Les adaptations à l’écran de l’œuvre de Jean-François Coatmeur

Mai 2001 – Jean-François Coatmeur sur le tournage du film Des Croix sur la mer avec Marie Guillard et Laurent Mallet
Plusieurs romans ont été adaptés, principalement pour la télévision : Les Sirènes de Minuit, La Bavure, Le Squale, Morte fontaine.
Une nouvelle, La Fiancée a été adaptées pour trois courts métrages.
Le seul roman adapté pour le cinéma, La Nuit rouge a été un fiasco «J’avais honte. on a décidé de faire interdire l’exploitation commerciale du film» dira Coatmeur.
«Ballet noir» est un recueil de nouvelles précédemment publiées dans diverses revues à partir de 1965 (voir Les nouvelles).
Ballet noir, c’est l’histoire d’Évelyne, la petite fiancée qui n’aura jamais quinze ans, de Grégori, le tueur à gages touché par la Grâce, de ces deux adolescents rebelles qui avaient rendez-vous avec la mort, du Maître du Feu et de sa rencontre avec l’enfant-vieux, de Chapoutte, le prof chahuté qui faillit croire au Père Noël, celle encore…
Ballet noir, dix-sept variations sur le temps comme il va, un temps peuplé de gosses mal aimés, de destins saccagés, d’exclus. De victimes. On s’y ment, on s’y déchire, on y souffre, et l’Ange trop souvent y côtoie la Bête. Tableau cruel, où l’humour trace son sillon noir ou gris, tout imprégné pourtant de tendresse, aussi terrible que puisse en être parfois l’expression, et il arrive que la machination la plus perverse, miraculeusement, aboutisse à l’amour… De l’énigme au suspense, du portrait au couteau à la scène d’action ou à la peinture d’atmosphère, dix-sept figures contrastées, cocasses ou douloureuses, de la tragi-comédie humaine.
Secrets d’écriture
Pour ce recueil de nouvelles, Jean-François Coatmeur reprend le titre « Ballet noir » qu’il avait utilisé en 1961-1962, proposé au Masque pour le Grand Prix du roman d’aventure et non retenu. Ce roman sera également proposé la même année à Denoël, puis l’année suivante dans une version remaniée. Représenté en 1971 chez Denoël, « Ballet noir » paraitra finalement en 1972 sous le titre « J’ai tué une ombre ». Une réédition en 2001 sous le titre « Outre-mort » chez Liv’Édition achèvera ces mutations de titres.
Liste des 17 nouvelles :
- L’ange et la bête
- Tentation
- Deux tours en trop
- Bombe funèbre
- Tendresse
- Les cobayes
- L’accident
- Nuit de noces
- An toul doun (Le trou profond)
- Séparation
- Joyeux Noël
- « Secret défense »
- La fiancée
- Bonhomme Soleil
- Catharsis
- Deux ados
- Le manteau de Noé
- Albin Michel – Hors collection – 1998
- Prix de la ville de Limoges 2000
- Prix du roman populaire de la ville d’Elven 2000
Adaptations cinéma
Deux nouvelles ont fait l’objet d’adaptation : Deux tours en trop et La fiancée (3 adaptations).
D’une valeur inestimable 

Adaptation de « Deux tours en trop », pré-publié septembre 1976 dans le numéro 3 du Magazine du mystère.
Épisode de la série « Les enquêtes d’Éloïse Rome »
Réalisation de : Edwin Baily
Scénario de : Philippe Setbon
Année : 2001
Durée : 0h52
Une jeune interne est retrouvée morte. Son amant, cancérologue dans le même hôpital, est immédiatement soupçonné. Mais un autre médecin s’accuse du meurtre. Eloïse découvre que les deux hommes sont unis par une amitié indéfectible…
Première diffusion : 6 septembre 2002
Distribution :
- Christine Citti : Éloïse Rome
- Jean-Baptiste Martin : Éric Nell
- Marc Berman : Commissaire Damien Lespéré
- François Caron : Yves Rome
- Sophie Mounicot : Mikaëla Schwabb
- Smaïl Mekki : Dr. Jacques Lasky
La fiancée

Réalisation de :Olivier Bourbeillon
Scénario de : Olivier Bourbeillon & Jean-Paul Bathany
Année : 1984
Durée : 0h17
Musique de : Lewis Furey
Court métrage.
Une jeune fille vit avec sa mère à Brest.Sans pouvoir lui donner d’âge réel, Evelyne semble faire partie des enfants ou adolescents fermés au monde extérieur.
Est-ce parce qu’elle semble secrète? A quoi peut-elle bien rêver?
Ce qui l’intéresse dans la vie?… Le musicien Lewis Furey qu’elle adore regarder à la télévision… Les promenades du dimanche après-midi au square avec son chien Sacha…
C’est au square qu’elle rencontre Roger, jeune homme aussi séduisant que sa moto. Ce sera la première expérience du désir.
Amour réel? Amour imaginaire? Motard de rêve? Dragueur du dimanche? Roger est-il l’Arsène Lupin venu l’enlever à la grisaille quotidienne? Evelyne est-elle « la fiancée » comme elle aime à se le répéter? Qui est en fait Roger?
Tout se révélera au cours d’une noce dans un bar de la ville…
Une ballade en moto, un envol de mouettes et l’orchestre du square conclueront cette histoire.
Distribution :
- Marie Helia : Evelyne
- Guy Matchoro : Roger
- Odette Simoneau : La mère
- Jean-François Coatmeur : Le docteur
La fiancée

Réalisation de : Bruno Romy
Scénario de : Bruno Romy
Année : 1986
Durée : 0h19
Court métrage.
The Fiancee

Réalisation de : Alexander Harvey
Année : 1999
Durée : 0h16
Court métrage. Adaptation de la nouvelle « La fiancée ».
Distribution :
- Preeya Kalidas : Zabeen
- Ed Stoppard : Mark
- Souad Faress : La mère
- Nina Conti : Ellen
- Mark Chapman : Le docteur
Ballet noir et la presse
Chacun à sa manière, Eric Yung et Jean-François Coatmeur explorent les faces sombres de l'humanité
(...) Ballet noir, de Jean-François Coatmeur, ne montre guère plus d'optimisme à l'égard de la nature humaine. C'est une danse de mort et de chagrin en 17 mouvements, 17 nouvelles à suspense, brèves, sombres, implacables comme les êtres poussés à leurs fins dernières par l'amour, l'absence d'amour, la folie. La plus belle du recueil en donne le thème, et le ton: «Séparation». De corps, et de cœur. La tragi-comédie humaine vous offre 17 sanglots.
Michel Grisolia
L'Express - 30 décembre 1999
Août 44. Alors que les troupes allemandes s’efforcent d’évacuer la pointe de Bretagne, l’infirmier Jean Palu est cueilli dans une rue du petit port natal et collé comme otage à la façade d’une maison, avec quelques compatriotes. Il passera sept heures contre ce mur, dans l’attente de la mort promise, sept heures sous le signe de la peur, traversées d’espoirs fous, de projets de rêves, de corps à corps fiévreux avec un passé obsédant, d’hallucinations prémonitoires, sept heures pour exorciser ses fantômes, une vie en partie ratée, en tous cas meurtrie.
Regard sans complaisance porté sur un itinéraire d’homme mis à l’épreuve par les tourmentes de l’histoire. « Des croix sur la mer » brosse le portrait complexe, inquiétant et vrai de tous ceux qui ne sont ni des traîtres ni des héros, mais des déshérités dont la guerre fait basculer le destin en leur offrant peut-être la chance d’une rédemption.
Secrets d’écriture
A l’origine de ce roman qui restera le seul non policier, un souvenir. 5 août 1944, Pouldavid, Le jeune Jean-François Coatmeur qui vient d’avoir son bac est arrêté par les allemands, dans la rue devant chez lui. Il passera sept heures aligné contre un mur attendant la libération ou la mort. Le récit de sa sœur, 50 ans plus tard :

