Les livres de Jean-François Coatmeur
Depuis 1963 jusqu’en 2016, soit en 53 ans, Jean-François Coatmeur a publié 28 ouvrages, principalement des romans policiers. Mais il y a également un roman non policier (inspiré par une aventure personnelle) ainsi qu’une vingtaine de nouvelles.
Une fête trop arrosée qui tourne mal. Un après-midi qui se solde par un viol collectif.
La victime est jetée par la fenêtre, mais la mort ne veut pas d’elle. Pas encore.
Nanou va élever sa fille Chris sans rien lui révéler de son passé. À sa mort, elle lui laisse une lettre avec les noms des coupables restés impunis. Un quatuor d’amis devenus des notables. Chris décide de se venger de cette « petite bande », dont elle retrouve, un à un, chacun des membres. Elle met en place un plan diabolique pour les piéger les uns après les autres. Mais le plus cruel des châtiments est réservé à son père biologique…
Une tragédie familiale digne des Atrides dans une atmosphère brestoise chère à l’auteur.
Secrets d’écriture
S’il était déjà atteint par la maladie qui allait l’emporter, Jean-François Coatmeur restait acharné à la parfaite imbrication des ficelles de son intrigue. Ci-dessous, une séance de travail de relecture avec son neveu Joël le 31 octobre 2015 :
- Albin Michel – Hors collection (2016)
Les noces macabres et la presse
Les noces macabres, de Jean-François Coatmeur
Les noces macabres aurait pu être un bon livre si ma lecture n’en avait pas été quelque peu gâchée en amont. Du coup je regrette un peu cette lecture qui s’est avérée moins passionnante que prévue alors même que le sujet était intéressant. Classique mais ce n’était pas dérangeant car j’étais curieuse de voir comment l’auteur allait nous faire découvrir cette histoire étant donnée les circonstances.
Pourquoi ma lecture a été gâchée ? J’avais eu une présentation du livre qui m’a tout de suite intéressée mais qui était très loin de la 4e de couverture présente ci-dessus qui garde un certain mystère sur l’histoire. Donc pas de crainte pour vous. Dans cette présentation, je me suis rendue compte après coup que je me suis fait spoiler sur l’intégralité du livre car l’élément central présenté – et qui m’avait grandement intéressée parce que ça promettait quelque chose de sombre et de passionnant – s’avérait être LA révélation finale du livre.
Autant vous dire que j’ai été grandement déçue car je m’attendais à tout instant à ce qu’on parle de ce fameux élément et quelle a été ma déception quand j’ai constaté que c’était la révélation finale. De quoi gâcher une lecture quand même puisqu’il n’y avait plus de surprise et que l’on peut ainsi voir la manière dont l’auteur a créé son récit. Tout semble facile et cousu de fil blanc… J’étais dans l’attente à ce qu’il se passe quelque chose, qu’on évoque tout cela mais ces éléments n’arrivent qu’à la toute fin.
Alors si on ignore tout cela et qu’on s’en tient au résumé officiel (la 4e de couverture) évidemment, on ne s’attend pas forcément à cela et ça peut être un livre intéressant...
Melisandre
lireoumourir.com - Mai 2016
Jean-François Coatmeur : Les noces macabres
Habitant Ivry, Christelle est une jeune femme d'environ vingt-cinq ans, dont son petit-ami Pascal est très amoureux. Elle reste proche de sa mère, Nanou, quinquagénaire vivant à Puteaux. Toutes deux sont infirmières en hôpital, leurs opinions politiques étant marquées à gauche. En ce mois de mars 2011, l'état de santé de Nanou est fragile. Il se dégrade encore davantage quand sa fille lui parle d'un patient admis là où elle est employée, suite à un accident de voiture. Âgé de cinquante-quatre ans, très gravement touché, cet Alain Vénoret est un chirurgien orthopédiste exerçant en Suisse, où il vit depuis de nombreuses années. Il est originaire de la région brestoise, comme Nanou. Bien que la mère de Chris n'ait pas semblé se souvenir de lui, la crise qui la secoue peut être associée au nom de cet hospitalisé. Le choc sera bientôt fatal à Nanou. Elle a laissé à sa fille un curieux dossier.
Claude Le Nocher
Action-suspense.com - 23 mai 2016
Les noces macabres - Jean-François Coatmeur
Brest 1987, une petite fête trop arrosée tourne mal. Une jeune fille passe par la fenêtre, elle en réchappe mais elle est marquée à vie.
Bien des années plus tard, Chris découvre cette histoire dans une lettre que sa mère lui a laissé avant de mourir. Elle donne également les noms des coupables qui n'ont jamais été punis... Chris va mettre entre parenthèse sa vie "d'avant" (abandonner son travail et son petit ami) pour venger sa mère...
C'est le premier livre que je lisais de cet auteur breton. Et mon ressenti est mitigé, d'abord la Bretagne, elle n'est pas si présente que cela dans ce roman, le drame du passé se déroule bien à Brest et la conclusion de l'histoire également...
La lecture est facile et l'intrigue est plutôt bien construite mais je n'ai pas été captivé par cette histoire assez classique et parfois brouillonne.
A propos de livres - 1er juin 2016
Les noces macabres de Jean-François Coatmeur
L’histoire débute le 17 septembre 1987 à Brest, chez Nanou. Suite à une après-midi débridée agrémentée d’alcool et de sexe consentant ou non, la petite bande se sépare. Le soir-même, Nanou va annoncer sa grossesse à son petit ami…la suite se résume en une tentative de suicide, une séparation…et la naissance d’un joli bébé. Nanou est sur le point de mourir, lorsqu’elle confie à sa fille, l’existence d’un dossier à son attention. Après les obsèques, Chris découvre les événements de cette journée de 87.
Ce livre nous emmène dans deux époques bien différentes en 1987 et en 2012, l’auteur a su mêler mystère, découverte et surprise. On s’attache à chaque personnage qui s’attarde ou non dans l’histoire. Chris saura aussi bien jouer la manipulation que la trahison.
L’auteur a su nous embrouiller, nous faire autant détester Chris que l’aimer, à chaque page, je voulais savoir la suite. Ma seule question lors de ma lecture était : Que va t-il se passer ?
Un des meilleurs livre que je n’ai jamais lus, j’ai hâte d’en lire plus de ce genre pour pourvoir avoir une vrai comparaison. On découvre aussi plusieurs facettes de l’histoire jusqu’à se demander si le pire n’est pas en train de se produire ! Je vous laisse déguster ce livre, la vengeance est un plat qui se mange glacé !
Une bonne lecture à vous, rien n’est plus précieux que l’amour d’une fille !
Yesmine Zrouli
Romans sur canapé.com - 1er juin 2016
Polar. Les noces macabres ***
Que s’est-il passé le 17 septembre 1987 dans un appartement brestois ?
C’est à cette question que va s’efforcer de répondre Chris, la fille de Nanou, une infirmière qui vient de décéder en laissant en héritage des indices sur la tragédie dont elle a été victime vingt-cinq ans plus tôt. Fermement décidée à percer le mystère, Chris se retrouve en 2012 au cœur des Fêtes maritimes de Brest dans une ville foisonnante. Pendant ce temps, moine, maire, médecins, autrefois amis au sein de la « petite bande », reçoivent d’étranges coups de fil distillés par une voix déformée qui leur fait entendre « Il neige sur le lac majeur », la chanson de Mort Schuman.
Comme son habitude, Jean-François Coatmeur a l'art de maintenir le lecteur en haleine. Une fois ouvert, impossible de refermer ce roman à suspense avant la fin où un dernier rebondissement vient encore surprendre. Jean-François Coatmeur, c'est aussi un style limpide, une écriture soignée et une maîtrise de l'intrigue.
Dominique Le Bian-Rivier
Le Télégramme - 2 juin 2016
Les noces macabres, Jean-François Coatmeur
Ouvrir un livre de Coatmeur, c'est toujours l'assurance de vivre un très bon moment. Avec les noces macabres, on ne déroge pas à la règle même s'il est lu très rapidement.
Les fans -dont je fais partie- n'avaient pas eu l'occasion de lire Jean-François Coatmeur depuis 2012 et son machiavélique "Ouest Barbare". Quatre ans donc qu'on attendait le nouveau roman du lauréat du grand prix de littérature policière 1976 et de nombreux autres prix. Une éternité ! C'est dire notre impatience. Alors quand j'ai appris qu'un nouveau roman venait de sortir, je me suis jeté dessus. Le pitch ne paraît pas très original, disons-le. Un viol, une histoire de vengeance. Ouais, déjà lu ce genre d'histoire. Sauf qu'avec Jean-François Coatmeur, le banal se transforme vite en chemin sinueux dans lequel le lecteur se perd, s'égare et dont les certitudes s'ébranlent au fur et à mesure du récit.
Dans ce roman, tous les ingrédients propre à Coatmeur sont réunis : une histoire familiale compliquée (Nanou et sa fille Chris dont la vie va basculer après la mort de sa mère), des notables à l'intégrité douteuse (Vénoret et ses amis), un cadre géographique propice aux mystères (Brest) et bien sûr un plan tortueux.
Les connaisseurs reconnaîtront la trame qui a servi de base à la nouvelle publiée dans le recueil "Brest, l'ancre noire" mais il ne s'agit vraiment pas d'une version allongée de "les mains qui s'ouvrent". Les noces macabres, c'est bien un roman, un vrai -certes un peu court- avec une vraie intrigue et des personnages dont on ne perçoit pas tout de suite les personnalités.
Le récit se déroule sur deux périodes différentes. Tout commence en 1987 à Brest et finit en 2012 à Brest aussi mais après avoir voyagé à Paris et du côté du Mans. La boucle est bouclée et Coatmeur nous convie même à une petite balade au grand rassemblement de bateau.
Les Noces macabres de Jean-François Coatmeur
Un jeune couple plein de fougue en région parisienne (Chris et Pascal). Un vieux ronchon à Brest. Un médecin au Mans. Un chirurgien suisse (Alain). Un politicien. Un lourd secret relie tout ce petit monde suite à événement tragique suite à la fête un peu trop arrosée pour fêter le diplôme de quatre jeunes médecins, il y a vingt cinq ans, et au cours de laquelle la fiancée (Nanou) d'un des carabins s'est jetée par la fenêtre... La fille de Nanou, Chris, n'apprendra les détails sordides qu'au décès de sa mère, qui lui confie tout un dossier de l'enquête qu'elle a menée depuis des années pour suivre le parcours des quatre médecins devenus chacun des notables...
Décidée à venger sa mère, Chris ourdit un plan digne des Diaboliques de Barbey d'Aurelilly, même si en chemin elle doit risquer de perdre son grand amour. La vérité sortira, et sa mère sera vengée — mais vengée de quoi ? —, quels que soient les dommages collatéraux.
Dans un récit qui rappelle très souvent L'Eté meurtrier, et qui ne convainc jamais vraiment le lecteur, Coatmeur tente d'instaurer une intrigue dont malheureusement les fils sont un peu grossiers et la substance éculée. On l'a connu plus inspiré.
Loïc Di Stefano
Tout accusait Jérôme de la mort de son beau-père : il a été condamné à vingt ans de réclusion. Mais l’entrée des Allemands en France va changer son destin. En pleine débâcle, il réussit à s’échapper en compagnie d’un codétenu, un criminel endurci. Jérôme n’a qu’une idée en tête, rejoindre son village près de Douarnenez pour revoir sa femme avant de tenter de rejoindre l’Angleterre. Au fil de leur cavale, les deux hommes se lient d’amitié, se confient leurs secrets. Mais leur arrivée à Pouldavid ne va pas faire que des heureux…
Personnage ambigus, atmosphère oppressante, piège machiavélique… Jean-François Coatmeur n’a pas son pareil pour sonder les abysses de l’âme humaine. Un grand suspense psychologique avec en toile de fond une des pages les plus noires de notre Histoire.
Secrets d’écriture
- 2 Janvier 2012, de son bureau à Brest, Jean-François parle du livre qui sortira 6 mois plus tard : « L’ouest barbare »
- Au cours de leur périple en juin 1940, les deux fugitifs rencontrent une jeune femme avec son père qui cherchent, eux aussi un havre de paix. Il s’agit de Mari que l’on a connu dans un autre roman Des croix sur la mer qui se passe en 1944. Jean-François Coatmeur procède alors à un flash-back par roman interposé. Sans spolier la fin, il faut indiquer que L’Ouest barbare offrira à la jeune Marie une conclusion apaisée.
- Une scène, en milieu de roman montre une traque à travers champ d’un présumé parachutiste. Cette situation, inspiré d’un véritable souvenir, Coatmeur l’avait déjà utilisé dans le cadre d’une nouvelle « Jeux de gosses », publiée six ans plus tôt. Pour plus de détails, voir la page Les nouvelles.
- Anecdote : dans le roman, il y a une boite de biscuits de la « Biscuiterie Bretonne » qui contient un objet de grande valeur. Cette biscuiterie était à l’époque, et jusqu’à sa fermeture dans les années 50 dirigé par celui qui allait devenir le beau-père de Jean-François Coatmeur, Louis Beyer, père de Josette, son épouse. L’enfant représenté, Claude, est un cousin à Josette et sera par la suite le parrain de Jehanne, la fille de Jean-François.

