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La bavure

La bavure ( 19mai 1980 )

Depuis «On l’appelait Johnny» paru en février de l’année dernière, Jean-François Coatmeur n’avait pas donné signe de vie, ce silence ne laissait pas d’inquiéter ceux – et je suis du nombre - qui tiennent l’auteur des «Sirènes de minuit» pour un des meilleurs écrivains français de littérature policière, même si «Johnny» n’avait pas tenu les promesses des précédents romans. «La bavure» vient à point pour nous rassurer sur la forme de Jean-François Coatmeur, ce roman est un excellent thriller qui rappelle les meilleurs ouvrages des grands auteurs américains; remarquablement construit et écrit il possède de surcroit ce rythme qui est la marque des meilleurs romans noirs des années 50.

Ce livre est l’histoire d’un homme meurtri, solitaire et qui veut découvrir coûte que coûte qui a tué sa femme (dont il est séparé) et son fils qui a été le témoin involontaire du meurtre.
Cette «bavure» n’était sans doute pas prévue par l’assassin, on voulait se débarrasser de la jeune femme dont les activités journalistiques gênaient quelques hauts personnages en place.
Mais Albert Laugel se moque des gens en place. La vengeance est, pour lui, un plat qui se mange chaud et il décide de reprendre seul une enquête qui démarre mollement du coté de la police, celle-ci commençant d’abord par soupçonner Laugel ce qui le met dans une situation délicate.
Peut-on cependant reprocher aux enquêteurs leur premier mouvement ? Après tout Laugel et Liz sont divorcés et bien que séparés n’ont-ils pas passé une soirée ensemble et juste avant le double meurtre… et l’homme ne peut faire état que d’un alibi douteux ! En somme Albert Laugel est le seul à savoir qu’il n’a pas tué son ex-épouse et son fils.
Il ne lui reste plus qu’à mener de son coté, et avec de faibles moyens, une enquête serrée qui progresse lentement mais abouti à d’étonnantes découvertes… Chacune d’elles étant d’ailleurs marquées par de nouvelles morts violentes.

«La bavure» on le voit n’est pas un aimable divertissement, mais un suspense plutôt angoissant d’autant que J.F. Coatmeur pose sur le monde corrompu qui l’entoure un regard particulièrement lucide et féroce.
Et si la vengeance de Laugel est terrible elle ne le laisse pas intact.

Parce que nous l’avons attendu longtemps, le retour de J.F. Coatmeur doit être marqué d’une pierre blanche.

Michel Renaud

Le Dauphiné Libéré - 19mai 1980


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