Dédicace à sa sœur Marie-Thérèse du roman « Des croix sur la mer »
Le personnage de Marie, jeune femme peut-être trop proche des allemands, apparait dans un roman postérieur, «L’ouest barbare», publié vingt ans plus tard en 2012. Jean-François Coatmeur nous explique alors comment cette jeune femme est arrivée à Douarnenez avec son père et lui offre une conclusion plus apaisée que ce roman-ci peut laisser présager.
« Des croix sur la mer » sera plusieurs fois réédité en diverses collections : Le livre du mois, Le livre de poche, Press Pocket…
- Albin Michel – Hors collection (1991)
- Prix Bretagne 1992
- Prix Pierre Mocaër des écrivains bretons
Un film TV 

Mai 2001. Tournage « Des croix sur la mer ». A cette occasion, Jean-François retrouve Pont-Croix, où il passa sa jeunesse au Petit séminaire

Mai 2001 – Jean-François Coatmeur sur le tournage du film Des Croix sur la mer avec Marie Guillard et Laurent Mallet

Réalisation de : Luc Béraud
Scénario de : Catherine Borgella, Luc Béraud & Jean-François Coatmeur
Année : 2001
Durée : 1h30
Musique de : Carolin Petit
Film TV
Le 5 août 1944, en Bretagne, des civils tombent entre les mains de l’armée allemande. Parmi eux, Jean Palu, un homme comme les autres, qui revient sur sa vie. Entre échec et maladie, il dresse un portrait plein d’amertume de son existence…
Première diffusion : 13 octobre 2001
Distribution
- Laurent Malet : Jean Palu
- Isabelle Renauld : Françoise
- Marie Guillard : Marie
- Jérôme Pouly : Valentin
- Stéphane Brel : Gwénolé
- Philippe Clay : Napoléon
- Pierre Doris : Le vieux Kolb
- Franck-Olivier Bonnet : Gadona
Des croix sur la mer et la presse
L’écrivain brestois change de registre – Coatmeur : du polar au roman noir
«Des croix sur la mer» vient de paraître. Signé Jean-François Coatmeur. Ce n’est pourtant pas un roman policier. Mais on ne se refait pas: le style, le ton, le sens de l’angoisse et du suspense littéraire d’un écrivain qui a su imposer sa manière et ses idées dans le roman noir français.
Prof de lettre à Brest, Jean-François Coatmeur est un homme tranquille. Un conteur né. Une façon de mettre en scène des événements, des personnages avec tout leur poids d’humanité, leur fragilité, leurs héroïsmes ou leurs lâchetés de circonstances.
Roman noir, roman d’idée
L’histoire qui lui a inspiré «Des croix sur la mer», c’est son histoire. En août 1944, les Allemands acculés tentent d’évacuer le Cap Sizun à la pointe de Bretagne. Jean-François Coatmeur est âgé de 18 ans. Il est pris comme otage. Mis le dos au mur. Pendant sept heures, promis aux balles des mitrailleuses allemandes. Un souvenir tragique qui le marque à vie. «Il fallait que je raconte cet épisode de ma vie. Mais il m’a aussi fallu attendre le temps de la maturité.» L’autobiographie s’arrête là. «Des croix sur la mer» est une fiction.
Une première fiction qui ne soit pas un «polar». Ou plutôt – Coatmeur préfère l’expression – un roman noir. A peine une infidélité à un genre qui a fait la notoriété de l’écrivain brestois. Denoël vient de rééditer «Les sirènes de minuit », «Le mascaret», «Aliena» et «La voix dans Rama» introuvables depuis des années ! A peine une infidélité à un style et un ton que Jean-François Coatmeur a su imposer au fil de ses livres.
Il est venu au policier un peu par hasard… Et beaucoup par Narcejac. «Boileau-Narcejac, Japrisot m’ont influencé. Au départ. Mon premier livre, Chantage sur une ombre, est paru au Masque en 1963. Je n’en étais pas très content. J’avais appauvri la première mouture pour entrer dans le moule des collections policières.» Depuis, Coatmeur s’est émancipé. «La voix dans Rama» d’abord, puis «Le squale» et surtout «Les sirènes de minuit» laissent percer le critique social, le polémiste politique, l’«humaniste impénitent». Avec en plus le sens du suspense, de l’intrigue, de l’angoisse. «La bavure», «Morte fontaine», «La nuit rouge», «Yesterday», «Narcose», «La danse des masques»: un Coatmeur se reconnaît dans les premières pages. Épaisseur des personnages, thèmes chers au cœur de l’écrivain. Coatmeur est résolument contre l’exclusion, la raison d’État, la politique qui magouille, la bonne conscience complaisante. Et il le dit. Le roman noir peut être simple question de ficelles. Coatmeur, lui, y met toute son âme, ses convictions comme ses doutes.
Christine Brulé
Ouest-France - 4 juin 1991
Comment peut-on être breton ?
Découvrez ou redécouvrez Jean-François Coatmeur, natif de Douarnenez et auteur de romans policiers: un régal
Jean-François Coatmeur appartient à cette catégorie d’écrivains qui retiennent davantage les lecteurs que la critique. Et pour cause: il relève de ce genre (mauvais ?), la littérature policière, que l’on lit beaucoup mais dont on parle peu en dépit même de l’apparition du TGV dans les gares françaises. Autre inconvénient majeur pour la carrière mondaine de Jean-François Coatmeur: comme son l’indique, il est breton – ce qui, à priori, ne représente pas une tare fondamentale, après tout Châteaubriant, Alain Robbe-Grillet, et Yann Queffelec l’étaient et le sont aussi -, mais il situe la plupart de ses romans dans la Bretagne, mieux (ou pis ?), dans le Finistère dont il avoue aimer les paysages, le ciel, Brest, Douarnenez, la mer et le vent. Auteur régionaliste, donc. Eh bien non ! Jean-François Coatmeur est l’un des meilleurs écrivains contemporains non seulement bretons mais français. Et on ne saurait trop vous conseiller de le découvrir à l’occasion de cet été trop chaud dans le Sud et trop pluvieux dans l’Ouest.
L’actualité littéraire s’y prête. Le dix-septième roman de Jean-François Coatmeur «Des croix sur la mer» vient de paraître chez Albin Michel, et Denoël réédite en un seul volume, sous le titre de «Sueurs froides», quatre de ses ouvrages précédents: «Aliena», «La voix dans Rama», «Les sirènes de minuits» et «Le mascaret». Le dernier roman de Jean-François Coatmeur, «Des croix sur la mer» donc, pourrait d’une certaine façon marquer un tournant dans son œuvre. Cette fois il ne s’agit pas de crime ni d’enquête mais d’un suspense qui n’a rien à voir avec la fiction.
L’action se passe en août 1944 dans un petit village au bord de l’océan. L’époque n’est pas gaie: les troupes s’accrochent encore un peu avant l’inéluctable retraite ; les FFI se montrent de plus en plus audacieux. C’est dire que la vie, même dans ce petit port d’un des caps de Bretagne (toujours oui !), est dangereuse: les collabos rentrent la tête dans les épaules, les résistants prennent des risques, les demoiselles qui ont eu des grâces pour l’occupant tremblent pour leurs cheveux. Et quiconque, pour son malheur, peut faire son entrée dans l’histoire. Ce sera le cas de Jean Palu, l’infirmier local, qui se fait cueillir par des soldats et se retrouve dans l’inconfortable position d’otage. Position privilégiée pourtant, si l’on peut dire, d’où il peut à loisir, pour les quelques heures qu'il lui reste à vivre, observer le comportement de son, de ses prochains, ceux qu’il a rejoints et ceux du dehors, mais aussi faire le point sur sa vie, sur sa femme qui l’aime et ne l’aime pas – enfin qui fait un partage entre ses sentiments et ses émotions – sur son destin dont le point final est proche.
