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Des croix sur la mer

L’écrivain brestois change de registre – Coatmeur : du polar au roman noir ( 4 juin 1991 )

«Des croix sur la mer» vient de paraître. Signé Jean-François Coatmeur. Ce n’est pourtant pas un roman policier. Mais on ne se refait pas: le style, le ton, le sens de l’angoisse et du suspense littéraire d’un écrivain qui a su imposer sa manière et ses idées dans le roman noir français.

Prof de lettre à Brest, Jean-François Coatmeur est un homme tranquille. Un conteur né. Une façon de mettre en scène des événements, des personnages avec tout leur poids d’humanité, leur fragilité, leurs héroïsmes ou leurs lâchetés de circonstances.

Roman noir, roman d’idée

L’histoire qui lui a inspiré «Des croix sur la mer», c’est son histoire. En août 1944, les Allemands acculés tentent d’évacuer le Cap Sizun à la pointe de Bretagne. Jean-François Coatmeur est âgé de 18 ans. Il est pris comme otage. Mis le dos au mur. Pendant sept heures, promis aux balles des mitrailleuses allemandes. Un souvenir tragique qui le marque à vie. «Il fallait que je raconte cet épisode de ma vie. Mais il m’a aussi fallu attendre le temps de la maturité.» L’autobiographie s’arrête là. «Des croix sur la mer» est une fiction.
Une première fiction qui ne soit pas un «polar». Ou plutôt – Coatmeur préfère l’expression – un roman noir. A peine une infidélité à un genre qui a fait la notoriété de l’écrivain brestois. Denoël vient de rééditer «Les sirènes de minuit », «Le mascaret», «Aliena» et «La voix dans Rama» introuvables depuis des années ! A peine une infidélité à un style et un ton que Jean-François Coatmeur a su imposer au fil de ses livres.
Il est venu au policier un peu par hasard… Et beaucoup par Narcejac. «Boileau-Narcejac, Japrisot m’ont influencé. Au départ. Mon premier livre, Chantage sur une ombre, est paru au Masque en 1963. Je n’en étais pas très content. J’avais appauvri la première mouture pour entrer dans le moule des collections policières.» Depuis, Coatmeur s’est émancipé. «La voix dans Rama» d’abord, puis «Le squale» et surtout «Les sirènes de minuit» laissent percer le critique social, le polémiste politique, l’«humaniste impénitent». Avec en plus le sens du suspense, de l’intrigue, de l’angoisse. «La bavure», «Morte fontaine», «La nuit rouge», «Yesterday», «Narcose», «La danse des masques»: un Coatmeur se reconnaît dans les premières pages. Épaisseur des personnages, thèmes chers au cœur de l’écrivain. Coatmeur est résolument contre l’exclusion, la raison d’État, la politique qui magouille, la bonne conscience complaisante. Et il le dit. Le roman noir peut être simple question de ficelles. Coatmeur, lui, y met toute son âme, ses convictions comme ses doutes.

Christine Brulé

Ouest-France - 4 juin 1991


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