« Aliena », 1968 - Denoël - Crime club

Aliéna

[Temps de lecture : 2 minutes]

Françoise a-t-elle été assassinée ? Anne est-elle réellement amnésique ?

Anne et Françoise, qui ne se sont jamais rencontrées, peuvent-elles avoir le même destin, les mêmes ennemis, la même fin ?

[Entre la publication de « Nocturne pour mourir » et celle de « Aliena » plus de quatre années se passent. Période sabbatique du jeune auteur ? Non, plutôt, ce que Thomas Narcejac appelle « le moment du 3° bouquin. Le 1er n’est rien; le second, c’est encore facile. Mais 3° décide de la suite. » (lettre à Jean-François Coatmeur, octobre 1965). Dès 1962, il a envoyé le manuscrit de « Ballet noir » (qui paraîtra en 1972 sous le titre « J’ai tué une ombre ») chez Denoël; Robert Kanters, directeur littéraire, le laisse sans réponse… En 1963 et1964 il travaille sur « Du sang à la hune » que Denoël refusera en 1965. Il sera pré-publié en 1967 en feuilleton dans Le Hérisson sous le titre « Les clandestins ». En 1965, il écrit une nouvelle « Nuit de noces » qui sera publié en octobre 1965 dans le numéro 213 du magazine Mystère Magazine. Toujours en 1965, il écrit une première version des « Sirènes de minuit » qui sera refusé par Denoël. En 1966, il écrit «Jeu de dame» avec lequel il s’inscrit au Prix du roman d’aventures organisé par Le Masque (ce roman restera inédit). Toujours en 1966, il écrit « Escroquemort » que Denoël refusera début 1967 (remanié, « Escroquemort » sortira finalement en 1992, dernier roman Coatmeur chez Denoël !). Fin 1967, il termine « Aliena ». Accepté par Denoël en avril 1968, il sortira en décembre de la même année.

Les personnages d’Anne et de Françoise ont été inspirés par une personne que Coatmeur a rencontré lors d’un séjour en vacances à Ravennes en août 1966.]

  • Denoël – Crime-Club n° 263 (1968)
  • Réédition dans « Coatmeur – Sueurs froides » (1991)

Aliéna

Jean-François Coatmeur publie peu, mais donne des romans solides, bien écrits, dont le sérieux tranche sur la production actuelle. «Aliéna» est un roman construit sur deux plans : d’une part, nous allons vivre avec Madame Pietri, atteinte d’une grave dépression nerveuse, et qui paraît bien être la prisonnière de son mari ; d’autre part, nous faisons connaissance avec une jeune femme, Mona, désespérée par la disparition dramatique de sa propre sœur, Françoise.

Bien évidemment, les deux séries d’événements doivent se rejoindre quelque part, mais elles sont si éloignées l’une de l’autre, et surtout les personnages semblent si étrangers, que tout dénouement logique paraît impensable. L’originalité de l’auteur est d’éclairer peu à peu le mystère par le mystère et de déboucher sur une solution totalement imprévue.
B. N.

Les Nouvelles Littéraires - 6 janvier 1969

Aliéna

Un matin (vous savez que le jour est venu puisque les oiseaux chantent), un matin donc, vous vous réveillez dans le noir. Il suffit de se lever, de tirer les rideaux (de repousser les volets peut-être) pour que la lumière pénètre dans la chambre. Hélas I vous ne pouvez bouger, vous êtes comme paralysé : vous devinez même votre bras prisonnier d'une gangue de plâtre. Enfin, vous parvenez à déplacer une main (se frotter les paupières) et vous constatez qu'un bandeau collé à votre front recouvre vos yeux. Avec le dur réveil de l'aveugle, vous découvrez l'univers des bruits, des odeurs, des présences invisibles. Ainsi cette jeune femme, Anne, quitte-t-elle un mauvais rêve pour entrer de plain-pied dans le cauchemar : ses Intimes lui sont anonymes et son mari (elle était donc mariée ?) reste un Inconnu. Voilà un bon départ pour l'angoisse. Jean-François Coatmeur, l'auteur, nous y entraîne doublement : dans le même temps qu'Anne se heurte à la " non-existence " dans une propriété de l'Eure-et-Loir, un policier, à Paris, essaie de comprendre pourquoi Françoise, la sœur de cette Mona qui boit trop, s'est suicidée (mais est-ce un suicide ?...)

Il ne s'agit pas de deux histoires parallèles : l'une ne se définit que par l'autre. Rien n'est laissé au hasard dans ce livre, chaque mot, chaque geste, chaque sensation contribue à l'explication finale. Non seulement ce récit se révèle un brillant exercice de style (l'angoisse est un " genre " littéraire qui supporte mal la médiocrité) non seulement il se dévore d'une seule traite, mais le talent de l'auteur nous rappelle combien notre raison demeure fragile, combien l'univers de chacun est limité par les minces choses du quotidien.

Jean-Marie Dublay

Le Monde - 8 février 1969

Vient de paraître : Aliena, La voix dans Rama, Les sirènes de minuit, Le mascaret

Premier titre d’une série de grandes rééditions du fonds de littérature policière de Denoël, ce fort volume regroupe quatre romans d’un des grands auteurs, discret, du polar français. Mention spéciale pour «Aliena» (1968) invraisemblable machination à partir d’une usurpation d’identité et d’une jeune amnésique, ainsi que pour «Les sirènes de minuit», politique-fiction qui transpose en France le Chili de Pinochet.

Libération - 25 juillet 1991

Jean-François Coatmeur, le maître du roman à suspense

Jean-François Coatmeur est né le 26 juillet 1925 dans le Finistère, région à laquelle il reste fidèle. Nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Les éditions Denoël viennent de faire paraître dans la collection Sueurs froides, quatre récits regroupés en un très beau volume. «Aliena», une étrange histoire d’amnésie dans un univers très fermé. «La voix dans Rama», dans un collège, un enfant disparaît… une intrigue à Douarnenez… un homme de condition modeste fait un beau mariage, mais ce changement de condition sera un échec. «Les sirènes de minuit» un récit de politique-fiction mêlé d’une intrigue policière. «Gestes anodins, familiers. Destins qui se nouent. Comparses malgré eux, héros effarés d’une saga démente. Mort en sursis, ignorant que sur leur tête le signe s’est posé…». «Le mascaret» se situe entre la France et l’Espagne, dans les années franquistes, une française est arrêtée pour terrorisme…
Quatre romans, quatre ambiances qui présentent bien le talent de Jean-François Coatmeur.

Dans la préface, Jacques Baudou écrit très justement «Jean-François Coatmeur n'appartient pas à la petite chapelle des écrivains policiers célébrés par la critique à la mode: il se tient pour cela bien trop loin des engouements survoltés et souvent fallacieux des cénacles parisiens. Cela ne l'empêche nullement d'être aujourd'hui l'une des figures de proue de l'actuelle littérature policière française, l'une de ses véritables vedettes, et sans conteste notre meilleur auteur de suspense. Les lecteurs, eux, ne s’y sont pas trompés qui font de chacun de ses livres un succès.»

Véronik Blot

L'Echo de la Presqu'ile - 13 septembre 1991

Auteur

Auteur de romans policier, Grand prix de littérature policière en 1976 pour Les Sirènes de minuit (Édition Denoël)