En filigrane ou encore en contrepoint, Marie, une paumée plutôt gentille qui soigne inlassablement son père larvaire et a connu naguère quelques douceurs avec un Allemand, traverse le livre. Le malheureux Jean Palu sera fusillé sur la plage où, petit garçon, il jouait. C’est horrible, bien sûr, mais pour l’accompagner il aura eu le bruit et l’odeur de la mer bretonne, ce qui n’est pas rien.
Dépouillé, écrit d’un trait, dense et vif à la fois, le roman de Jean-François Coatmeur touche au cœur. On a les yeux qui piquent. Comme d’habitude. Car si on lit (ou relit) les quatre «polars» réédités par Denoël, on y retrouve, en dépit du genre cité plus haut, la même rigueur, la même précision, la même poésie. Simplement, dans «Des croix sur la mer», le texte est plus dépouillé, le ton plus nostalgique. N’empêche, c’est dans ce livre-là comme dans les autres la vie avec ses tragédies, ses rigueurs, ses ruses et ses comédies qui vont. Un conseil pour les vacances: découvrez Jean-François Coatmeur, le petit cousin de Graham Greene et de Georges Simenon.
Jean-François Josselin
Le Nouvel Observateur - Août 1991
Hantises profondes
Cela commence par l’histoire – si rebattue – d’une femme tondue dès le départ des troupes allemandes, en 1944, pour déboucher sur le brusque raidissement du destin d’un homme pitoyable.
Il a été pris en otage par une escouade d’occupants en déroute et les sept heure qu’il passe dos contre un mur du village permettent de repasser le film d’une existence ayant toujours oscillé entre les diverses nuances du gris.
On retrouve ici l’atmosphère oppressante et enfiévrée, les thèmes désespérants et les hantises profondes dont l’univers de Coatmeur ne se départit jamais. La guerre comme recours ultime, la mort comme seule possibilité d’acquérir enfin une carrure respectable. Une conception personnelle de la rédemption.
M. B.
L'instant: L'hebdo des années nonantes (Suisse) - 29 août - 4 septembre 1991
Jean-François Coatmeur, le maître du roman à suspense
Des croix sur la mer Ce roman de Coatmeur n’est pas un policier, mais le suspense est néanmoins présent. Le récit et les événements sont plus ou moins autobiographiques, en effet l’auteur a utilisé un souvenir très marquant pour trame de son nouveau roman. L’action se situe en Bretagne, en août 1944 les Allemands évacuent la pointe de Bretagne.
Un infirmier, Jean Palu est arrêté, pris en otage avec d’autres innocents, il restera sept heures contre un mur dans l’angoisse de la mort. Durant ces sept heures, il revoit sa vie, il pense, il pense à sa femme, à leur problèmes de couple, il est angoissé par une lettre qu’il a écrit et qu’il voudrait détruire…
Les remords et les doutes sont à chaque page, un portrait complexe et fort. Ce roman est un pur chef d’œuvre. Jean-François Coatmeur est un auteur à lire en priorité.
Véronik Blot
L’Écho de la Presqu'ile - 13 septembre 1991
Des Croix sur la mer
Eté 1944, en Bretagne. En pleine déroute et pour venger la mort d'un des leurs, des soldats allemands ont pris des villageois en otage, dont Jean (Laurent Malet). Assis dans la poussière, il attend... Ses souvenirs défilent : sa vie professionnelle est ratée (il est infirmier au lieu d'être médecin), son mariage est malheureux - son épouse Françoise (Isabelle Renauld) le trompe -, et, de surcroît, il a adressé à la Kommandantur une lettre dénonçant l'amant de sa femme. Un acte qui le taraude au point qu'il demande à Marie, " la putain " des Allemands, d'aller détruire cette lettre. Adapté du roman éponyme de Jean-François Coatmeur, un téléfilm plutôt juste de Luc Béraud sur le drame personnel d'un homme, ni héros ni salaud.
Armelle Cressard
Le Monde - 7 octobre 2001
« Des croix sur la mer » : l'histoire d'un destin
France 3 diffuse ce soir à 20 h 50 le téléfilm « Des croix sur la mer », inspiré du roman de Jean-François Coatmeur, tourné par Luc Béraud dans le Sud-Finistère, avec plusieurs comédiens bretons.
Les films ou les téléfilms qui évoquent avec justesse la Bretagne ne sont pas si courants. Alors, à l'exception de quelques détails d'ordre «folklorique», il convient de saluer le travail effectué par la scénariste Catherine Borgella et le réalisateur Luc Béraud, pour porter à l'écran le livre de Jean-François Coatmeur «Des croix sur la mer».
Un tournage sud-finistérien
L'équipe avait eu la bonne idée de tourner non loin des lieux du drame - Pont-Croix remplaçant le Pouldavid d'origine - et de faire appel à des comédiens bretons (*), une centaine d'habitants du Cap-Sizun, du Pays bigouden et de Douarnenez jouant les figurants.
Leur plus juste intuition a sans doute été d'associer au projet l'écrivain brestois Jean-François Coatmeur. Pas toujours tendre avec la dizaine d'adaptations de ses livres, l'auteur se dit satisfait de celle-ci : «Je retrouve ce que j'avais voulu mettre dans le livre, notamment sur la rédemption et la solidarité. Le film trouve aussi des équivalents intéressants à la construction un peu complexe de mon histoire».
« On est foutus mon pauvre garçon »
Tourné au printemps 2000, « Des croix sur la mer » a conduit toute une équipe à se replonger dans la douloureuse période de l'occupation allemande. Très exactement le 5 août 1944, vers 10 h.
Jean-François Coatmeur vient d'avoir 19 ans. La journée est radieuse, le jeune homme va aux nouvelles car la rumeur d'une évacuation prochaine du village de Pouldavid, près de Douarnenez, gonfle. Dans la rue, un militaire allemand l'interpelle, le met en joue, puis le conduit devant un mur. Accueilli par un « on est foutus mon pauvre garçon » d'un de ses camarades, il passera sept heures à attendre de mourir. A 17 h, on le somme de partir, comme les autres, sans aucune explication.
Salaud ou héros
« Ce miracle, qui reste une énigme, a été un carrefour de ma vie. J'ai vraiment vu ma fin de près. Je n'ai jamais pu oublier le contraste entre ce jour d'une beauté insolente et l'absurdité de ce qui m'arrivait. Je pense aussi y avoir beaucoup appris sur l'homme, sa lâcheté, sa dignité face à la peur. C'est devenu le sujet et le point de départ d'un livre mêlant réalité et fiction », raconte Coatmeur.
De toute évidence, l'entrelacs des destins, la méditation sur la mort, le rachat et la solidarité humaine sont les points forts de la version cathodique de l'histoire de Jean Palu. Interprété par Laurent Malet, le protagoniste est de ces hommes qui, à un moment crucial, « ont eu à choisir entre le fait d'être un héros ou un salaud ».
Par la pertinence de leur regard qui ne juge pas mais s'interroge, Luc Béraud et Jean-François Coatmeur sont ici sur la même longueur d'onde pour décrire « une de ces périodes compliquées qui ne peuvent pas engendrer des comportements simples ». Passionnant sujet.
(*) Regroupés par Action Ouest, qui met en relation les professionnels locaux avec les producteurs venant de l'extérieur.
Jean-Luc Germain
Le Télégramme - 13 octobre 2001
A Quimper, une femme et son fils sont assassinés dans des conditions particulièrement atroces. Le mari et père des deux victimes va entreprendre sa propre enquête afin de pouvoir les venger. Mais il se heurte à l’hostilité d’une partie de la police locale, cependant que les intérêts puissants qu’il dérange lui opposent un mystérieux tueur à gage.
Un suspense sans « Bavures », mené à un train d’enfer.
Éditions allemande, japonaise et tchécoslovaque de «La bavure»