- Albin Michel – Spécial suspense (2012)
Dans une crique déserte de la baie de Douarnenez, Mara échappe à la mort : on a tenté de la noyer alors qu’elle prenait un bain de minuit. C’est du moins ce qu’elle raconte à Gwen, qui la recueille affolée, errant à demie nue au bord de la route. Bien qu’il se rende vite compte que la jeune femme ne dit pas toute la vérité, Gwen, à ses risques et périls, décide de l’aider et de la protéger. De mensonges en fausses confidences, Mara et Gwen, prisonniers de leurs secrets, se retrouvent impliqués dans une machination diabolique où un tueur sans visage se prépare dans l’ombre à frapper encore…
Mettant en scène des personnages complexes au service d’un suspense remarquablement maîtrisé, Jean-François Coatmeur, Grand prix de littérature policière, sonde une fois encore les abysses de l’âme humaine.
Jean-François Coatmeur face à ses lecteurs à propos de son roman «L’écharde au cœur» :

« Une écharde au cœur », 2013 – Le livre de poche
- Albin Michel – Spécial suspense (2010)
« Un étudiant sauvagement assassin », titre en Une Le télégramme. Reynaldo Mamet, un Mauricien de vingt-neuf ans a été victime « d’un tabassage d’une rare violence ». Crime de rôdeurs, estime la police, ignorant qu’un jeune professeur de littérature qui entretenait avec Mamet une relation secrète, a assisté, impuissante, au meurtre.
Mariée et installée dans la bonne société brestoise, Delphine garde le silence. Jusqu’au jour où elle reçoit des messages d’un inconnu qui semble tout savoir des circonstances du drame. Menacée, terrorisée, ligotée par ses scrupules et ses pudeurs, elle se débat désespérément dans la toile d’araignée qui se tisse, un peu plus serrée chaque jour, autour d’elle. Et lorsqu’une nuit, l’inconnu jette enfin le masque, Delphine doit affronter, seule, l’innommable…
Une intrigue implacable, des dialogues au cordeau, des personnages ambigus… : un suspense psychologique très noir.
Secrets d’écriture
Le chef d’enquête, le commandant Yann Jolivet n’est pas un inconnu. Jeune officier de police, il secondait maladroitement l’inspecteur principal Lordois dans Des feux sous la cendre. Lieutenant, on le croisait rapidement dans la nouvelle Judith de Recouvrance. Le peintre amateur Antoine Leparpaillot, lieutenant en retraite mis à contribution pour résoudre l’énigme, était un des personnages principaux de Judith de Recouvrance alors qu’il venait d’accéder à la retraite. Il a également participé comme inspecteur à l’enquête dans Des feux sous la cendre.
Tarzan, le chien d’Antoine Leparpaillot, est la copie conforme de Tarzan, le chien de Jehanne, la fille de l’auteur.

