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Des croix sur la mer

Comment peut-on être breton ? ( Août 1991 )

Découvrez ou redécouvrez Jean-François Coatmeur, natif de Douarnenez et auteur de romans policiers: un régal

Jean-François Coatmeur appartient à cette catégorie d’écrivains qui retiennent davantage les lecteurs que la critique. Et pour cause: il relève de ce genre (mauvais ?), la littérature policière, que l’on lit beaucoup mais dont on parle peu en dépit même de l’apparition du TGV dans les gares françaises. Autre inconvénient majeur pour la carrière mondaine de Jean-François Coatmeur: comme son l’indique, il est breton – ce qui, à priori, ne représente pas une tare fondamentale, après tout Châteaubriant, Alain Robbe-Grillet, et Yann Queffelec l’étaient et le sont aussi -, mais il situe la plupart de ses romans dans la Bretagne, mieux (ou pis ?), dans le Finistère dont il avoue aimer les paysages, le ciel, Brest, Douarnenez, la mer et le vent. Auteur régionaliste, donc. Eh bien non ! Jean-François Coatmeur est l’un des meilleurs écrivains contemporains non seulement bretons mais français. Et on ne saurait trop vous conseiller de le découvrir à l’occasion de cet été trop chaud dans le Sud et trop pluvieux dans l’Ouest.
L’actualité littéraire s’y prête. Le dix-septième roman de Jean-François Coatmeur «Des croix sur la mer» vient de paraître chez Albin Michel, et Denoël réédite en un seul volume, sous le titre de «Sueurs froides», quatre de ses ouvrages précédents: «Aliena», «La voix dans Rama», «Les sirènes de minuits» et «Le mascaret». Le dernier roman de Jean-François Coatmeur, «Des croix sur la mer» donc, pourrait d’une certaine façon marquer un tournant dans son œuvre. Cette fois il ne s’agit pas de crime ni d’enquête mais d’un suspense qui n’a rien à voir avec la fiction.
L’action se passe en août 1944 dans un petit village au bord de l’océan. L’époque n’est pas gaie: les troupes s’accrochent encore un peu avant l’inéluctable retraite ; les FFI se montrent de plus en plus audacieux. C’est dire que la vie, même dans ce petit port d’un des caps de Bretagne (toujours oui !), est dangereuse: les collabos rentrent la tête dans les épaules, les résistants prennent des risques, les demoiselles qui ont eu des grâces pour l’occupant tremblent pour leurs cheveux. Et quiconque, pour son malheur, peut faire son entrée dans l’histoire. Ce sera le cas de Jean Palu, l’infirmier local, qui se fait cueillir par des soldats et se retrouve dans l’inconfortable position d’otage. Position privilégiée pourtant, si l’on peut dire, d’où il peut à loisir, pour les quelques heures qu'il lui reste à vivre, observer le comportement de son, de ses prochains, ceux qu’il a rejoints et ceux du dehors, mais aussi faire le point sur sa vie, sur sa femme qui l’aime et ne l’aime pas – enfin qui fait un partage entre ses sentiments et ses émotions – sur son destin dont le point final est proche.
En filigrane ou encore en contrepoint, Marie, une paumée plutôt gentille qui soigne inlassablement son père larvaire et a connu naguère quelques douceurs avec un Allemand, traverse le livre. Le malheureux Jean Palu sera fusillé sur la plage où, petit garçon, il jouait. C’est horrible, bien sûr, mais pour l’accompagner il aura eu le bruit et l’odeur de la mer bretonne, ce qui n’est pas rien.
Dépouillé, écrit d’un trait, dense et vif à la fois, le roman de Jean-François Coatmeur touche au cœur. On a les yeux qui piquent. Comme d’habitude. Car si on lit (ou relit) les quatre «polars» réédités par Denoël, on y retrouve, en dépit du genre cité plus haut, la même rigueur, la même précision, la même poésie. Simplement, dans «Des croix sur la mer», le texte est plus dépouillé, le ton plus nostalgique. N’empêche, c’est dans ce livre-là comme dans les autres la vie avec ses tragédies, ses rigueurs, ses ruses et ses comédies qui vont. Un conseil pour les vacances: découvrez Jean-François Coatmeur, le petit cousin de Graham Greene et de Georges Simenon.

Jean-François Josselin

Le Nouvel Observateur - Août 1991


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