en serait sans doute un des meilleurs exemples.

Alexandre Lous

Magazine littéraire - Janvier 1995


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