« La fille de Baal », 2008 – Le livre de poche
- Albin Michel – Spécial suspense (2005)
Musique
Le roman commence par une soirée, deux jours avant Noël, où des couples dansent au son d’un slow des années 60 : Nights in White Satin des Moody Blues. Plus tard, à la fin du roman, c’est d’une cave désaffectée qu’un vieil électrophone crachouille cette langoureuse mélopée… Quel rôle joue cet air dans les tragiques événements qui se déroulent entre ces deux moments séparés par douze années ?
>Écoutez Nights in White Satin
La fille de Baal et la presse
La fille de Baal: Coatmeur à son meilleur
A 80 ans, Jean-François Coatmeur continue ses lettres de noblesse à la littérature policière. Il en apporte une éclatante démonstration avec son dernier livre, "La fille de Baal", dont l'action se déroule pour l'essentiel à Brest et qui apparaît déjà comme l'une des plus belles réussites de l'auteur "des Sirènes de minuits" et de "La nuit rouge". Dans son bureau de la rue du Forestou-Huella, Jean-François Coatmeur a consacré deux ans et demi à la rédaction de son nouveau roman: "C'est mon rythme normal", glisse celui qui, au fil des années est devenu l'un des auteurs français de suspense d'atmosphère parmi les plus reconnus. Le poids du passé Dans "La fille de Baal" (allusion à Baal, divinité phocéenne qui sacrifiait ses propres enfants), Coatmeur a imaginé les tourments de Delphine, une professeur de littérature médiévale de l'université de Brest, une femme mariée, condamnée au silence pour avoir assisté, impuissante, au meurtre de son amant, un jeune étudiant. Mais des messages obscènes et menaçants lui parviennent, portant la signature d'un mystérieux "Ariel", visiblement très au courant des circonstances du drame.
Qui est le maître-chanteur ? Comment Delphine, harcelée par son passé et prisonnière de ses propres mensonges, va-t-elle pouvoir faire face ? On n'en dira pas davantage de peur de gâter le plaisir du lecteur, embarqué dans cette histoire de près de 400 pages, au fil desquelles de nombreux personnages, parfaitement traités par l'auteur, gravitent autour de l'héroïne. Ils sont immergés dans la vie brestoise, d'ailleurs croquée avec saveur (la description des Halles Saint Louis, le portrait du maire) par le romancier. Toujours une petite lueur Pour Jean-François Coatmeur, le déclic est venu de visites à une de ses proches au centre hospitalier de la Cavale Blanche: "Je me suis retrouvé dans le long couloir des urgences auquel j'ai trouvé un côté mystérieux, pour ne pas dire sinistre. J'ai pensé que l'établissement pouvait servir de cadre à une partie du livre. D'autre part, l'idée de situer un roman dans les milieux universitaires me taraudait depuis longtemps".
Comme beaucoup de ses œuvres précédentes, "La fille de Baal", au-delà de l'intrigue policière (ici particulièrement bien agencée), reste d'abord une histoire de couple "avec ses dérives, ses écarts, ses joies aussi" précise Jean-François Coatmeur, dont les protagonistes restent, avant tout, des êtres de chair, et de sang. Sous sa plume, même les plus vils concervent un zeste d'humanité: "parce que chez l'homme vacille toujours une petite lueur.C'est du moins ce que je veux continuer à croire".
André Rivier
Le Télégramme - Edition Brest - Novembre 2005
Une lecture de Claude Le Nocher
A Brest, Delphine est professeur de littérature médiévale à la fac Segalen. Elle est marié à Dominique, chercheur au CHU et enseignant à l’école de médecine. Ayant perdu leur petite Cécilia en 1991, ils ont un fils de 11 ans, Morgan. Delphine entretient une liaison avec l’un de ses étudiants, Reynaldo. Une nuit, il est mortellement agressé par deux hommes masqués. Présente, Delphine se fait violer. Avant de s’enfuir, elle prévient anonymement la police. Dès le lendemain, elle doit feindre, cacher sa profonde tristesse. Elle ne dit rien à son mari, ni à l’enquêteur qui l’interroge. Elle ne se confie qu’à Manon, sa meilleure amie. Delphine est contactée par son ancien amoureux, Jérémy, revenu vivre dans la région.
Delphine reçoit bientôt des courriels « Ariel ». Ces messages deviennent vite obscènes, visant aussi Dominique. On glisse des billets insultants sur son pare-brise. On a retrouvé un SDF mort. Sans doute est-ce lui qui venait de téléphoner à Delphine. Ariel ne tarde pas à faire chanter Delphine. Elle paie le 20 000 € demandé. Elle redoute que l’homme n’en reste pas là. Quand la menace se renouvelle, Delphine avoue (presque) tout à son mari. Très actif, fatigué par un début de cancer qu’il réfute, Dominique ne lui apporte qu’un soutien relatif. D’autant qu’il ne peut renoncer à un colloque sous les tropiques. Quand à ce diable de Morgan, il lui complique la vie.
Delphine soupçonne Manon. Le meurtre d’un collègue, prof facho, n’est pas sans rapport avec l’affaire. S’il reste dans l’ombre, Jérémy se pose des questions après que Delphine lui ait révélé son secret. La menace plane toujours sur la jeune femme…
Jean-François Coatmeur est un écrivain qui ne déçoit jamais. On chercherait vainement des défauts dans son œuvre impeccable. Cet orfèvre des ambiances sous tension, perfectionniste du suspens, nous propose une nouvelle histoire finement ciselée. Situé dans cette ville de Brest que l’auteur connaît bien, ce roman utilise astucieusement le contexte du 1er semestre 2003. La vie quotidienne de Delphine et de ses proches est absolument crédible. Les angoissantes péripéties traversées par la jeune femme sont captivante. Non seulement le scénario est de grande qualité, mais l’écriture est toujours admirable. Coatmeur reste un maître du genre.
Claude Le Nocher
Rayon polar.Com - 16 novembre 2005
Suspense - La fille de Baal
Professeur de littérature médiévale à l’université de Brest, Delphine entretient une liaison avec un de ses étudiants. Un soir, elle assiste impuissante à l’agression commise contre son amant par deux individus cagoulés qui le battent à mort et la violent. Peu après, elle reçoit des mails d’un certain « Ariel » très au fait des circonstances du drame… Une histoire menée de main de maître, des personnages passionnants et originaux dans une atmosphère bretonne chère à l’auteur, Grand prix de littérature policière, Prix du suspens, Grand prix des écrivains de l’ouest, souvent adapté au cinéma et à la télévision.
La République - 21 novembre 2005
A vous livre polars vous recommande La fille de Baal
Jean-François Coatmeur sait y faire pour créer une atmosphère et le trouble. Cette fois, nous sommes vraiment dans un policier, un thriller très classique et moins dans un polar sociétal quoique…
Un couple qui bat de l’aile. Lui beaucoup de nanas. Elle : un amant. Un fils ado qui disjoncte. Deux carrières universitaires. La vie en province. Ce vieux drame : la fille morte brûlée dans l’incendie de la maison alors que les parents guindaillaient. Et puis…
Voila que tout dérape et plutôt durement. Assassinat de l’amant, viol de la femme, corbeau sur le net, les flics… d’autres drames. Et comme toujours la question : Qui ? Et l’autre : Pourquoi ?
Et Coatmeur nous entraine dans un huis clos familial et relationnel de plus en plus dur et qui est aussi portrait d’une certaine manière de vivre et de concevoir les rapports humains.
Jusqu'à une finale qu’on verrait bien portée au cinéma tout comme ce livre d’ailleurs.
Denis Leduc
Antipode (Radio Belge) - 16 décembre 2005
Petits meurtres à la brestoise
Brest, quartier de recouvrance. Un univers cher aux Bretons et aux lecteurs de Jean-François Coatmeur. Comme bon nombre d’autres, « La fille de Baal », dernier opus du plus breton des auteurs de romans policiers, a pour cadre cette ville, sa bourgeoisie discrète, ses universitaires frileux, ses policiers désabusés portant sur le monde un regard lucide et cynique.
Si Delphine, professeur de littérature médiévale, à l’université de Brest, entretient une liaison avec un de ses étudiants, Mauricien, ce n’est certes pas par gout du scandale. Loin d’elle l’idée de porter tord à Dominique son mari, grand manitou de la biologie universitaire, distant mais irréprochable… Mais quand son univers bascule, que le chantage sordide débouche sur le viol et le meurtre, elle perd pied. Qui sont ces hommes cagoulés qui ont tué son amant et l’on brutalisé ? Qui est ce mystérieux correspondant qui, entre e-mail et coups de téléphone, paraît tout savoir, tour à tour amoureux, obscène et menaçant ? Qui se cache derrière les apparences policées des uns et des autres ?
Comme toujours chez Coatmeur, le politique et le social sont en filigrane d’une histoire dont les personnages ont une densité et une originalité rarement atteinte. Lâchetés, mesquineries et hypocrisies des uns, secrets farouchement gardés des autres, tissent la toile de fond d’un univers subtil, étouffant dont l’envers est pire que l’endroit.
Si les spécialistes regretteront de retrouver dans la dernière partie du livre quelques « ficelles » déjà utilisées dans « Des feux sous la cendre », ce roman est cependant un excellent cru, écrit dans une langue riche, à la limite de la préciosité, qui donne au texte toute son intensité.
Pascale Primi
Corse Matin / Monaco Matin - 18 décembre 2005
Suspense à la Brestoise
Suspense à la Brestoise. Stupeur à Brest. Un étudiant comorien est sauvagement assassiné. Seule sa tutrice de thèse, qui est aussi sa maîtresse, a assisté à la scène. Mais elle préfère se taire, garder son secret plutôt que de sacrifier sa réputation et celle de son mari, un éminent médecin. Tout s’écroule quand, un jour, la jeune femme reçoit des menaces de la part d’un maître chanteur au courant de toute l’histoire. Incroyable machination. Jean-François Coatmeur, l’un des maîtres du polar français, tisse une toile implacable autour de son héroïne. Le piège se referme sur elle, tenant le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Jusqu’au dénouement, qui donne un visage et un nom à l’incroyable machination…
Le Berry Républicain - 10 janvier 2006
Une nuit d’avril à Vannes, un engin criminel explose sur l’un des chantiers de Jacques Sabatier, un riche promoteur. Le poseur de bombes, un dénommé Gilou, y laisse la vie.
On parle d’un coup de feu qui aurait précédé l’explosion… Accident ou meurtre ?
Dépêchée sur les lieux, la cellule anti-terroriste de Rennes se heurte au mutisme. Ni Hadès, l’organisation secrète dont Gilou était membre, ni les Sabatier, l’une des plus influentes familles du coin, ne veulent parler.
Seule, Armelle, est décidée à venger la mort de celui qu’elle aimait. A n’importe quel prix.
Tandis que les rancœurs s’exacerbent et les vieilles haines se réveillent, le passé règle ses comptes, dans la cruauté et la folie.

« Tous nos soleils sont morts », 2004 – Le livre de poche
Secrets d’écriture
Le prêtre Patrick Vatel, directeur du centre de réinsertion d’anciens détenus, que nous avions quitté désabusé à la fin de La danse des masques a quitté la soutane et est désormais marié avec deux enfants. Toujours idéaliste, il participe désormais au groupuscule terroriste Hadès…
- Albin Michel – Spécial suspense (2002)
- Achetez Les portes de la nuit
Brest, pointe extrème-occidentale de l’Europe, ville de garnison ou ville portuaire, inspiratrice de Prévert et de Mac Orlan, devient aujourd’hui le personnage principal d’un livre d’auteurs et de passion.
Jean-François Coatmeur délivre dans son texte des ambiances et des lumières étrangeshttps://amzn.to/3bsZQ2A et angoissantes. Des personnages ambigus, marins – qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs – filles faciles et flics en retraite glissent, invisibles, au cœur des photographies de Claude Le Gall, artiste du noir et blanc, dans une étonnante vision expressionniste.
Un ouvrage majeur en forme d’escale mystérieuse pour une vie secrète..
Secrets d’écriture
Dans la nouvelle Judith de Recouvrance, l’anti-héros de cette nouvelle, Antoine Leparpaillot, lieutenant en retraite, était apparu comme inspecteur en active dans Des feux sous la cendre. Plus tard, retraité vieillissant, mais toujours peintre amateur, il aidera le chef d’enquête à la résolution de l’énigme de La fille de Baal.
Tarzan, le chien d’Antoine Leparpaillot, est la copie conforme de Tarzan, le chien de Jehanne, la fille de l’auteur.
- Terre de brume – (2000)
«Ballet noir» est un recueil de nouvelles précédemment publiées dans diverses revues à partir de 1965 (voir Les nouvelles).
Ballet noir, c’est l’histoire d’Évelyne, la petite fiancée qui n’aura jamais quinze ans, de Grégori, le tueur à gages touché par la Grâce, de ces deux adolescents rebelles qui avaient rendez-vous avec la mort, du Maître du Feu et de sa rencontre avec l’enfant-vieux, de Chapoutte, le prof chahuté qui faillit croire au Père Noël, celle encore…
Ballet noir, dix-sept variations sur le temps comme il va, un temps peuplé de gosses mal aimés, de destins saccagés, d’exclus. De victimes. On s’y ment, on s’y déchire, on y souffre, et l’Ange trop souvent y côtoie la Bête. Tableau cruel, où l’humour trace son sillon noir ou gris, tout imprégné pourtant de tendresse, aussi terrible que puisse en être parfois l’expression, et il arrive que la machination la plus perverse, miraculeusement, aboutisse à l’amour… De l’énigme au suspense, du portrait au couteau à la scène d’action ou à la peinture d’atmosphère, dix-sept figures contrastées, cocasses ou douloureuses, de la tragi-comédie humaine.
Secrets d’écriture
Pour ce recueil de nouvelles, Jean-François Coatmeur reprend le titre « Ballet noir » qu’il avait utilisé en 1961-1962, proposé au Masque pour le Grand Prix du roman d’aventure et non retenu. Ce roman sera également proposé la même année à Denoël, puis l’année suivante dans une version remaniée. Représenté en 1971 chez Denoël, « Ballet noir » paraitra finalement en 1972 sous le titre « J’ai tué une ombre ». Une réédition en 2001 sous le titre « Outre-mort » chez Liv’Édition achèvera ces mutations de titres.
Liste des 17 nouvelles :
- L’ange et la bête
- Tentation
- Deux tours en trop
- Bombe funèbre
- Tendresse
- Les cobayes
- L’accident
- Nuit de noces
- An toul doun (Le trou profond)
- Séparation
- Joyeux Noël
- « Secret défense »
- La fiancée
- Bonhomme Soleil
- Catharsis
- Deux ados
- Le manteau de Noé
- Albin Michel – Hors collection – 1998
- Prix de la ville de Limoges 2000
- Prix du roman populaire de la ville d’Elven 2000
Adaptations cinéma
Deux nouvelles ont fait l’objet d’adaptation : Deux tours en trop et La fiancée (3 adaptations).
D’une valeur inestimable 

Adaptation de « Deux tours en trop », pré-publié septembre 1976 dans le numéro 3 du Magazine du mystère.
Épisode de la série « Les enquêtes d’Éloïse Rome »
Réalisation de : Edwin Baily
Scénario de : Philippe Setbon
Année : 2001
Durée : 0h52
Une jeune interne est retrouvée morte. Son amant, cancérologue dans le même hôpital, est immédiatement soupçonné. Mais un autre médecin s’accuse du meurtre. Eloïse découvre que les deux hommes sont unis par une amitié indéfectible…
Première diffusion : 6 septembre 2002
Distribution :
- Christine Citti : Éloïse Rome
- Jean-Baptiste Martin : Éric Nell
- Marc Berman : Commissaire Damien Lespéré
- François Caron : Yves Rome
- Sophie Mounicot : Mikaëla Schwabb
- Smaïl Mekki : Dr. Jacques Lasky
La fiancée