« La bavure » est le premier roman de Jean-François Coatmeur a avoir été adapté pour la télévision (voir ci-dessous)
En 2012, Albin Michel rachète les droits de « La bavure » à Denoël pour l’inscrire à son catalogue.
- Denoël – Sueurs froides (1980)
- Prix mystère de la critique 1981
Musique
« Citons La Bavure et l’air » Amazing Grace » qui y revient en leitmotiv – un air que peu de gens connaissaient en 1976 et maintenant très populaire – pas à cause de moi, je suppose ! J’ai entendu cette mélodie pour la première fois dans ma voiture, une interprétation par les cornemuses britanniques de la Garde Royale, je crois. J’avais trouvé cela tellement beau que j’ai stoppé, j’ai griffonné quelques notes et je suis allé les chanter chez un disquaire qui m’a procuré l’enregistrement. Cela a été le point de départ de l’histoire de La Bavure. Dans le roman, cet air n’accompagne pas seulement les personnages, il joue également un rôle dans l’intrigue policière. L’inspiration m’est donc venue dans la voiture. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Écoutez Amazing Grace
Un film TV 

Réalisation de : Nicolas Ribowski
Scénario de : Odile Barski & Jean-François Coatmeur
Année : 1984
Musique de : Vladimir Cosma
Mini-série en trois parties
Distribution :
- Jean-Claude Bourbault : Laugel
- Jeanne Goupil : Sophie
- Raymond Pellegrin : Le commissaire Nargeot
- Rachid Ferrache : Victor
- Beatrice Agenin : Liz
- Patrick Préjan : L’inspecteur Cadoc
- Wladimir Yordanoff : Livier Fallière
- Maurice Chevit : Lebras
- Jean Desailly : M. Fallière
- Mireille Audibert : Mme Fallière
La bavure et la presse
La bavure
Depuis «On l’appelait Johnny» paru en février de l’année dernière, Jean-François Coatmeur n’avait pas donné signe de vie, ce silence ne laissait pas d’inquiéter ceux – et je suis du nombre - qui tiennent l’auteur des «Sirènes de minuit» pour un des meilleurs écrivains français de littérature policière, même si «Johnny» n’avait pas tenu les promesses des précédents romans. «La bavure» vient à point pour nous rassurer sur la forme de Jean-François Coatmeur, ce roman est un excellent thriller qui rappelle les meilleurs ouvrages des grands auteurs américains; remarquablement construit et écrit il possède de surcroit ce rythme qui est la marque des meilleurs romans noirs des années 50.
Ce livre est l’histoire d’un homme meurtri, solitaire et qui veut découvrir coûte que coûte qui a tué sa femme (dont il est séparé) et son fils qui a été le témoin involontaire du meurtre.
Cette «bavure» n’était sans doute pas prévue par l’assassin, on voulait se débarrasser de la jeune femme dont les activités journalistiques gênaient quelques hauts personnages en place.
Mais Albert Laugel se moque des gens en place. La vengeance est, pour lui, un plat qui se mange chaud et il décide de reprendre seul une enquête qui démarre mollement du coté de la police, celle-ci commençant d’abord par soupçonner Laugel ce qui le met dans une situation délicate.
Peut-on cependant reprocher aux enquêteurs leur premier mouvement ? Après tout Laugel et Liz sont divorcés et bien que séparés n’ont-ils pas passé une soirée ensemble et juste avant le double meurtre… et l’homme ne peut faire état que d’un alibi douteux ! En somme Albert Laugel est le seul à savoir qu’il n’a pas tué son ex-épouse et son fils.
Il ne lui reste plus qu’à mener de son coté, et avec de faibles moyens, une enquête serrée qui progresse lentement mais abouti à d’étonnantes découvertes… Chacune d’elles étant d’ailleurs marquées par de nouvelles morts violentes.
«La bavure» on le voit n’est pas un aimable divertissement, mais un suspense plutôt angoissant d’autant que J.F. Coatmeur pose sur le monde corrompu qui l’entoure un regard particulièrement lucide et féroce.
Et si la vengeance de Laugel est terrible elle ne le laisse pas intact.
Parce que nous l’avons attendu longtemps, le retour de J.F. Coatmeur doit être marqué d’une pierre blanche.
Michel Renaud
Le Dauphiné Libéré - 19mai 1980
Nouveau conte d'Hoffman - La bavure
Seul contre tous, c'est un schéma classique, mais Jean-François Coatmeur parvient à insuffler un souffle impressionnant à une figure un peu convenue du roman policier. Albert Laugel est alsacien et négociant en vins. Placer de l'edelzwicker auprès des bistrots quimpérois relève de l'exploit, mais Laugel est manifestement doué. Il profite de ses voyages en Bretagne pour revoir son ex-femme Liz, journaliste d'investigation dans une feuille locale, et son fils Sébastien, âgé de cinq ans. Quand Liz et son fils sont sauvagement assassinés, on soupçonne en priorité l'ex-mari, qui a tout intérêt à mener sa propre enquête, à la fois pour se disculper et se venger. Il bénéficie dans sa croisade de quelques soutiens inattendus, mais suscite une énorme animosité de la part de notables locaux soucieux de camoufler certaines de leurs frasques qui ont mal tourné. L'évocation de la bourgeoisie quimpéroise, qui rappelle par moments Que la bête meure, de Claude Chabrol, est particulièrement réussie, sans jamais tomber dans l'utilisation folklorique de la couleur locale (la chasse à l'homme sur la plage de Pentrez est un véritable morceau d'anthologie). Mais surtout un sens aigu de l'intrigue et une écriture toujours efficace font du roman de Jean-François Coatmeur un livre qui devrait toucher non seulement les amoureux de la Bretagne, mais tous les amateurs de suspense.
Gérard Meudal
Le Monde - 10 novembre 2000
Un étudiant a été assassiné, un soir sur le port. Cherchant à découvrir la vérité sur ce crime odieux, le frère de la victime tombe lui-même dans un piège. La partie est inégale entre ce jeune intellectuel et des notables qui tuent masqués. Que faut-il pour arracher ces masques et arrêter la violence ?
Secrets d’écriture
« La nuit rouge» est le premier roman paraissant chez Albin Michel, le nouvel éditeur de Jean-François Coatmeur. De part son contrat chez Denoël, il reste à ce moment redevable d’un roman. Les termes du contrat seront honorés huit ans plus tard lors de la sortie de « Escroquemort ».
A ce jour, « La nuit rouge» est le seul roman de Jean-François Coatmeur a avoir été adapté pour le cinéma… un film qui n’est jamais sorti ! Pourquoi ? Explications de l’auteur :
« Le seul qui a été adapté pour le cinéma, La Nuit Rouge, a été un fiasco. 0ui, un vrai naufrage ! Le film a été projeté à Brest devant des invités et ta presse. Trois œuvres tirées de mes romans étaient au programme ce soir-là : deux déjà diffusées à ta télévision, Les Sirènes de Minuit et Morte Fontaine qui supportaient très bien le grand écran, et en fin de soirée, La Nuit Rouge. Nous espérions, vu l’heure tardive, qu’il n’y aurait plus personne. Erreur, la salle du Mac-Orlan était encore bien garnie quand on a présenté La Nuit Rouge ! J’avais honte. En accord avec la représentante d’Albin Michet qui avait fait le déplacement, on a décidé de faire interdire l’exploitation commerciale du film. » (interview Breton n° 7, février 2006)
14 ans plus tard, c’est une adaptation de La bavure, projet canadien avec Omar Epps dans le rôle principal, qui capote quelques jours avant le début du tournage en avril 2014.
Coatmeur et le cinéma, une histoire qui reste à construire !
Quelques éditions de « La nuit rouge »

