Changer l'univers graphique : Brest ou Douarnenez

Les sirènes de minuit

Les sirènes de minuit ( 26 juillet 1976 )

Sherlock Holmes et Hercule Poirot jouaient naïvement le jeu de la déduction. Ils croyaient au fair-play intellectuel. Jean-François Coatmeur qui vient de recevoir le Grand Prix de littérature policière pour «Les sirènes de minuit» (Denoël) a introduit la mauvaise foi jusque dans la recherche des indices. Il vient d’inventer l’«enquête truquée».

Le roman est double. Sur un thème classique (qui a tué Éric Fontanges et sa femme, Fabienne ?) se greffe un second thème qui appartient à la «politique-fiction». L’auteur a placé son récit en 198… La France est alors dirigée par un dictateur dont la police politique vise surtout à maintenir l’ordre par tous les moyens. Elle arrête donc, pour jeter un coupable à l’opinion publique, le premier suspect venu, un travailleur portugais.

C’est cela même qui caractérise la «politique-fiction». Il n’est point besoin, comme le font les auteurs américains, de mettre en scène des politiciens conspirant contre le Président, c'est-à-dire, au fond, d’introduire le gigantisme dans le roman policier. Il suffit de placer, devant les yeux du lecteur, un verre déformant qui fait, en quelque sorte, grimacer le réel, et aussitôt le monde ricane.

Le procédé pourrait produire un énorme effet d’humour noir. Coatmeur a préféré réagir par l’indignation : ses sirènes de minuit (les bateaux mouillés à Brest font hurler leurs sirènes, parait-il, pour saluer la nouvelle année) crient à conscience bafouée.

Boileau-Narcejac

Le Nouvel Économiste - 26 juillet 1976


Contact   Actu   Mentions légales   © Jean-François Coatmeur.bzh