Réalisation de :Olivier Bourbeillon
Scénario de : Olivier Bourbeillon & Jean-Paul Bathany
Année : 1984
Durée : 0h17
Musique de : Lewis Furey
Court métrage.
Une jeune fille vit avec sa mère à Brest.Sans pouvoir lui donner d’âge réel, Evelyne semble faire partie des enfants ou adolescents fermés au monde extérieur.
Est-ce parce qu’elle semble secrète? A quoi peut-elle bien rêver?
Ce qui l’intéresse dans la vie?… Le musicien Lewis Furey qu’elle adore regarder à la télévision… Les promenades du dimanche après-midi au square avec son chien Sacha…
C’est au square qu’elle rencontre Roger, jeune homme aussi séduisant que sa moto. Ce sera la première expérience du désir.
Amour réel? Amour imaginaire? Motard de rêve? Dragueur du dimanche? Roger est-il l’Arsène Lupin venu l’enlever à la grisaille quotidienne? Evelyne est-elle « la fiancée » comme elle aime à se le répéter? Qui est en fait Roger?
Tout se révélera au cours d’une noce dans un bar de la ville…
Une ballade en moto, un envol de mouettes et l’orchestre du square conclueront cette histoire.
Distribution :
- Marie Helia : Evelyne
- Guy Matchoro : Roger
- Odette Simoneau : La mère
- Jean-François Coatmeur : Le docteur
La fiancée

Réalisation de : Bruno Romy
Scénario de : Bruno Romy
Année : 1986
Durée : 0h19
Court métrage.
The Fiancee

Réalisation de : Alexander Harvey
Année : 1999
Durée : 0h16
Court métrage. Adaptation de la nouvelle « La fiancée ».
Distribution :
- Preeya Kalidas : Zabeen
- Ed Stoppard : Mark
- Souad Faress : La mère
- Nina Conti : Ellen
- Mark Chapman : Le docteur
Ballet noir et la presse
Chacun à sa manière, Eric Yung et Jean-François Coatmeur explorent les faces sombres de l'humanité
(...) Ballet noir, de Jean-François Coatmeur, ne montre guère plus d'optimisme à l'égard de la nature humaine. C'est une danse de mort et de chagrin en 17 mouvements, 17 nouvelles à suspense, brèves, sombres, implacables comme les êtres poussés à leurs fins dernières par l'amour, l'absence d'amour, la folie. La plus belle du recueil en donne le thème, et le ton: «Séparation». De corps, et de cœur. La tragi-comédie humaine vous offre 17 sanglots.
Michel Grisolia
L'Express - 30 décembre 1999
Une nuit de décembre, du coté de Morlaix, il pleut. Pierre le Dérouet et son fils se tuent en voiture. Accident ? C’est en tout cas la thèse officielle. Valois et Nathalie, son amie journaliste, intrigués par le passé trouble du mort, ne veulent y croire. Tout leur semble louche: les mensonges de la belle Génia, l’ex-femme de Pierre, les mystérieuses activités du baron Richard de Kergloff, son amant, la personnalité malsaine du sinistre Steinert, l’homme à tout faire de Kergloff. Sans avertir la police, Gilbert et Nathalie vont mener leur enquête. Une enquête qui les conduira au fin fond des marécages, dans les solitudes âpres des Monts d’Arrée, sur ces terres désolées où naissent les légendes les plus noires, les rumeurs les plus folles.