- Albin Michel – Spécial suspense (1984)
Un film 

Clap du tournage du film La nuit rouge (1989)

8 avril 1989. Repas de fin de tournage de « La nuit rouge ». Coatmeur (au centre) n’imaginait pas le résultat final…
Réalisation de : Jean-Marie Richard
Scénario de : Jean-François Coatmeur
Année : 1989
Distribution :
- Serge Avedikian
- Jacques Debary
- Mylène Demongeot
- Karol Rouland : Marie-Marthe
Quand un petit juge entêté décide de poursuivre une enquête qui met en cause un membre de la majorité, on peut parier qu’il s’y cassera la tête…
Surtout si la femme du petit juge buté est la maitresse d’un homme qu’on peut acheter. Mais comment prévoir ce qui arrivera quand cette femme trop légère se retrouvera avec un cadavre sur les bras ?
Secrets d’écriture
« Le squale » a été écrit en 1973. L’action se situe en Aveyron, département que Jean-François Coatmeur connait bien pour avoir passé des séjours chez ses amis antiquaires, connus à Abidjan et basé à Espalion.
En 1973, les éditions Denoël connaissent alors des turbulences (départ de plusieurs cadres dirigeants) suite à des changement de stratégie de leur maison mère Gallimard. Un des changements attendus inquiète Coatmeur : l’abandon de la collection Crime-club dans laquelle ont paru ses cinq derniers ouvrages. Il s’interroge sur un éventuel changement d’éditeur alors qu’il se sentait devenu un auteur-maison. Finalement, ces changements lui seront bénéfiques : désormais ses romans seront édités dans la collection « noble » (grand format) Sueurs froides. Le seul désagrément sera un retard pris dans la publication, puisque le roman ne sortira qu’en mai 1975.
Un temps envisagée, une pré-publication du roman en feuilleton dans Le Figaro a finalement été refusée par le quotidien. « Ils y ont trouvé un côté sordide et très cruel » a précisé l’attachée de presse du Figaro à Coatmeur. Ce dernier commente à Thomas Narcejac «Il est vrai qu’il s’agit d’un ouvrier, d’un routier, exactement, alors que les « vilains » de l’intrigue touchent plus ou moins à la petite bourgeoisie de province : il aurait sans doute été plus habile d’inverser les rôles ! » (9 février 1974)
Pour des raisons de calendrier de publication, « Le squale » n’a pu participer au Grand prix de littérature policière.
- Denoël – Sueurs froides (1975)
Un film TV 

Réalisation de : Claude Boissol
Scénario de : Claude Barma, André G. Brunelin & Jean-François Coatmeur
Année : 1990
Durée : 1h24
Film TV.
Dans une petite ville de province. A la suite d’une affaire judiciaire gênante pour un notable, un juge intègre et austère et sa jeune femme fantasque et romanesque, voient leur vie basculer dans le cauchemar…
Première diffusion : 14 avril 1991
Distribution :
- Grace de Capitani : Séverine
- Jean-Claude Dauphin : Juge Maury
- Marco Bisson : Serge
- Liliane Patrick : Estelle
- André Sanfratello : Bessières
- Daniel-Claude Poyet : Le chauffeur de car
- Etienne Draber : Verdier
- Thérèse Quentin : La mère de Séverine
- Benoît Brione : Philippe Norge
- Georges Beauvillier : Le maître d’hôtel
Le squale et la presse
Le Squale : A 2, 20 h 45 Descente aux enfers
A l'origine de ce téléfilm réalisé par Claude Boissol, un roman de Jean-François Coatmeur, le meilleur écrivain français de suspense.
Décidément, Jean-François Coatmeur fait la bonne fortune des réalisateurs qui ont choisi d'adopter ses romans pour la télévision.
En 1989, les deux meilleurs téléfilms policiers de l'année avaient été le beau Morte Fontaine, de Marco Pico, et l'efficace les Sirènes de minuit, de Philippe Lefebvre, qui puisaient leur matière dans l'oeuvre de celui qui est sans conteste depuis plusieurs années le meilleur écrivain français de suspense. Aujourd'hui, dans la collection qui abritait déjà les Sirènes de minuit - " Meurtre avec préméditation ", - c'est au tour de Claude Boissol d'en faire la démonstration avec le Squale.
Dans la carrière de Jean-François Coatmeur, le Squale (1975) occupe une place charnière : il marque son passage de la collection " Crime-club " à la collection " Sueurs froides ", poursuit l'acide portrait de la bourgeoisie provinciale déjà entamé dans la Voix dans Rama et préfigure son évolution ultérieure par le contexte ouvertement politique - magouilles financières et trafics d'influence - dans lequel s'insère l'intrigue.
A l'époque où il a écrit le Squale, Jean-François Coatmeur subissait encore largement l'influence de ceux qui avaient été les fondateurs du " suspense à la française " : Boileau-Narcejac. Et de fait, il s'était hissé dans ce roman, pour ce qui est du machiavélisme de l'intrigue et de la perfection de sa construction, à la hauteur du célèbre duo, en se livrant sur le motif primordial du roman de suspense - la machination qui englue peu à peu le personnage central et le précipite vers une issue fatale - à une savante variation. Ce n'est pas une machination, mais deux, enchaînées l'une à l'autre, qui en constituent la trame. Et si, selon la judicieuse formule de Boileau-Narcejac, le roman de suspense est le " roman de la victime ", ce n'est pas une, mais deux victimes successives qui en sont les pivots.
Les adaptateurs du roman, Claude Barma et André Brunelin, ont su préserver la très originale et ingénieuse mécanique du suspense mise au point par Coatmeur avec une minutie d'horloger. Ils ont changé le cadre géographique - l'Aubrac a fait place au Morvan, - transformé un personnage de conducteur de bus sympathique en menace supplémentaire et modifié la fin. Mais ils n'ont pas touché à l'essentiel : au double mouvement presque symétrique des personnages, à ce lent dérèglement du réel qui confine bientôt au fantastique ou au surnaturel et qui pousse peu à peu la trop belle madame Maury vers la peur et la folie ; aux deux temps subtilement enchaînés de l'intrigue.
Il appartenait au réalisateur d'instiller la vie et de distiller l'angoisse. Claude Boissol a parfaitement rempli les deux termes de ce contrat. Pour faire face au premier, il a composé une distribution d'une grande pertinence. Sans doute le choix de Grace de Capitani, une actrice qui s'est illustrée essentiellement dans la comédie, a-t-il de quoi surprendre au prime abord. Mais c'est oublier que Claude Boissol, qui l'avait dirigée tout au long des deux séries d'" Espionne et tais-toi ", où elle jouait la pétulante et savoureuse Agnès, était bien placé pour savoir que le registre de cette comédienne était bien plus étendu que ses rôles ne l'avaient jusqu'ici laissé supposer. Qu'elle interprète la bourgeoise choyée étouffant dans le carcan d'une vie trop réglée et tentée par le rêve de l'aventure (Djakarta...) ou la victime traquée par un persécuteur improbable mais omniscient, l'une ou l'autre face de la belle Séverine, elle le fait avec la justesse requise, la grâce un peu frivole ou la tension un peu hagarde qui conviennent.
En face d'elle, Jean-Claude Dauphin incarne le juge Maury, un notable de province d'une intégrité absolue, piégé par son seul talon d'achille : la passion exclusive qu'il voue à sa jeune femme. Pour cet homme rigoriste (dont l'univers façonné d'habitudes et de certitudes est évoqué avec une belle économie de moyens par une suite brève de séquences : la sortie de la messe, les achats rituels chez le pâtissier, le repas dominical...), ce manquement n'est que le prélude d'une véritable descente aux enfers, et aux pires : aux enfers intérieurs. Jean-Claude Dauphin y fait une composition saisissante dont on ne mesure véritablement la finesse et l'intelligence qu'au retournement final.
Pour faire face au second terme du contrat, Claude Boissol a su donner un rythme différent aux deux temps de son film : rapide, elliptique, serré dans la première partie, plus coulé, plus doucereux dans la seconde. Et, dans cette dernière, il a dû rendre le suspense de plus en plus oppressant grâce à la maestria déployée dans la conduite des scènes-clés et à un sens très aigu du " timing ". Le résultat est un policier du dimanche soir d'une qualité peu commune.
Jacques Baudou
Le Monde - 7 avril 1991
Double assassinat à Brest, dans une France agitée , gouvernée par le général Chopinet. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.
Secrets d’écriture
En 1965, en pleine période de doute (voir Aliéna) Jean-François Coatmeur avait écrit un roman «Les sirènes de minuit» que Denoël avait rejeté. En 1974 il s’attelle à reconstruire totalement ce roman qui sera publié en mars 1976.
« Un événement important peut être à la base du récit. Les Sirènes de Minuit n’auraient jamais vu le jour s’il n’y avait pas eu le coup d ‘état de Pinochet. Ma réponse à Pinochet a été ce livre, en 1976. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Fin mai, le roman obtient le Grand prix de littérature policière, au premier tour, ce qui est rare (en avril 1973, « La voix dans Rama » avait été battu sur le fil au… 15ème tour !). Ce prix fera décoller fortement le succès de Coatmeur. Les Sirènes connaitra un grand nombre de ré-éditions (Albin Michel rachètera les droits à Denoêl que l’auteur a quitté pour l’inscrire à son catalogue). « Les sirènes de minuit » seront traduites et publié dans de nombreux pays (Italie, Allemagne de l’ouest, Japon, Hongrie, Pays-Bas, Tchécoslovaquie… Voir les jaquettes étrangères).
Quelques éditions des «Sirènes de minuit» en France et à l’étranger

