« Les sirènes de minuit », 1976 - Denoël - Sueurs froides

Les sirènes de minuit

[Temps de lecture : 2 minutes]

Double assassinat à Brest, dans une France agitée , gouvernée par le général Chopinet. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.

En 1965, en pleine période de doute (voir Aliéna) Jean-François Coatmeur avait écrit un roman «Les sirènes de minuit» que Denoël avait rejeté. En 1974 il s’attelle à reconstruire totalement ce roman qui sera publié en mars 1976.

« Un événement important peut être à la base du récit. Les Sirènes de Minuit n’auraient jamais vu le jour s’il n’y avait pas eu le coup d ‘état de Pinochet. Ma réponse à Pinochet a été ce livre, en 1976. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).

Fin mai, le roman obtient le Grand prix de littérature policière, au premier tour, ce qui est rare (en avril 1973, « La voix dans Rama » avait été battu sur le fil au… 15ème tour !). Ce prix fera décoller fortement le succès de Coatmeur. Les Sirènes connaitra un grand nombre de ré-éditions (Albin Michel rachètera les droits à Denoêl que l’auteur a quitté pour l’inscrire à son catalogue). « Les sirènes de minuit » seront traduites et publié dans de nombreux pays (Italie, Allemagne de l’ouest, Japon, Hongrie? Pays-Bas, Tchécoslovaquie… Voir les jaquettes étrangères).

Quelques éditions des «Sirènes de minuit» en France et à l’étranger

« Les sirènes de minuit », 2004 - Livre de poche Les Sirènes de minuit - Édition Le livre de poche, 1987 « Les sirènes de minuit », ré-édition 2004 - Albin Michel

« Les sirènes de minuit », édition allemande « Les sirène de minuit », édition tchécoslovaque « Les sirènes de minuit », édition néerlandaise « Les sirènes de minuit », édition japonaise « Les sirènes de minuit », édition italienne « Les sirènes de minuit », édition hongroise 

Curieusement, ce ne sera pas ce roman qui sera le plus tôt adapté à l’écran, même si Gilles Grangier s’y était intéressé dès 1976. Ce sera «La bavure» en 1984.

  • Denoël – Sueurs froides (1976)
  • Grand prix de littérature policière 1976

Un film TV

1989, port de Brest - Philippe Léotard sur le tournage des Sirène de Minuit  1988 - Avec Philippe Leotard sur le tournage des « Sirènes de minuit »

Réalisation de : Philippe Lefebvre

Scénario de : Claude Barma, Jean-François Coatmeur & Michèle Letellier

Année : 1989

Film TV
Jef Chabert engage Manoel, un chômeur portugais, pour suivre Eric Fontange, son beau-frère, car Fabienne le soupçonne de voir une autre femme. Mais Manoel perd vite Eric de vue. Eric sera retrouvé assassiné quelques heures plus tard.
Première diffusion : 1er octobre 1989
Distribution :

  • Philippe Léotard : Chabert
  • Véronique Genest : Maud
  • Stéphane Jobert : Manda
  • Jacques David : Bodard
  • Liliane Rovère : Fabienne
  • Roger Ibanez : Manuel
  • Jacques Chailleux : Le père Jourdan
  • Dani : Elle même
  • Thierry Ardisson :

Les sirènes de minuit

Ce n’est qu’un roman policier. Mais outre qu’il a la rigueur et le suspense d’un Boileau-Narcejac, il est rehaussé d’une touche d’anticipation qui lui donne encore plus de force. L’action se passe à Brest entre 1980 et 1990. Le Brest de Coatmeur est plus vrai que nature. Mais en France un certain général Chopinet a pris le pouvoir et fait «régner l’ordre» dans les provinces «irrédentes». Cela n’est pas gai. Mais tragiquement plausible.
Yvan Audouard

Le Canard Enchaîné - 10 mars 1976

Les sirènes de minuit

L’histoire se déroule à Brest, en 198… Cette légère anticipation permet à l’auteur d’imaginer que la France s’est donné à un dictateur et que la police politique est toute puissante. Or, Fontanges, l’époux volage d’une directrice d’usine, Fabienne, est assassiné dans des circonstances mystérieuses tandis que, la même nuit, Fabienne est tuée à son tour. Le F.R.A., mouvement d’opposition clandestin, revendique les deux crimes. La police arrête un ouvrier portugais qui va lui servir de bouc-émissaire. Le malheureux Manuel est évidemment innocent. Il avait seulement été chargé par Jef Chabert, le frère de Fabienne, de filer Fontanges. Sur ce canevas se développent deux thèmes : l’un proprement policier (comment Jef découvrira-t-il la vérité ?) l’autre politique (qu’adviendra-t-il de Manuel, l’innocent persécuté ?). L’auteur conduit le premier avec beaucoup d’ingéniosité vers une solution inattendue et intensément dramatique. Il utilise le second pour faire entendre une protestation véhémente contre la violence et le fanatisme. Coatmeur se dégageant des règles et des lois du suspense classique, fait preuve d’une originalité certaine et montre avec force que le genre policier peu avoir un contenu éminemment sérieux.
Boileau-Narcejac