« La porte de l’enfer », 1999 – Le livre de poche
- Albin Michel – Spécial suspense (1997)
La porte de l'enfer et la presse
Frissons dans la campagne bretonne
Qui a dit que les anglo-saxons étaient les rois du thriller ? Jean-François Coatmeur, Grand prix de littérature policière et prix du suspense, bat une nouvelle fois en brèche cette affirmation et confirme son art de faire frissonner le lecteur avec « Les portes de l’enfer ».
Une triste nuit de décembre, un garagiste de Morlaix et son fils trouve la mort sur une route mouillée de campagne. S’agit-il d’un banal accident, d’un suicide ou d’un meurtre ? Installé dans cette ville pour y écrire un de ses romans policiers, le célèbre écrivain Pierre Dérouet et son amie journaliste locale Nathalie doutent. La personnalité de l’ex-femme du garagiste et surtout de son amant, Richard de Kergloff, propriétaire d’un manoir perdu au milieu des marécages, les intriguent. Que se passe-t-il exactement dans la mystérieuse demeure ? Pourquoi le châtelain ordonne-t-il à un sinistre cerbère d’effectuer des rondes toutes les nuits ?
C’est moins l’intrigue que l’atmosphère de ce roman qui donne des sueurs glacées au lecteur. Jean-François Coatmeur y dépeint une Bretagne sombre, envoutante et maléfique. A ne pas lire les nuits de tempête si on est seul en pleine campagne et que l’on croit aux forces du mal.
I. G.
Yonne Républicaine - 22 novembre 1997
Coatmeur aux portes de l'enfer
Le dernier roman de Jean-François Coatmeur « La porte de l’enfer », raconte une traque policière. L’histoire fini dans les tourbières maléfique du centre Finistère. Mystère et angoisse garantis.
Un roman à lire un dimanche d’hiver quand le vent fait claquer les volets. Et attention à ne pas faire mourir le feu dans la cheminée car le frisson vous gagne. C’est si proche, Morlaix, où le romancier brestois Coatmeur campe son intrigue. Une nuit, un garagiste, que sa femme a quitté, se tue dans un virage à 120 à l’heure, entrainant son enfant dans la mort. Pourquoi cet accident, à cet endroit, à cette heure, en cette circonstance ?
Énigme. Un homme s’acharne à la dénouer, un auteur de polar, en villégiature dans la ville pour écrire un livre. Il suit une piste pavée de haine, de névrose et de légende. Elle le conduit quelque part entre Botmeur et Brénnilis, dans le chaudron infernal de marais infestés de sortilèges. Là, dans son mystérieux manoir, réside le baron Richard de Kergloff, flanqué de Steinert, un patibulaire majordome armé de deux chiens malinois. On aura compris que Kergloff est l’amant de la femme du garagiste, une femme devenue le jouet de son inépuisable et cruelle perversité.
Petit à petit, Jean-François Coatmeur dévoile un monde caché où le sexe, l’esclavage, le meurtre et la secte font bon ménage. Au-delà de quelques clichés (concessions à la loi du genre), l’écrivain finistérien réussi à dévider, avec ruse, une intrigue sinistre et captivante.
Georges Guitton
Ouest-France - 25 novembre 1997
Mystères bretons
En 1950, dans son célèbre petit pamphlet «La littérature à l’estomac», Julien Graq a bien montré que la réputation flatteuse dont jouissent certains écrivains ne tient souvent qu’à un ou deux livres mais qu’elle suffit à leur conférer une sorte de légitimité littéraire, quand bien même leur production ultérieure serait décevante. Les exemples abondent. Et il y en a beaucoup, ces dernières années, dans le monde du polar où, somme toute, il n’est pas difficile de devenir très vite sinon une vedette du moins un auteur consensuel.
Jean-François Coatmeur ne fait pas partie de cette engeance. Lui, tout au contraire, n’arrête pas pour ainsi dire de se bonifier d’un livre à l’autre, et on a même le sentiment qu’avec l’âge (il est né en 1925), la maturité et l’expérience ses œuvres prennent de plus en plus de poids et d’envergure. Son premier roman policier «Chantage sur une ombre», date de 1963. Mais ce n’est, semble-t-il, que depuis la parution de «La nuit rouge», en 1984, qu’il a trouvé sa vraie voie, ne serait-ce qu’en élargissant le volume de ses intrigues et en bâtissant des histoires beaucoup plus complexes. Et, dans le même temps, il a conquis un public qui ne se limite pas aux amateurs de polars et qui a permis à des romans tels que «Yesterday», «La danse des masques», «Des croix sur la mer» et «Des feux sous la cendre» d’être des beaux succès de librairie.
Tout indique que le dernier d’entre eux, «La porte de l’enfer», pourrait, lui aussi, le devenir. Comme presque toujours chez Coatmeur, on est ici en Bretagne, le pays qu’il ne se lasse pas de sonder et dont il connaît par cœur l’âme et l’esprit. Plus précisément, on se trouve dans les environs de Morlaix, sur une route où vient de se produire un accident de voiture qui provoque aussitôt la mort de deux personnes : Pierre Le Dérouet, un ancien garagiste, et son fils Stéphane âgé de dix ans. Un simple fait divers ? C’est ce que pensent les autorités locales mais Gilbert Valois, un écrivain parisien réputé de romans policiers, n’en est pas convaincu, et d’autant moins que, la veille du drame, il a pu parler avec Pierre Le Derouet et se rendre compte que son interlocuteur était des plus soucieux et, surtout, persuadé que son ex-femme, Genia, était membre d’une secte satanique. Aussi va-t-il la voir, ignorant que Genia a un amant, un personnage à la fois riche et bizarre qui vit dans un manoir mystérieux, entouré de marécages. Mais tout ce qu’il apprend d’elle, c’est que Pierre Le Derouet aurait été un être instable et plein de lubies, si ce n’est un homme au bord de la démence. Il n’empêche, Gilbert Valois ne baisse pas les bras. Et bientôt, en poursuivant son enquête, il commence à soupçonner l’amant de Genia dont le manoir serait le théâtre de sanglantes cérémonies…
«La porte de l’enfer» le confirme : Coatmeur est passé maître dans l’art de construire un récit par petites séquences successives qui font chacune alterner le vrai et le faux et qui tantôt jettent de la lumière sur l’intrigue, tantôt en accentuent les zones énigmatique. Et comme ce récit se développe également à partir de deux points de vue – celui, à la troisième personne, centré sur les faits et gestes de Gilbert Valois, et celui, à la première personne, constitué par le monologue de Genia -, on ne sait jamais trop quels sont les repères exacts de l’intrigue. En quoi, «La porte de l’enfer» apparaît bien comme le roman de toutes les équivoques et de tous les malentendus, et c’est là une des raisons essentielles pour lesquelles il est, d’un bout à l’autre, si captivant. Et puis, Coatmeur n’est pas un auteur à laisser son écriture battre de l’aile. Si parfois on sent qu’il en fait trop, qu’il affectionne les phrases et les expressions maniérées, on serait mal venu de lui en faire reproche. Avec lui, c’est sur, le polar de langue française est dans des mains extrêmement solides.
Alexandre Lous
Magazine littéraire - Décembre 1997
La porte de l'enfer
La « Porte de l’enfer » est un lieu-dit sur la lande bretonne dans les environs de Morlaix. Dans ce cadre exceptionnel, sur fond de manoir, de tourbières, de nuits de décembre glacées, de brouillard, de légendes et de mystères, l’auteur construit comme un puzzle, une intrigue policière à suspense savamment désarticulée, comme il en a l’habitude, entre les principaux personnages, dont un nous parle à la première personne.
Le talent de Jean-François Coatmeur est de pouvoir nous intriguer, puis nous passionner, avec une histoire à priori banale, la mort d’un paumé abandonné par sa femme et qui emmène leur fils avec lui dans une course folle au cours de laquelle sa voiture va s’écraser, tuant ses deux passagers. Un flic lambda, et un auteur à succès de romans policiers, aidé de sa petite amie, trouvent cependant le décès fort suspect, de même que la conduite de la veuve, manifestement très liée à un baron local qui semble organiser de curieuses activités dans son manoir, sur fond de secte et de satanisme. Donc, ils enquêtent, chacun à sa manière et avec ses moyens, suscitant des réactions brutales qui vont causer bien d’autres mortd… Finalement, mieux qu’un simple suspense, un grand roman d’atmosphère.
R. S.
Fire (Belgique) - Janvier-février 1998
La porte de l'enfer
S’il est un Breton dont la Bretagne peut et doit-être fière, c’est bien Jean-François Coatmeur, auteur de «La nuit rouge», «Yesterday», «La danse des masques», «Narcose», «Des feux sous la cendre» et aujourd’hui de «La porte de l’enfer»… Reconnu comme l’un des meilleurs auteurs français de thrillers, Jean-François Coatmeur situe cette fois l’intrigue de son nouveau roman du coté de Morlaix pour le début, avec la mort dramatique d’un père et de son fils dans un supposé accident de voiture. Une double disparition qui laisse seule une ex-femme, Genia, un peu trop belle et mystérieuse pour être honnête. Une ex-femme dont Valois, un auteur de polars exilé en Bretagne, et Nathalie, son amie journaliste, suivront les traces qui les mèneront dans un manoir de Kergloff. Kergloff, bourgade située comme chacun le sait à quelques petits kilomètres de Carhaix-Plouguer, Finistère pour les initiés ! Au cœur de ces landes brumeuses, de ces terres imbibées de légendes celtes, l’horreur s’est brutalement invitée. Pour un délire bretonnant à souhaits.
Nord Eclair - 10 janvier 1998
L'étrange Coatmeur
ean-François Coatmeur retrouve sa Bretagne natale, en hiver cette fois-ci et à Morlaix. Tel un magicien, avec lui les protagonistes d’un drame, dont il tire les ficelles, se mettent en place : un garagiste et son fils tués dans un accident de la route, son ex-femme et son amant, une journaliste locale et un auteur de romans policiers vieillissant venu travailler sereinement loin de Paris et des cocktails mondains. Justement, ce fait divers va donner l’occasion à notre écrivain de s’impliquer dans cette histoire et de faire quelques promenades édifiantes dans les Monts d’Arrée autour d’un château où il se passe de drôles de choses. Jean-François Coatmeur est un maître du mystère qui a les pieds sur terre. On croit qu’il va nous entraîner dans un roman fantastique et puis l’étrange fait place à la dure réalité des sectes. Comme toujours, c’est remarquablement écrit. Un petit chef d’œuvre qui n’a rien à voir avec un « triller ».
La Croix - 18 janvier 1998
L'enfer selon Coatmeur
Une écriture dense, plantée dans les brumes, landes et marécages du Centre Finistère, la dernière livraison de JF Coatmeur, maître du suspense est tout simplement époustouflante. «La porte de l’enfer» est digne des meilleurs thrillers anglo-saxons ; l’auteur y met la sauce, violence sourde, angoisse feutrée, oasis de tendresse, le lecteur ne résiste pas aux rets subtils tissés par maître Coatmeur.
Une nuit de décembre triste et pluvieuse, dans les environs de Morlaix, un homme se tue en voiture avec son fils de dix ans. S’agit-il d’un banal accident, d’un suicide ou encore d’un assassinat ? Autour du drame, planent de troubles histoires.
La mort du petit Stéphane et de son père, Pierre le Derouet aurait du n’être qu’une affaire classée, si Gilbert Valois, gloire parisienne du roman policier, attiré dans la région par les charmes d’une journaliste locale prénommée Nathalie, n’était venu y fourrer son nez. Tout semble louche : les mensonges de la belle Genia (ex-femme de la victime), les activités de l’élégant Richard de Kergloff, son amant, propriétaire d’un énorme et mystérieux manoir dans les mont d’Arre, en plein marécage, la personnalité du sinistre Steiner l’homme à tout faire du domaine et les étranges déclarations de Bois Maudit, le sympathique clochard qui ne déraille pas toujours autant qu’on veut bien le dire.
Valois et sa petite amie vont mener leur propre enquête, sans souffler mot à la police. S’en suit une ronde infernale, tout le monde court après tout le monde, une quête éperdue à la vie à l’amour…
Coatmeur sait à merveille faire «suer» ses paysages, on est ébloui par la sensualité de sa Bretagne : son récit est de plus posé sur une écriture très classique (monsieur fut prof de latin) et il prouve une fois encore que le thriller peut être une véritable esthétique du mystère.
S. N.
Le Courier Picard - 23 février 1998
Entretien avec Jean-François Coatmeur
Pourquoi avoir choisi une femme, héroïne du roman et que vous faites parler à la premier personne du singulier ?
Génia est l'un des personnages principaux du roman, à côté de Valois, Kergloff... Sa riche sensibilité est, un atout majeur pour le récit, et c'est l'emploi de la lère personne qui m'a paru le mieux convenir à une analyse poussée de son âme torturée.Je rappelle qu'à plusieurs reprises déjà j'ai osé m'immerger dans les abysses du cœur féminin expérience difficile et passionnante. (cf. par exemple l'Aude de "La nuit rouge" et la Patricia de " Narcose".)
Il semble qu'il y ait beaucoup de vous en Valois ?
Oui et d'abord parce qu'il est comme moi écrivain et qu'il exprime des points de vue qui me sont personnels, ma conception, entre autres, du roman policier et de ses avatars. Mais je suis aussi présent dans Génia, dans Steinert, même dans Kergloff.
Kergloff, pour les non initiés et les autres, existe-t-il vraiment tel que vous le décrivez ?
Si vous parlez de l'homme, il est surtout pour moi l'incarnation du mal. Si vous faites allusion au manoir, c'est un lieu de pure imagination, inséré dans un décor authentique.
En analysant, après avoir lu le livre, il m'a semblé que globalement, même si l'énigme est très présente, vous accordiez plus d'importance au comportement et aux états d'âmes des personnages qu'à l'énigme en elle-même.
Sans doute. Dans cet ouvrage, comme dans les autres, les personnages sont prioritaires. Je traite rarement l'énigme pour l'énigme.
On ne connaît qu'à la fin les agissements du comte de Kergloff mais j'ai été, pas déçu, mais insatisfait, comme un goût d'insuffisant devant l'énigme de Kergloff. J'aurais aimé plus de mystique, de détails, d'explications en fait.
J'enregistre votre sentiment. Je croyais avoir suffisamment élucidé le mystère, dans les limites toutefois, que je m'impose, de la rigueur dramatique. Je déteste les interminables explications finales, qui sont les parties mortes d'un roman policier. Exemple, les cinquante dernières pages du livre " Les rivières pourpres " de J.C. Grangé.
Pourquoi faire mourir un enfant ? Est-ce pour choquer ?
Pour choquer, quelle idée ! Mais des enfants, hélas, meurent aussi chaque jour. L'enfant est la victime innocente par excellence, et, après mon maître Thomas Narcejac, je conçois le suspense avant tout comme le roman de la victime.
Y-a-t-il un message dans votre livre concernant les sectes ?
Il s'agit ici d'une secte très particulière, réunissant quelques viveurs fortunés. Si "message" il y a, il est toujours le même (cf. par ex. mon livre "La Bavure") : l'argent est corrupteur.
Vous avez fait passer Kergloff comme quelqu'un qui sait se maîtriser et sait manipuler. Vous semblez vous rattachez à une description populaire des " gourous " de secte. Est-ce exprès ?
Dans les sectes il y a les gourous et les gogos. Kergloff utilise à son profit les appétits jouisseurs de quelques nantis dépravés.
Pour la conception de ce livre, vous avez dû pal mal bouger dans votre département pour décrire aussi bien Morlaix et ses environs !
Comme pour mes autres livres, oui, j'ai effectué avec sérieux repérages et études de milieux. Morlaix et le Yeun Elez m'étaient assez familiers ? j'ai affiné mes connaissances.
Pour terminer, votre livre m'a donné envie d'aller découvrir les coins de Bretagne que vous décrivez si bien dans votre livre !
Merci, c'est pour l'auteur la plus belle des récompenses...
Quelles vont être vos prochaines parutions au format poche dans le courant de l'année ?
En avril, réédition de " Ballet Noir" au "Livre de Poche". En mars, sans doute, reparution à Liv'Editions" de "J'ai tué une ombre sorti précédemment chez "Denoël".
Propos recueillis par Benjamin Duquenne
Bibliopoche.com - 2000
«Le secret d’Agnès Valière» n’est pas un roman original, mais un condensé de « Nocturne pour mourir », publié en 1964, destiné à un supplément de la revue « Bonne soirée ». Le fascicule sera livré avec le numéro de juillet 1996 .
- Bayard – Bonne soirée (1996)
Une rescapée, Bernadette Mérou: on l’a retrouvée une nuit de janvier, gisant sur les rochers du port de Brest. Après sept mois d’hôpital, elle n’est plus qu’un être diminué, aphasique, sans mémoire. Une morte vivante.
Que faisait cette jeune fille sage, sur la corniche déserte, cette nuit là ? Pour quelle raison, l’après midi précédent le drame, errait-elle dans la ville comme un chien perdu ? Pourquoi s’intéressait-elle tant à cet « Africain », pensionnaire de la maison de retraite que sa famille semble délaisser ?
Face au regard de cire de la jeune infirme murée dans son terrible silence, ses parents et ses proches vont tenter de comprendre. Au bout de la route les attend l’innommable vérité. Et pour Bernadette, un autre cauchemar commence…
Secrets d’écriture
«Ce livre est le résultat d’une réflexion déjà ancienne et que j’ai également traitée dans ma nouvelle » Bonhomme Soleil « , sur le thème de la vieillesse, notamment dans les maisons de retraite. J’ai visité assez longtemps un parent dans une maison de retraite, à Douarnenez. J’ai écouté, j’ai vu, j’ai senti et j’ai entendu des confidences, des détresses. Je reprendrai toute cette matière dans Des Feux sous la Cendre pour raconter l’histoire du vieux monsieur qui est grugé par son neveu. En fait, je voulais traiter le problème des vieillards dans leur grande misère et aussi dénoncer les combines pas très propres dont ils sont victimes. Une personne de mon village m’avait elle aussi raconté sa triste histoire, assez banale, m’a-t-on dit depuis. Elle avait été hospitalisée suite à une chute, et, comme elle était sans famille proche, ses neveux se sont occupés d’elle. Ils lui ont présenté un papier et une fois sa signature obtenue, les deux neveux très gentils ne sont plus jamais réapparus ni à Noël ni à un autre moment. J’ai eu l’occasion d’évoquer cette histoire lors d’un congrès mondial francophone organisé par la Résidence Louise Le Roux sur les moyens de distraction des résidents. J’y parlais du plaisir d’écrire et je m’excusais d’avoir cité ce cas que je croyais exceptionnel dans Des Feux sous la Cendre. Les réactions de la salle m’ont bien fait comprendre que cela existe assez souvent, malheureusement… A l’origine de l’histoire, il y a aussi mon éducation religieuse… » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Quelques éditions de « Des feux sous la cendre »