Curieusement, ce ne sera pas ce roman qui sera le plus tôt adapté à l’écran, même si Gilles Grangier s’y était intéressé dès 1976. Ce sera «La bavure» en 1984.
- Denoël – Sueurs froides (1976)
- Grand prix de littérature policière 1976
Un film TV 

Réalisation de : Philippe Lefebvre
Scénario de : Claude Barma, Jean-François Coatmeur & Michèle Letellier
Année : 1989
Film TV
Jef Chabert engage Manoel, un chômeur portugais, pour suivre Eric Fontange, son beau-frère, car Fabienne le soupçonne de voir une autre femme. Mais Manoel perd vite Eric de vue. Eric sera retrouvé assassiné quelques heures plus tard.
Première diffusion : 1er octobre 1989
Distribution :
- Philippe Léotard : Chabert
- Véronique Genest : Maud
- Stéphane Jobert : Manda
- Jacques David : Bodard
- Liliane Rovère : Fabienne
- Roger Ibanez : Manuel
- Jacques Chailleux : Le père Jourdan
- Dani : Elle même
- Thierry Ardisson :
Les sirènes de minuit et la presse
Les sirènes de minuit
Ce n’est qu’un roman policier. Mais outre qu’il a la rigueur et le suspense d’un Boileau-Narcejac, il est rehaussé d’une touche d’anticipation qui lui donne encore plus de force. L’action se passe à Brest entre 1980 et 1990. Le Brest de Coatmeur est plus vrai que nature. Mais en France un certain général Chopinet a pris le pouvoir et fait «régner l’ordre» dans les provinces «irrédentes». Cela n’est pas gai. Mais tragiquement plausible.
Yvan Audouard
Le Canard Enchaîné - 10 mars 1976
Les sirènes de minuit
L’histoire se déroule à Brest, en 198… Cette légère anticipation permet à l’auteur d’imaginer que la France s’est donné à un dictateur et que la police politique est toute puissante. Or, Fontanges, l’époux volage d’une directrice d’usine, Fabienne, est assassiné dans des circonstances mystérieuses tandis que, la même nuit, Fabienne est tuée à son tour. Le F.R.A., mouvement d’opposition clandestin, revendique les deux crimes. La police arrête un ouvrier portugais qui va lui servir de bouc-émissaire. Le malheureux Manuel est évidemment innocent. Il avait seulement été chargé par Jef Chabert, le frère de Fabienne, de filer Fontanges. Sur ce canevas se développent deux thèmes : l’un proprement policier (comment Jef découvrira-t-il la vérité ?) l’autre politique (qu’adviendra-t-il de Manuel, l’innocent persécuté ?). L’auteur conduit le premier avec beaucoup d’ingéniosité vers une solution inattendue et intensément dramatique. Il utilise le second pour faire entendre une protestation véhémente contre la violence et le fanatisme. Coatmeur se dégageant des règles et des lois du suspense classique, fait preuve d’une originalité certaine et montre avec force que le genre policier peu avoir un contenu éminemment sérieux.
Boileau-Narcejac
Les Nouvelles Littéraires - 8 avril 1976
Santiago sur Brest - Une affaire sous la dictature du général Chopinet
Le saviez-vous ? Nous sommes en 198. et le général Chopinet a pris le pouvoir. Bien sûr, il s’agit de fiction et la France, dit-on, n’est pas un climat favorable au fascisme. Mais Brest a un climat propice à la pluie, disent ceux qui ne sont pas bretons. L’hiver il y fait froid aussi. Et comme tous les ports, celui-ci sait capter les lueurs des fantômes, les ombres des fuyards, et la tristesse des sirènes de minuit qui percent les brumes.
Donc, un ordre règne à Brest. Cela n’empêche pas, bien sûr, les crimes ordinaires. Par exemple, le double meurtre d’Éric Fontanges, dont on retrouvera le corps près de la voie ferrée, et de fabienne, sa femme, assassinée chez elle. Est-il possible, sous le fascisme, d’élucider une affaire du tout-venant sans que les mystères, les troubles du régime et les fantasmes de ces hommes de mains, ne travestissent la réalité, ne la reconstruisent comme une scène de Grand Guignol ? Un policier consciencieux y perd ses dernières illusions, un amoureux ses derniers espoirs et un émigré portugais y perd la vie.
Jean-François Coatmeur a conçu certes une intrigue policière (1), et c’est elle qui, paradoxalement, donne au récit son aspect fictif. Mais l’arrière-plan politique qui baigne ce récit porte l’auteur au niveau du moraliste et rappelle aux imprudents qu’il faut autant se méfier des milices que des tortionnaires évangélistes…
(1) Il vient d’obtenir le Grand Prix de littérature policière.
Bernard Alliot
Le Monde - 23 juillet 1976
Les sirènes de minuit
Sherlock Holmes et Hercule Poirot jouaient naïvement le jeu de la déduction. Ils croyaient au fair-play intellectuel. Jean-François Coatmeur qui vient de recevoir le Grand Prix de littérature policière pour «Les sirènes de minuit» (Denoël) a introduit la mauvaise foi jusque dans la recherche des indices. Il vient d’inventer l’«enquête truquée».
Le roman est double. Sur un thème classique (qui a tué Éric Fontanges et sa femme, Fabienne ?) se greffe un second thème qui appartient à la «politique-fiction». L’auteur a placé son récit en 198… La France est alors dirigée par un dictateur dont la police politique vise surtout à maintenir l’ordre par tous les moyens. Elle arrête donc, pour jeter un coupable à l’opinion publique, le premier suspect venu, un travailleur portugais.
C’est cela même qui caractérise la «politique-fiction». Il n’est point besoin, comme le font les auteurs américains, de mettre en scène des politiciens conspirant contre le Président, c'est-à-dire, au fond, d’introduire le gigantisme dans le roman policier. Il suffit de placer, devant les yeux du lecteur, un verre déformant qui fait, en quelque sorte, grimacer le réel, et aussitôt le monde ricane.
Le procédé pourrait produire un énorme effet d’humour noir. Coatmeur a préféré réagir par l’indignation : ses sirènes de minuit (les bateaux mouillés à Brest font hurler leurs sirènes, parait-il, pour saluer la nouvelle année) crient à conscience bafouée.
Boileau-Narcejac
Le Nouvel Économiste - 26 juillet 1976
Les sirènes de minuit
Le livre a eu le Grand Prix de Littérature Policière de 1976. Prix mérité. Une histoire solide racontée sans cliché, sans concession à des modes crispantes. Une incursion très très brève dans le domaine de la politique-fiction. Inutile, car les brutalités policières où baigne le drame n’attendent pas les années 198.. pour se manifester.
Le choix des brugnons duveteux dans la balance de la marchande de quatre saisons au moment de l’explosion finale dénote un humour rose noir que je vous laisse découvrir, bien sûr, ainsi que des assassins qui ne sont, comme tant d’autres dans notre société où toute les valeurs se brouillent, que des victimes. Le port de Brest est un décor à mi-chemin de Marcel Carné de Jean Genet.