Les Nouvelles Littéraires - 8 avril 1976

Santiago sur Brest - Une affaire sous la dictature du général Chopinet

Le saviez-vous ? Nous sommes en 198. et le général Chopinet a pris le pouvoir. Bien sûr, il s’agit de fiction et la France, dit-on, n’est pas un climat favorable au fascisme. Mais Brest a un climat propice à la pluie, disent ceux qui ne sont pas bretons. L’hiver il y fait froid aussi. Et comme tous les ports, celui-ci sait capter les lueurs des fantômes, les ombres des fuyards, et la tristesse des sirènes de minuit qui percent les brumes.
Donc, un ordre règne à Brest. Cela n’empêche pas, bien sûr, les crimes ordinaires. Par exemple, le double meurtre d’Éric Fontanges, dont on retrouvera le corps près de la voie ferrée, et de fabienne, sa femme, assassinée chez elle. Est-il possible, sous le fascisme, d’élucider une affaire du tout-venant sans que les mystères, les troubles du régime et les fantasmes de ces hommes de mains, ne travestissent la réalité, ne la reconstruisent comme une scène de Grand Guignol ? Un policier consciencieux y perd ses dernières illusions, un amoureux ses derniers espoirs et un émigré portugais y perd la vie.
Jean-François Coatmeur a conçu certes une intrigue policière (1), et c’est elle qui, paradoxalement, donne au récit son aspect fictif. Mais l’arrière-plan politique qui baigne ce récit porte l’auteur au niveau du moraliste et rappelle aux imprudents qu’il faut autant se méfier des milices que des tortionnaires évangélistes…

(1) Il vient d’obtenir le Grand Prix de littérature policière.
Bernard Alliot

Le Monde - 23 juillet 1976

Les sirènes de minuit

Sherlock Holmes et Hercule Poirot jouaient naïvement le jeu de la déduction. Ils croyaient au fair-play intellectuel. Jean-François Coatmeur qui vient de recevoir le Grand Prix de littérature policière pour «Les sirènes de minuit» (Denoël) a introduit la mauvaise foi jusque dans la recherche des indices. Il vient d’inventer l’«enquête truquée».

Le roman est double. Sur un thème classique (qui a tué Éric Fontanges et sa femme, Fabienne ?) se greffe un second thème qui appartient à la «politique-fiction». L’auteur a placé son récit en 198… La France est alors dirigée par un dictateur dont la police politique vise surtout à maintenir l’ordre par tous les moyens. Elle arrête donc, pour jeter un coupable à l’opinion publique, le premier suspect venu, un travailleur portugais.

C’est cela même qui caractérise la «politique-fiction». Il n’est point besoin, comme le font les auteurs américains, de mettre en scène des politiciens conspirant contre le Président, c'est-à-dire, au fond, d’introduire le gigantisme dans le roman policier. Il suffit de placer, devant les yeux du lecteur, un verre déformant qui fait, en quelque sorte, grimacer le réel, et aussitôt le monde ricane.

Le procédé pourrait produire un énorme effet d’humour noir. Coatmeur a préféré réagir par l’indignation : ses sirènes de minuit (les bateaux mouillés à Brest font hurler leurs sirènes, parait-il, pour saluer la nouvelle année) crient à conscience bafouée.
Boileau-Narcejac

Le Nouvel Économiste - 26 juillet 1976

Les sirènes de minuit

Le livre a eu le Grand Prix de Littérature Policière de 1976. Prix mérité. Une histoire solide racontée sans cliché, sans concession à des modes crispantes. Une incursion très très brève dans le domaine de la politique-fiction. Inutile, car les brutalités policières où baigne le drame n’attendent pas les années 198.. pour se manifester.

Le choix des brugnons duveteux dans la balance de la marchande de quatre saisons au moment de l’explosion finale dénote un humour rose noir que je vous laisse découvrir, bien sûr, ainsi que des assassins qui ne sont, comme tant d’autres dans notre société où toute les valeurs se brouillent, que des victimes. Le port de Brest est un décor à mi-chemin de Marcel Carné de Jean Genet.