- Albin Michel – Spécial suspense (1994)
Des feux sous la cendre et la presse
Trous de mémoire
Son parcours breton, Coatmeur l’a commencé en 1963 en publiant au Masque «Chantage sur une ombre» dont l’action se déroule à Douarnenez et où on voit un vieux flic enquêter sur la mort mystérieuse d’un de ses proches. Après quoi, il l’a poursuivi durant une quinzaine d’années chez Denoël, d’abord dans la collection «Crime club» et ensuite dans la collection «Sueurs froides», laquelle aura été longtemps en France un véritable creuset du roman policier psychologique. Parmi la dizaine de livres publiés par Coatmeur chez Denoël, on détachera «Les sirènes de minuit», «Le mascaret» et surtout «La bavure» que viendra couronner, en 1980, le Prix Mystère de la Critique.
Depuis 1984, Coatmeur est édité dans la collection «Spécial suspense» d’Albin Michel où chacun des cinq romans qu’il a publié à ce jour a connu un joli succès de librairie. Et voilà à présent son sixième, «Des feux sous la cendre». Coatmeur, lit-on page 4 de couverture du livre est «un des seuls auteurs français de thrillers capable de rivaliser avec les maîtres anglo-saxons». D’une manière générale, ce genre de propos rapporté sans nuance par l’éditeur d’un ouvrage est toujours suspect. Mais, en l’occurrence, il n’est pas loin de rejoindre la vérité car ce qui caractérise l’écrivain breton et, en particulier ses derniers romans, c’est la densité. Il y a chez lui à la fois du John le Carre et du Ruth Rendell, c'est-à-dire une façon singulière d’épaissir l’intrigue et de fouiller l’âme de ses personnages, de les observer comme à la loupe à travers leurs moindres paroles et leurs moindres gestes. Ici, ils sont nombreux mais Coatmeur en détaille essentiellement quatre: Bernadette, une jeune fille qui, après un accident survenu à Recouvrance, est devenue amnésique, sa mère, son père et son ami Jean-Loup. Celui-ci et la mère n’ont qu’un but: essayer de savoir ce qui a provoqué l’accident de Bernadette. Et pour arriver à leur fin, ils vont remuer ciel et terre, se transformer en enquêteur de fortune, buter sans cesse contre des silences et des mensonges, rencontrer des gens hostiles et violents et, de fil en aiguille, se rendre compte que Bernadette avait une vie cachée et d’étranges et redoutables relations. Et, en même temps, ils vont, d’un périple à l’autre et de visite en visite, découvrir une Bretagne secrète, tout un monde en trompe-l’œil, tout un peuple de faussaires et d’imposteurs.
Il faut le reconnaître: «Des feux sous la cendre» est un thriller remarquable, construit et écrit avec un réel talent. «Violence sourde, angoisse feutrée, oasis de tendresse» mentionnait Maurice Perisset en 1986 en parlant d’un des précédents romans de Coatmeur, «La nuit rouge». Ces même ingrédients se retrouvent ici – et probablement ont-ils plus d’épaisseur encore. S’il était besoin de prouver que le thriller peut être une véritable esthétique du mystère, ce livre français en serait sans doute un des meilleurs exemples.
Alexandre Lous
Magazine littéraire - Janvier 1995
Des feux sous la cendre
Jean-François Coatmeur n’a plus rien à prouver: il a déjà raflé tous les prix: grand prix de Littérature policière, prix Mystère de la critique, prix du Suspense, sans compter les trophées régionaux dispensés par les cercles littéraires de sa Bretagne natale.
Au faite des honneurs, il pourrait se reposer sur sa moisson de lauriers; heureusement, il continue à écrire et livre à ses lecteurs un roman dans la grande tradition du roman policier français. «Des feux sous la cendre» est un livre horriblement noir, de ces ouvrages qui vous brûlent les mains, partagé qu’on est entre le désir de courir au dénouement et le plaisir de savourer, page après page, le déploiement d’une intrigue finement ciselée.
«Des feux sous la cendre» est un roman à quatre grands personnages: Bernadette 19 ans, Lin sa mère, Théo le père et Jean-François le fiancé. Bernadette est une morte-vivante depuis cette nuit de janvier où on l’a retrouvée grièvement blessée au pied d’une digue de Brest… Quand elle renaît à la vie elle a tout oublié. Mais sa mère, son fiancé, son père veulent savoir. Savoir ce qu’elle faisait ce soir de janvier, ce qu’elle avait vu, entendu ? Qui a voulu la tuer ? L’enquête menée lentement et douloureusement par les proches de Bernadette va aboutir au plus effroyable des dénouements.
Avec ces «Feux sous la cendre», J.F. Coatmeur se place à nouveau en tête des maîtres du suspense et rivalise avec les grands auteurs étrangers dont on a fait, un peu trop vite, les seuls spécialistes du thriller.
M. R.
Le Dauphiné Libéré - Vaucluse Matin - 2 janvier 1995
Des feux sous la cendre
C’est une fois de plus au cœur de sa Bretagne natale que Jean-François Coatmeur (avec un nom pareil il ne peut renier ses origines…) nous conduit, après «Les sirènes de minuit», «La bavure», «La danse des masques» ou encore «La nuit rouge» et une flopée de grands prix mérités (celui de la Littérature policière, du Suspense et Mystère de la critique). Au cœur de la Bretagne et dans le port de Brest, en particulier, au pied de rochers où l’on a retrouvé, une nuit de janvier, une jeune fille sanguinolente. Rescapée de l’horreur, vivante mais amnésique. Bernadette Mérou et son terrible secret. Sa mère, effondrée, tente de comprendre et recherche inlassablement, assisté du fiancé de la jeune fille, pourquoi une main meurtrière a tenté de tuer son enfant. Au bout de ces turbulences familiales, des plus sordides, la vérité sera là, enfin. Mais si terrible, si noire, si brutale que chacun en restera marqué à vie. Si ce polar là ne rafle pas un autre grand prix dans les mois à venir. C’est à désespérer de tous les jurys !
Nord Matin - Nord Eclair - 15 avril 1995
Trois fils vivaient en paix. Jusqu’au jour où Napoléon, le vieil oncle à héritage, annonce qu’il va se remarier « avec une jeunesse ». Réunis en conseil de crise, les neveux frustrés peaufinent le plan qui sauvera la morale et le pactole. A mort, Napoléon ! Mais qui aurait pu prévoir que le défunt se sauverait de son cercueil et, mué en fantôme invisible, harcèlerait les coupables ?
Une farce noire
Secrets d’écriture
« Escroquemort » a été écrit en 1966, dans la période ou Jean-François Coatmeur doutait, ne voyant pas venir le troisième roman publié. Il tente alors une nouvelle formule mêlant polar et humour… noir. Denoël le refuse.
Coatmeur quitte Denoël en 1984 pour Albin Michel et sa collection blanche Spécial suspense. Mais Coatmeur doit encore par contrat un roman à Denoël. Après la sortie de « Les Croix sur la mer », il se décide à solder son compte avec Denoël en lui proposant une version légèrement retravaillée du manuscrit de 1966. Le roman sera publié en septembre 1992.
- Denoël – Sueurs froides (1992)
Août 44. Alors que les troupes allemandes s’efforcent d’évacuer la pointe de Bretagne, l’infirmier Jean Palu est cueilli dans une rue du petit port natal et collé comme otage à la façade d’une maison, avec quelques compatriotes. Il passera sept heures contre ce mur, dans l’attente de la mort promise, sept heures sous le signe de la peur, traversées d’espoirs fous, de projets de rêves, de corps à corps fiévreux avec un passé obsédant, d’hallucinations prémonitoires, sept heures pour exorciser ses fantômes, une vie en partie ratée, en tous cas meurtrie.
Regard sans complaisance porté sur un itinéraire d’homme mis à l’épreuve par les tourmentes de l’histoire. « Des croix sur la mer » brosse le portrait complexe, inquiétant et vrai de tous ceux qui ne sont ni des traîtres ni des héros, mais des déshérités dont la guerre fait basculer le destin en leur offrant peut-être la chance d’une rédemption.
Secrets d’écriture
A l’origine de ce roman qui restera le seul non policier, un souvenir. 5 août 1944, Pouldavid, Le jeune Jean-François Coatmeur qui vient d’avoir son bac est arrêté par les allemands, dans la rue devant chez lui. Il passera sept heures aligné contre un mur attendant la libération ou la mort. Le récit de sa sœur, 50 ans plus tard :

Dédicace à sa sœur Marie-Thérèse du roman « Des croix sur la mer »
Le personnage de Marie, jeune femme peut-être trop proche des allemands, apparait dans un roman postérieur, «L’ouest barbare», publié vingt ans plus tard en 2012. Jean-François Coatmeur nous explique alors comment cette jeune femme est arrivée à Douarnenez avec son père et lui offre une conclusion plus apaisée que ce roman-ci peut laisser présager.
« Des croix sur la mer » sera plusieurs fois réédité en diverses collections : Le livre du mois, Le livre de poche, Press Pocket…
- Albin Michel – Hors collection (1991)
- Prix Bretagne 1992
- Prix Pierre Mocaër des écrivains bretons
Un film TV 