Chirurgien-Dentiste de France - 17 novembre 1976
Tonnerre de Brest
Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on distingue un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir…
Jean-François Coatmeur est un habile conteur. Ce qui semble être un polar noir traditionnel mettant en scène un quatuor détonnant par leurs relations passées ou présentes, devient, au fil du récit, un exercice de politique-fiction. Et l’auteur fait preuve de finesse, car il suppose ce nouveau cadre de référence en arrière-plan des pérégrinations des personnages centraux, laissant ces derniers occuper le devant de la scène au travers d’éléments romanesques traditionnels du genre. Le triangle amoureux, l’envie, la vengeance, le mensonge et, finalement le meurtre. L’interrogatoire du suspect numéro un met alors en lumière le contexte politique dans cette Bretagne « décalée ». Il est question de tentative de séparatisme, de répression implacable et d’unités spéciales de police « dignes » de la Gestapo. Sans que vous ne vous en rendiez-compte, Jean-François Coatmeur vous entraîne de l’autre coté du miroir, dans une réalité autre. La conclusion en devient fondamentalement différente, à mille lieues des enquêtes policières plus ou moins bien bouclées par l’imper de service. Elle n’en est que plus subtile, plus délectable. Comme l’est ce roman… D’autres ne s’y sont pas trompés et lui ont décerné le Grand prix de littérature policière… en 1976. Cependant, s’il s’agit d’une réédition, elle se justifie pleinement : elle n’a pas prix une ride.
G.P./A.Q.
Encre noire - 2ème trimestre 2004
Les sirènes de minuit
La réédition d’un grand prix de littérature policière qui se déroule dans une France fasciste. Un immigré portugais est accusé injustement d’un double meurtre. Un roman de politique-fiction finement ciselé qui rend hommage à la patte de l’un des plus brillants romanciers français de littérature policière.
Le Dauphiné Libéré - 8 mars 2004
Les sirènes de minuit
Émoi à Brest. L’assassinat d’un couple de notables revendiqué par un mouvement révolutionnaire breton met la police sur les dents. Il faut un coupable à tout prix et c’est encore mieux s’il est étranger. Sur fond d’attentat et de haine raciale, Jean-François Coatmeur tisse une toile prenante autour de Chabert, un ancien flic alcoolique et romantique. L’ambiance brumeuse des quais brestois colle à merveille à l’atmosphère glauque du polar. Tout est réuni pour que la mayonnaise prenne : de l’homme politique véreux aux policiers corrompus et sadiques. Un vrai régal qui a d’ailleurs reçu le Grand prix de littérature policière.
Le Berry Républicain - 10 mars 2004
La Bretagne sous le joug totalitaire
Jean-François Coatmeur est un peu à Brest ce que Patrick Raynal est à Nice. De vieux briscards gauchistes, virtuoses du polar noir à souhait, ancré dans la France provinciale et une région à forte personnalité. Faconde méridionale en moins, le Breton est plus austère. Plus engagé aussi. Son dernier roman, Les sirènes de minuit, couronné par le Grand prix de littérature policière est la reprise d’une histoire imaginée en 1976, quand on croyait encore toutes les révolutions possibles. Les pires y compris.
Brest, en décembre, deux ans après le coup de force du général Chopinet – on peut être un grand auteur et ne pas résister à un jeu de mots facile – qui a porté la Rénovation Nationale au pouvoir. Répression, délation, police politique aux aguets… l’ordre règne. La prostitution et la religion ont le vent en poupe. La criminalité connaît une régression spectaculaire. Même le F.L.B. (Front de Libération de la Bretagne) s’est sabordé et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes totalitaire si n’était pas apparu un mystérieux Front Révolutionnaire Armoricain. Et si un couple de notables n’était assassiné dans d’étranges conditions.
Dans une atmosphère oppressante et glauque, les personnages se croisent sous la grisaille d’un crachin constant : l’immigré bouc-émissaire – un portugais au chômage ; les grands bourgeois aux inavouables petits secrets; le commissaire principal que ses hémorroïdes empêchent d’être courageux… Flics ambigus, politiciens trouillards, bigots illuminés et pseudo-terroristes se débattent dans cette politique-fiction qui illustre, dit l’auteur, « la révolte des humbles contre la déraison d’État ».
Peut-être moins puissant que son titre précédent, « Tous nos soleils sont mort », le dernier livre de Coatmeur recèle les mêmes qualités d’écriture sobre et dense, le même sens de l’intrigue qui ne faiblit à aucun instant. Coatmeur reste décidément l’une des grandes références françaises en matière de polar.
Pascale Primi.
Var Matin – Corse Matin - 14 mars 2004
Condamnée à mort par l’«Organisation», Rolande parvient à éliminer l’homme chargé de l’abattre et se réfugie en Allemagne, emportant une précieuse liste codée. Mais qui se cache derrière cette « Organisation » ? Et qui est Rolande ? Sa fillette a été enlevée et ne sera libérée que si sa mère se rend aux hommes payés pour la tuer…
Dans un petit bourg alsacien au cours d’une fête locale aura lieu l’affrontement final.
Secrets d’écriture
Jean-François Coatmeur connait bien l’Alsace : y ayant des amis connus lors de vacances en Espagne, il a fait plusieurs séjours à Scherwiller (Bas-Rhin). Il était donc inévitable qu’un de ses romans se passe dans cette région.
«C’est l’unique cas, dans ma création, d’un sujet qui m’est littéralement tombé dessus, sans que je puisse expliquer ni comment ni pourquoi. Je me promenais dans mon bureau, comme souvent – lorsque je n’écris pas, il y a des moments ou la gymnastique m’est nécessaire – et j’ai vu les deux personnages du roman. J’ai vu une rue qui aurait pu être la rue Saint-Marc, à Brest, vers minuit, une heure du matin, assez sombre. J’ai entendu un pas pressé et j’ai discerné une petite fille blonde blottie dans une encoignure. Lorsqu’elle perçoit le bruit du pas, elle se dirige vers le type et lui dit : » Monsieur, tu me conduis chez maman « . Je n’ai jamais su pourquoi j’avais eu cette vision, ni ce qu’elle signifiait. J’ai pensé que l’homme sortait d’un bar où il était pianiste, qu’il avait bu un peu car il vivait un problème conjugal. Quant à la petite fille, j’ignorais ce qu’elle faisait là à une heure du matin ! Voilà le point de départ du livre. J’ai ensuite transposé l’histoire en Alsace pour des raisons dont je ne me souviens pas très bien… » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
«Morte fontaine» a été rééditée par Liv’Edition en avril 2004 ainsi que par les Éditions Le Verger.
Des rééditions de « Morte fontaine »