Chirurgien-Dentiste de France - 17 novembre 1976

Tonnerre de Brest

Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on distingue un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir…
Jean-François Coatmeur est un habile conteur. Ce qui semble être un polar noir traditionnel mettant en scène un quatuor détonnant par leurs relations passées ou présentes, devient, au fil du récit, un exercice de politique-fiction. Et l’auteur fait preuve de finesse, car il suppose ce nouveau cadre de référence en arrière-plan des pérégrinations des personnages centraux, laissant ces derniers occuper le devant de la scène au travers d’éléments romanesques traditionnels du genre. Le triangle amoureux, l’envie, la vengeance, le mensonge et, finalement le meurtre. L’interrogatoire du suspect numéro un met alors en lumière le contexte politique dans cette Bretagne « décalée ». Il est question de tentative de séparatisme, de répression implacable et d’unités spéciales de police « dignes » de la Gestapo. Sans que vous ne vous en rendiez-compte, Jean-François Coatmeur vous entraîne de l’autre coté du miroir, dans une réalité autre. La conclusion en devient fondamentalement différente, à mille lieues des enquêtes policières plus ou moins bien bouclées par l’imper de service. Elle n’en est que plus subtile, plus délectable. Comme l’est ce roman… D’autres ne s’y sont pas trompés et lui ont décerné le Grand prix de littérature policière… en 1976. Cependant, s’il s’agit d’une réédition, elle se justifie pleinement : elle n’a pas prix une ride.
G.P./A.Q.

Encre noire - 2ème trimestre 2004

Les sirènes de minuit

La réédition d’un grand prix de littérature policière qui se déroule dans une France fasciste. Un immigré portugais est accusé injustement d’un double meurtre. Un roman de politique-fiction finement ciselé qui rend hommage à la patte de l’un des plus brillants romanciers français de littérature policière.

Le Dauphiné Libéré - 8 mars 2004

Les sirènes de minuit

Émoi à Brest. L’assassinat d’un couple de notables revendiqué par un mouvement révolutionnaire breton met la police sur les dents. Il faut un coupable à tout prix et c’est encore mieux s’il est étranger. Sur fond d’attentat et de haine raciale, Jean-François Coatmeur tisse une toile prenante autour de Chabert, un ancien flic alcoolique et romantique. L’ambiance brumeuse des quais brestois colle à merveille à l’atmosphère glauque du polar. Tout est réuni pour que la mayonnaise prenne : de l’homme politique véreux aux policiers corrompus et sadiques. Un vrai régal qui a d’ailleurs reçu le Grand prix de littérature policière.

Le Berry Républicain - 10 mars 2004

La Bretagne sous le joug totalitaire

Jean-François Coatmeur est un peu à Brest ce que Patrick Raynal est à Nice. De vieux briscards gauchistes, virtuoses du polar noir à souhait, ancré dans la France provinciale et une région à forte personnalité. Faconde méridionale en moins, le Breton est plus austère. Plus engagé aussi. Son dernier roman, Les sirènes de minuit, couronné par le Grand prix de littérature policière est la reprise d’une histoire imaginée en 1976, quand on croyait encore toutes les révolutions possibles. Les pires y compris.
Brest, en décembre, deux ans après le coup de force du général Chopinet – on peut être un grand auteur et ne pas résister à un jeu de mots facile – qui a porté la Rénovation Nationale au pouvoir. Répression, délation, police politique aux aguets… l’ordre règne. La prostitution et la religion ont le vent en poupe. La criminalité connaît une régression spectaculaire. Même le F.L.B. (Front de Libération de la Bretagne) s’est sabordé et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes totalitaire si n’était pas apparu un mystérieux Front Révolutionnaire Armoricain. Et si un couple de notables n’était assassiné dans d’étranges conditions.
Dans une atmosphère oppressante et glauque, les personnages se croisent sous la grisaille d’un crachin constant : l’immigré bouc-émissaire – un portugais au chômage ; les grands bourgeois aux inavouables petits secrets; le commissaire principal que ses hémorroïdes empêchent d’être courageux… Flics ambigus, politiciens trouillards, bigots illuminés et pseudo-terroristes se débattent dans cette politique-fiction qui illustre, dit l’auteur, « la révolte des humbles contre la déraison d’État ».
Peut-être moins puissant que son titre précédent, « Tous nos soleils sont mort », le dernier livre de Coatmeur recèle les mêmes qualités d’écriture sobre et dense, le même sens de l’intrigue qui ne faiblit à aucun instant. Coatmeur reste décidément l’une des grandes références françaises en matière de polar.
Pascale Primi.

Var Matin – Corse Matin - 14 mars 2004

Auteur

Auteur de romans policier, Grand prix de littérature policière en 1976 pour Les Sirènes de minuit (Édition Denoël)