Mai 2001. Tournage « Des croix sur la mer ». A cette occasion, Jean-François retrouve Pont-Croix, où il passa sa jeunesse au Petit séminaire

Mai 2001 – Jean-François Coatmeur sur le tournage du film Des Croix sur la mer avec Marie Guillard et Laurent Mallet

Réalisation de : Luc Béraud
Scénario de : Catherine Borgella, Luc Béraud & Jean-François Coatmeur
Année : 2001
Durée : 1h30
Musique de : Carolin Petit
Film TV
Le 5 août 1944, en Bretagne, des civils tombent entre les mains de l’armée allemande. Parmi eux, Jean Palu, un homme comme les autres, qui revient sur sa vie. Entre échec et maladie, il dresse un portrait plein d’amertume de son existence…
Première diffusion : 13 octobre 2001
Distribution
- Laurent Malet : Jean Palu
- Isabelle Renauld : Françoise
- Marie Guillard : Marie
- Jérôme Pouly : Valentin
- Stéphane Brel : Gwénolé
- Philippe Clay : Napoléon
- Pierre Doris : Le vieux Kolb
- Franck-Olivier Bonnet : Gadona
Des croix sur la mer et la presse
L’écrivain brestois change de registre – Coatmeur : du polar au roman noir
«Des croix sur la mer» vient de paraître. Signé Jean-François Coatmeur. Ce n’est pourtant pas un roman policier. Mais on ne se refait pas: le style, le ton, le sens de l’angoisse et du suspense littéraire d’un écrivain qui a su imposer sa manière et ses idées dans le roman noir français.
Prof de lettre à Brest, Jean-François Coatmeur est un homme tranquille. Un conteur né. Une façon de mettre en scène des événements, des personnages avec tout leur poids d’humanité, leur fragilité, leurs héroïsmes ou leurs lâchetés de circonstances.
Roman noir, roman d’idée
L’histoire qui lui a inspiré «Des croix sur la mer», c’est son histoire. En août 1944, les Allemands acculés tentent d’évacuer le Cap Sizun à la pointe de Bretagne. Jean-François Coatmeur est âgé de 18 ans. Il est pris comme otage. Mis le dos au mur. Pendant sept heures, promis aux balles des mitrailleuses allemandes. Un souvenir tragique qui le marque à vie. «Il fallait que je raconte cet épisode de ma vie. Mais il m’a aussi fallu attendre le temps de la maturité.» L’autobiographie s’arrête là. «Des croix sur la mer» est une fiction.
Une première fiction qui ne soit pas un «polar». Ou plutôt – Coatmeur préfère l’expression – un roman noir. A peine une infidélité à un genre qui a fait la notoriété de l’écrivain brestois. Denoël vient de rééditer «Les sirènes de minuit », «Le mascaret», «Aliena» et «La voix dans Rama» introuvables depuis des années ! A peine une infidélité à un style et un ton que Jean-François Coatmeur a su imposer au fil de ses livres.
Il est venu au policier un peu par hasard… Et beaucoup par Narcejac. «Boileau-Narcejac, Japrisot m’ont influencé. Au départ. Mon premier livre, Chantage sur une ombre, est paru au Masque en 1963. Je n’en étais pas très content. J’avais appauvri la première mouture pour entrer dans le moule des collections policières.» Depuis, Coatmeur s’est émancipé. «La voix dans Rama» d’abord, puis «Le squale» et surtout «Les sirènes de minuit» laissent percer le critique social, le polémiste politique, l’«humaniste impénitent». Avec en plus le sens du suspense, de l’intrigue, de l’angoisse. «La bavure», «Morte fontaine», «La nuit rouge», «Yesterday», «Narcose», «La danse des masques»: un Coatmeur se reconnaît dans les premières pages. Épaisseur des personnages, thèmes chers au cœur de l’écrivain. Coatmeur est résolument contre l’exclusion, la raison d’État, la politique qui magouille, la bonne conscience complaisante. Et il le dit. Le roman noir peut être simple question de ficelles. Coatmeur, lui, y met toute son âme, ses convictions comme ses doutes.
Christine Brulé
Ouest-France - 4 juin 1991
Comment peut-on être breton ?
Découvrez ou redécouvrez Jean-François Coatmeur, natif de Douarnenez et auteur de romans policiers: un régal
Jean-François Coatmeur appartient à cette catégorie d’écrivains qui retiennent davantage les lecteurs que la critique. Et pour cause: il relève de ce genre (mauvais ?), la littérature policière, que l’on lit beaucoup mais dont on parle peu en dépit même de l’apparition du TGV dans les gares françaises. Autre inconvénient majeur pour la carrière mondaine de Jean-François Coatmeur: comme son l’indique, il est breton – ce qui, à priori, ne représente pas une tare fondamentale, après tout Châteaubriant, Alain Robbe-Grillet, et Yann Queffelec l’étaient et le sont aussi -, mais il situe la plupart de ses romans dans la Bretagne, mieux (ou pis ?), dans le Finistère dont il avoue aimer les paysages, le ciel, Brest, Douarnenez, la mer et le vent. Auteur régionaliste, donc. Eh bien non ! Jean-François Coatmeur est l’un des meilleurs écrivains contemporains non seulement bretons mais français. Et on ne saurait trop vous conseiller de le découvrir à l’occasion de cet été trop chaud dans le Sud et trop pluvieux dans l’Ouest.
L’actualité littéraire s’y prête. Le dix-septième roman de Jean-François Coatmeur «Des croix sur la mer» vient de paraître chez Albin Michel, et Denoël réédite en un seul volume, sous le titre de «Sueurs froides», quatre de ses ouvrages précédents: «Aliena», «La voix dans Rama», «Les sirènes de minuits» et «Le mascaret». Le dernier roman de Jean-François Coatmeur, «Des croix sur la mer» donc, pourrait d’une certaine façon marquer un tournant dans son œuvre. Cette fois il ne s’agit pas de crime ni d’enquête mais d’un suspense qui n’a rien à voir avec la fiction.
L’action se passe en août 1944 dans un petit village au bord de l’océan. L’époque n’est pas gaie: les troupes s’accrochent encore un peu avant l’inéluctable retraite ; les FFI se montrent de plus en plus audacieux. C’est dire que la vie, même dans ce petit port d’un des caps de Bretagne (toujours oui !), est dangereuse: les collabos rentrent la tête dans les épaules, les résistants prennent des risques, les demoiselles qui ont eu des grâces pour l’occupant tremblent pour leurs cheveux. Et quiconque, pour son malheur, peut faire son entrée dans l’histoire. Ce sera le cas de Jean Palu, l’infirmier local, qui se fait cueillir par des soldats et se retrouve dans l’inconfortable position d’otage. Position privilégiée pourtant, si l’on peut dire, d’où il peut à loisir, pour les quelques heures qu'il lui reste à vivre, observer le comportement de son, de ses prochains, ceux qu’il a rejoints et ceux du dehors, mais aussi faire le point sur sa vie, sur sa femme qui l’aime et ne l’aime pas – enfin qui fait un partage entre ses sentiments et ses émotions – sur son destin dont le point final est proche.
En filigrane ou encore en contrepoint, Marie, une paumée plutôt gentille qui soigne inlassablement son père larvaire et a connu naguère quelques douceurs avec un Allemand, traverse le livre. Le malheureux Jean Palu sera fusillé sur la plage où, petit garçon, il jouait. C’est horrible, bien sûr, mais pour l’accompagner il aura eu le bruit et l’odeur de la mer bretonne, ce qui n’est pas rien.
Dépouillé, écrit d’un trait, dense et vif à la fois, le roman de Jean-François Coatmeur touche au cœur. On a les yeux qui piquent. Comme d’habitude. Car si on lit (ou relit) les quatre «polars» réédités par Denoël, on y retrouve, en dépit du genre cité plus haut, la même rigueur, la même précision, la même poésie. Simplement, dans «Des croix sur la mer», le texte est plus dépouillé, le ton plus nostalgique. N’empêche, c’est dans ce livre-là comme dans les autres la vie avec ses tragédies, ses rigueurs, ses ruses et ses comédies qui vont. Un conseil pour les vacances: découvrez Jean-François Coatmeur, le petit cousin de Graham Greene et de Georges Simenon.
Jean-François Josselin
Le Nouvel Observateur - Août 1991
Hantises profondes
Cela commence par l’histoire – si rebattue – d’une femme tondue dès le départ des troupes allemandes, en 1944, pour déboucher sur le brusque raidissement du destin d’un homme pitoyable.
Il a été pris en otage par une escouade d’occupants en déroute et les sept heure qu’il passe dos contre un mur du village permettent de repasser le film d’une existence ayant toujours oscillé entre les diverses nuances du gris.
On retrouve ici l’atmosphère oppressante et enfiévrée, les thèmes désespérants et les hantises profondes dont l’univers de Coatmeur ne se départit jamais. La guerre comme recours ultime, la mort comme seule possibilité d’acquérir enfin une carrure respectable. Une conception personnelle de la rédemption.
M. B.
L'instant: L'hebdo des années nonantes (Suisse) - 29 août - 4 septembre 1991
Jean-François Coatmeur, le maître du roman à suspense
Des croix sur la mer Ce roman de Coatmeur n’est pas un policier, mais le suspense est néanmoins présent. Le récit et les événements sont plus ou moins autobiographiques, en effet l’auteur a utilisé un souvenir très marquant pour trame de son nouveau roman. L’action se situe en Bretagne, en août 1944 les Allemands évacuent la pointe de Bretagne.
Un infirmier, Jean Palu est arrêté, pris en otage avec d’autres innocents, il restera sept heures contre un mur dans l’angoisse de la mort. Durant ces sept heures, il revoit sa vie, il pense, il pense à sa femme, à leur problèmes de couple, il est angoissé par une lettre qu’il a écrit et qu’il voudrait détruire…
Les remords et les doutes sont à chaque page, un portrait complexe et fort. Ce roman est un pur chef d’œuvre. Jean-François Coatmeur est un auteur à lire en priorité.
Véronik Blot
L’Écho de la Presqu'ile - 13 septembre 1991
Des Croix sur la mer
Eté 1944, en Bretagne. En pleine déroute et pour venger la mort d'un des leurs, des soldats allemands ont pris des villageois en otage, dont Jean (Laurent Malet). Assis dans la poussière, il attend... Ses souvenirs défilent : sa vie professionnelle est ratée (il est infirmier au lieu d'être médecin), son mariage est malheureux - son épouse Françoise (Isabelle Renauld) le trompe -, et, de surcroît, il a adressé à la Kommandantur une lettre dénonçant l'amant de sa femme. Un acte qui le taraude au point qu'il demande à Marie, " la putain " des Allemands, d'aller détruire cette lettre. Adapté du roman éponyme de Jean-François Coatmeur, un téléfilm plutôt juste de Luc Béraud sur le drame personnel d'un homme, ni héros ni salaud.
Armelle Cressard
Le Monde - 7 octobre 2001
« Des croix sur la mer » : l'histoire d'un destin
France 3 diffuse ce soir à 20 h 50 le téléfilm « Des croix sur la mer », inspiré du roman de Jean-François Coatmeur, tourné par Luc Béraud dans le Sud-Finistère, avec plusieurs comédiens bretons.
Les films ou les téléfilms qui évoquent avec justesse la Bretagne ne sont pas si courants. Alors, à l'exception de quelques détails d'ordre «folklorique», il convient de saluer le travail effectué par la scénariste Catherine Borgella et le réalisateur Luc Béraud, pour porter à l'écran le livre de Jean-François Coatmeur «Des croix sur la mer».
Un tournage sud-finistérien
L'équipe avait eu la bonne idée de tourner non loin des lieux du drame - Pont-Croix remplaçant le Pouldavid d'origine - et de faire appel à des comédiens bretons (*), une centaine d'habitants du Cap-Sizun, du Pays bigouden et de Douarnenez jouant les figurants.
Leur plus juste intuition a sans doute été d'associer au projet l'écrivain brestois Jean-François Coatmeur. Pas toujours tendre avec la dizaine d'adaptations de ses livres, l'auteur se dit satisfait de celle-ci : «Je retrouve ce que j'avais voulu mettre dans le livre, notamment sur la rédemption et la solidarité. Le film trouve aussi des équivalents intéressants à la construction un peu complexe de mon histoire».
« On est foutus mon pauvre garçon »
Tourné au printemps 2000, « Des croix sur la mer » a conduit toute une équipe à se replonger dans la douloureuse période de l'occupation allemande. Très exactement le 5 août 1944, vers 10 h.
Jean-François Coatmeur vient d'avoir 19 ans. La journée est radieuse, le jeune homme va aux nouvelles car la rumeur d'une évacuation prochaine du village de Pouldavid, près de Douarnenez, gonfle. Dans la rue, un militaire allemand l'interpelle, le met en joue, puis le conduit devant un mur. Accueilli par un « on est foutus mon pauvre garçon » d'un de ses camarades, il passera sept heures à attendre de mourir. A 17 h, on le somme de partir, comme les autres, sans aucune explication.
Salaud ou héros
« Ce miracle, qui reste une énigme, a été un carrefour de ma vie. J'ai vraiment vu ma fin de près. Je n'ai jamais pu oublier le contraste entre ce jour d'une beauté insolente et l'absurdité de ce qui m'arrivait. Je pense aussi y avoir beaucoup appris sur l'homme, sa lâcheté, sa dignité face à la peur. C'est devenu le sujet et le point de départ d'un livre mêlant réalité et fiction », raconte Coatmeur.
De toute évidence, l'entrelacs des destins, la méditation sur la mort, le rachat et la solidarité humaine sont les points forts de la version cathodique de l'histoire de Jean Palu. Interprété par Laurent Malet, le protagoniste est de ces hommes qui, à un moment crucial, « ont eu à choisir entre le fait d'être un héros ou un salaud ».
Par la pertinence de leur regard qui ne juge pas mais s'interroge, Luc Béraud et Jean-François Coatmeur sont ici sur la même longueur d'onde pour décrire « une de ces périodes compliquées qui ne peuvent pas engendrer des comportements simples ». Passionnant sujet.
(*) Regroupés par Action Ouest, qui met en relation les professionnels locaux avec les producteurs venant de l'extérieur.
Jean-Luc Germain
Le Télégramme - 13 octobre 2001
Une petite ville Bretonne, avec ses tartufes bien-pensants, qui voient d’un très mauvais œil la communauté de repris de justice organisé en vue de leur réinsertion par un prêtre à l’âme de feu; un drame familial orchestré par un jeune névropathe dans une folie sanguinaire croissante. La danse des masques nous fait évoluer au milieu d’une société repliée sur ses secrets et ses haines, jusqu’à l’heure de vérité où tomberont les masques. C’est un hallucinant voyage au bout de la nuit, plein d’angoisse, de terreur et de folie qui commence.
Secrets d’écriture
«Ce roman est né d’une réflexion qui m’a choqué. Un été, je me trouvais sur une plage de Douarnenez. Tout le monde était censé se détendre, s’amuser, et puis, tout à coup, un groupe de handicapés mentaux traverse la plage. Cette vision nous replonge tous dans la réalité, une réalité qui n’est pas forcément agréable, et une bonne amie me dit : » C’est scandaleux ! On devrait trouver un autre moment pour leur faire traverser la plage ou alors une autre plage… « . Cette remarque m’a heurté et ça a été le point de départ de La Danse des Masques. J’ai imaginé un centre de réinsertion sociale que j’ai appelé La Source. Au départ, ce centre hébergeait des handicapés. Il était dirigé par un prêtre très mal dans sa peau, mais extrêmement généreux. L’histoire se passait dans un gros bourg du Sud Finistère et la population locale n’appréciait pas tellement la présence de ces handicapés. Il y a donc mobilisation, pétitions, etc….et lorsqu’un notable est assassiné, on trouve naturellement un bouc émissaire parmi ces gens que l’on rejette. En cours de route, j’ai abandonné l’idée de ces handicapés et j’en ai fait d’anciens taulards. Mais j’ai conservé le même schéma. Il me paraissait plus facile de l’organiser avec d’anciens détenus plutôt qu’avec des handicapés puisque j’avais besoin d’un personnage qui soit costaud physiquement, qui puisse s’échapper, qui puisse organiser sa survie, etc., et je voyais mal un handicapé dans ce genre de situation. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Des éditions au Livre de poche