- Denoël – Sueurs froides (1982)
Un film TV 

Réalisation de : Marco Pico
Scénario de : Marco Pico
Année : 1989
Film TV
Première diffusion : 4 juin 1989
distribution :
- Clémentine Célarié : Kouka
- Pierre-Loup Rajot : Eberlin
- Yves Afonso : Kuntz
- Faye Anastasia : Rebecca
- Natacha Amal : Nathalie Stern
- Marc Peeters : Berger
Morte fontaine et la presse
Un «Polar» dont l’action se situe en Alsace
Une image de l’Alsace touristique sur la couverture d’un livre de la collection «Sueurs froides», voilà qui est pour le moins surprenant. Et l’on s’empresse d’y regarder un peu plus près : C’est bien d’un «polar» de Jean-François Coatmeur qu’il s’agit et Coatmeur n’est pas le premier venu !
Grand Prix de la Littérature policière, Prix Mystère de la Critique… un maître du genre, parfait émule de Hitchcock auquel on peut sans hésiter le comparer..
Des les premières pages d’ailleurs le décor se met en place en même temps que le «roman». Aux limites de la vraisemblance, du moins pour le lecteur alsacien. Un poids lourd dans l’Allée de la Robertsau, une fillette de six ans guettant le retour de sa mère vers les onze heures du soir dans une rue de la Petite France à Strasbourg. Oui, bien sur, tout cela est possible, comme l’étrange mascarade elle-même qui finit mal dans une chambre non loin du Conseil de l’Europe, et Coatmeur sait jusqu’où il ne faut pas aller trop loin, mais suffisamment quand même pour créer d’emblée le suspense et plonger le lecteur dans cette ambiance qui fascine à la fois par son réalisme et ses mystères lugubres.
Du reste, aussitôt pris dans les filets d’une intrigue qui parait plus compliquée qu’elle n’est en réalité, le lecteur ne sera lâché qu’à la dernière page du livre et Coatmeur connaît si bien l’Alsace qu’il ne s’y égare jamais. Lieux et personnage sont si «authentiquement» de chez nous que l’auteur fait bien de préciser qu’ils sont purement imaginaires. Son «essai» alsacien est en tout cas d’un cru de grande classe, que les amateurs du genre dégusteront avec de fortes émotions. Si bien que la paisible fontaine de la page de couverture pourrait bien être celle sur la margelle de laquelle s’est achevée une sanglante poursuite…
Les affretres (Strasbourg) - 1982
Le tandem Coatmeur-Pico
Un véritable intérêt se fait jour pour les romans policiers de Jean-François Coatmeur. Après " la Bavure ", puis " la Nuit rouge " et " les Sirènes de minuit ", voici que Marco Pico réalise " Morte fontaine ". Une adaptation à la fois fidèle et libre, très réussie
JEAN-FRANÇOIS COATMEUR est l'un des meilleurs auteurs français de romans de suspense. Après un premier livre publié au Masque, il a, sur les conseils de Thomas Narcejac (qui était professeur à Nantes alors que Coatmeur enseignait à Brest), intégré l'équipe de la collection " Crime Club " des éditions Denoël, où s'était constituée, dans la filiation de Boileau-Narcejac, une manière d'école : le " suspense à la française ". Très vite, Jean-François Coatmeur va devenir l'un des auteurs phares de la collection, notamment avec la Voix dans Rama, puis dans celle qui va suivre : " Sueurs froides ".
En 1976, il obtient, pour les Sirènes de minuit, un grand prix de littérature policière parfaitement mérité. Ce polar de politique-fiction, dans lequel il a imaginé qu'un certain général Chopinet - la consonance du nom ne vous rappelle rien ? - a pris le pouvoir en France par la force et imposé un régime militaro-fasciste, est l'un des plus marquants de sa décennie. La Bavure, qui a été couronné en 1981 par le prix Mystère de la critique, et Morte fontaine, qui vinrent ensuite, mettent en scène des personnages quotidiens, paisibles, confrontés d'un seul coup à des événements dramatiques qui les dépassent, mais qui les font aller au-delà d'eux-mêmes.
Les derniers romans de Jean-François Coatmeur ont été publiés dans la collection " Spécial suspense " des éditions Albin Michel. Si la Nuit rouge forme avec les deux susnommés une sorte de trilogie provinciale, Yesterday renoue avec la veine politique, et Narcose flirte de façon poussée mais habile avec le roman d'espionnage. Les intrigues parfaitement agencées des romans de Jean-François Coatmeur n'avaient jusqu'à présent suscité que peu d'adaptations filmées. Seule la Bavure avait été tournée sous la forme d'une dramatique en trois parties par Nicolas Ribowski (avec Raymond Pellegrin, Jean Desailly, Patrick Préjean et Caroline Sihol dans les principaux rôles), diffusée sur Antenne 2 en 1984.
Mais un véritable intérêt s'est fait jour pour son oeuvre, puisque, en l'espace de quelques mois, trois de ses romans viennent d'être portés à l'écran : la Nuit rouge, au cinéma, par Jean-Marie Richard ; les Sirènes de minuit, à la télévision, par Philippe Lefèvre (avec Philippe Léotard, Véronique Genest et Dany dans les rôles-titres) ; Morte fontaine enfin, adapté et réalisé par Marco Pico, dont on n'a pas oublié les Fortifs.
L'adaptation que Marco Pico a faite du roman est remarquablement fidèle quant au déroulement des péripéties et au caractère des personnages. Même s'il éprouve (en père possessif) un tout petit regret de ce que les trajectoires personnelles de Nathalie Stern et du commissaire Kuntz n'aient pas été - faute de temps - aussi fouillées que dans le livre, Jean-François Coatmeur reconnait bien volontiers que le choix de privilégier le couple Kouka-Eberlin s'avère des plus judicieux. Et que la transposition de l'Alsace à la Belgique pour le décor (et le terroir) est tout à fait réussie.
Quoi qu'il l'ait élaguée, notamment en ce qui concerne le parcours de Nathalie Stern, Marco Pico a respecté la construction du roman qui est le générateur même du suspense : l'entrecroisement de trois (ou plutôt de quatre) destins individuels qui vont " se tamponner " d'un coup, à cause d'une petite fille réveillée en pleine nuit et du cadavre d'un homme d'affaires déguisé en prêtre, et filer ensuite, après tours et détours, " chauds et froids " comme l'on dit dans certains jeux enfantins, vers un point de convergence.
A l'originalité du sujet - l'enquête policière n'est pas l'ossature principale, elle vient seulement ponctuer, par bribes, montées en parallèle, la quête d'Eberlin, - Marco Pico a ajouté la maitrise parfaite de la réalisation. Par cette manière de filmer la ville de nuit, par l'extraordinaire séquence de la danse d'Eberlin au son d'un impressionnant carillon, par la grâce de sa rencontre avec cette Alice nocturne qui lui fera traverser bien des miroirs, par le surréalisme quasi bunuélien de cette messe des morts improvisée dans une chambre d'hôtel.
Et ce sentiment ne sera jamais démenti par la suite : la mécanique du suspense lancée dès les intrigantes premières images roule sans à-coups, mais sur un tempo de plus en plus prenant, vers un final à la fois redouté et attendu.
Pierre-Loup Rajot, en pianiste de boite un peu décalé, Clémentine Célarié, en dessinatrice de BD pour adultes, forment un couple qui fonctionne merveilleusement et dont on imagine facilement qu'il puisse se laisser prendre à la séduction de l'enfance. Yves Afonso apporte au personnage du commissaire Kuntz une densité et une tension bien rares chez les flics à la télévision.
Le tandem Coatmeur-Marco Pico, qui avait déjà failli se constituer sur la Bavure, nous donne là un grand moment. On l'échangerait même volontiers contre la quasi-totalité des polars du grand écran de ces derniers mois.
Jacques Baudou
Le Monde - 28 mai 1989




























































