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Le mascaret

Espagne: la guerre est finie ( 28 août 1977 )

«Mascaret: surélévation brusque des eaux qui se produit dans certains estuaires au moment du flot et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante (Petit Larousse Illustré)». C’est aussi le titre d’un excellent roman de Jean-François Coatmeur, Breton et professeur de lettres dans un lycée de Brest.

Le docteur Roberto Ramirez, réfugié espagnol, a écrit un ouvrage qui devient un best-seller, «Les derniers Hilotes». Parallèlement à cette activité littéraire, il fait la connaissance d’une jeune femme, Chantal Ragon, qui éprouve le besoin de se rendre utile aux autres. Alors, elle va militer dans un mouvement autonomiste basque. Elle participe à un attentat contre un industriel puis est arrêtée. Quand au docteur, dirige-t-il l’organisation de France ? Quelles sont les raisons qui ont poussé Chantal à s’engager ? Quel est le rôle de son mari dans sa libération et celui de Chico, le serviteur du docteur, qui le suit comme son ombre ? Peu à peu, au fil des pages le voile se lève sur le mystère. On apprend entre autres qu’il y a eu provocation policière.
Jean-François Coatmeur a rassemblé les éléments du récit en 1975. En 1977, il y a eu les premières élections libres depuis la République. Pourtant l’Espagne l’a marqué dès son enfance. Âgé de onze ans lorsque la guerre civile a éclaté, il précise: « L’Ouest-Eclair rendait compte des événements. Il y avait le bon Dieu et le diable. Franco passait pour un grand homme. Quant au diable… c’étaient les Républicains.»
On sent à travers le roman la solitude du petit groupe qui combat jusqu’au bout pour défendre ses idées. Les erreurs, la peur de la trahison et les angoisses devant l’acte à accomplir font partie du quotidien. Il y a un certain coté dérisoire, voire tragique. On a l’impression que l’auteur aurait aimé être plus vieux pour participer lui-même à l’épopée.

En huit romans, Jean-François Coatmeur a maitrisé la forme et le fond. Il s’attaque à la bourgeoisie bien en place dans «Baby foot» et «Le squale», puis imagine avec «Les sirènes de minuit» un assassinat à Brest dans une France gouvernée par un certain général Chopinet. L’ouvrage a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1976. A partir de ce livre, il ajoute: «Je me suis senti capable de dire certaines choses que je ne croyais pas pouvoir dire avant, car j’ai pris un peu d’assurance. Maintenant, à travers le roman policier, je peux exprimer modestement certains jugements sur les événements et les hommes car je me suis libéré du carcan dans lequel j’étais à l’étroit» . Bien sûr, il réagit très violemment contre ce qu’il appelle à tord ou à raison l’injustice.
Jean-François Coatmeur avoue humblement qu’il n’a pas de « culture policière » hormis les romans et nouvelles de William Irish et l’œuvre de ses amis Boileau et Narcejac. Étranger au langage des truands, il pense qu’il est plus facile de faire parler les gens qui ont de l’éducation plutôt que ceux qui n’en on pas. D’ailleurs, il éprouve beaucoup d’affection et de tendresse pour ces héros.
Modestement, il lui semble qu’il a un petit public. Avec «Le mascaret» on ne peut que lui souhaiter un grand.

Pierre Lebedel

Le Figaro - 28 août 1977


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