- Albin Michel – Spécial suspense (1989)
- Grand prix des écrivains de l’ouest 1990
- Prix du suspense 1990
Musique
A l’heure du crime, dans le bureau directorial, un poste de radio diffuse une musique. Au moment de la mort, l’animateur annonce La symphonie pathétique de Tchaïkovski. Ce dernier mouvement, Adagio lamentoso, rythmera plusieurs scènes au fil du roman.
A Toulon, le lieutenant de vaisseau Alain Ménestrol assiste, avec sa jeune femme Patricia, au bal de la Marine. Les amis, la famille l’entourent, et ce qui devrait être pour lui une fête commence à devenir un cauchemar. Pourquoi? Que craint-il ? Et qu’espère-t-il en entraînant son épouse dans sa fuite soudaine? Une fuite que, bientôt, il vivra seul, traqué par des ennemis dont Patricia voudrait bien connaître le vrai visage. Car ces gens-là ne se contentent pas de menaces : ils torturent et ils tuent.
Dans ce captivant suspense, l’auteur de Yesterday fait découvrir un milieu qu’il connaît bien : la Marine, avec son code de l’honneur, ses servitudes, ses angoisses, ses joies. Mais pour la première fois dans son œuvre, Jean-François Coatmeur donne le premier rôle à un bouleversant personnage de femme : celle qui reste en marge et doit assumer non seulement l’éducation des enfants, les drames familiaux mais aussi la peur de l’inconnu : la jeune Patricia sera en effet brutalement confrontée à l’horreur.
Secrets d’écriture
Comment nait un roman ? Où se niche l’inspiration ? Pour le personnage de Patricia, épouse du lieutenant de vaisseau Alain Ménestrol, tout a commencé à 200 mètres de l’appartement de l’auteur lors d’une cérémonie religieuse…
«J’étais à l’église. Avec toutes les raisons que j’ai d’en vouloir à la religion, et en dépit des quatre offices que nous étions tenus de suivre le dimanche, je suis resté croyant (un miracle de Saint Vincent qui était le protecteur de l’établissement ! ). J’étais assez distrait et je n’écoutais pas l’homélie. Mes yeux sont tombés sur une femme que j’ai trouvée extrêmement belle. Je ne l’avais jamais vue et, jusqu’à la fin de la messe, Dieu me pardonne, j’ai regardé cette femme. J’ai trouvé que non seulement elle était très belle, mais aussi très triste. A force de la détailler, j’ai même fini par penser qu’il y avait de l’angoisse sur son visage. En sortant de l’église, j’en parle à mon épouse. Elle aussi avait admiré sa beauté, mais sans remarquer de la tristesse sur son visage. Nous sommes rentrés et, dans mon bureau, j’ai fait un petit croquis de cette inconnue et j’ai écrit une demi-page. Je ne peux pas expliquer pourquoi j’ai pensé que cette femme était mariée à un officier de marine embarqué sur le porte-hélicoptères Jeanne-d’Arc où il courait un grave danger. C’était assez stupéfiant ce que j’imaginais là : courir un grave danger sur la Jeanne-d’Arc…Ce genre de bâtiment militaire n’est pas un endroit où l’on peut trouver un tueur à gages à chaque coursive. En principe, c’est un endroit sûr ! Pourtant, j’ai imaginé cette situation spontanément. Les notes sont restées dans un carton pendant trois ans au moins. Et puis ayant terminé un bouquin, comme je fais toujours, je lis les petites esquisses ou notes que j’ai pu engranger. C’est le dessin qui m’a frappé d’emblée, puis j’ai péniblement déchiffré ce qu’il y avait dessous car j’écris très mal. Et c’est parti ! Je crois que physiquement mon héroïne, Patricia, est très proche de l’inconnue rencontrée. J’ai fait d’elle une Anglaise, par contre, par goût de la difficulté, sans doute ! Je voulais présenter une jeune femme mariée à un officier de marine. Je connaissais assez mal la Marine à l’époque ; j’en avais parlé dans Les Sirènes de Minuit, mais je l’avais fait à l’emporte-pièce et d’une manière un peu chargée, ce que je ne regrette en rien puisque cela correspondait à un moment de ma sensibilité. Pour Narcose, je souhaitais vraiment vivre la vie d’une famille de marins, et je me suis documenté en conséquence. Plus tard, alors que je terminais mon livre, j’ai revu mon inconnue, à la même place dans l’église, sur ma gauche. Je me suis demandé si c’était bien elle ou non ; quelque chose clochait. Elle était en effet accompagnée d’un homme dont les cheveux étaient coupés à la militaire et de deux charmants bambins. Cette femme n’avait rien à voir avec Patricia ; la vraie Patricia c’était la mienne… Oui, j’ai trouvé cette femme fade ! Elle représentait une sorte de bonheur tranquille, très loin du personnage tragique que j’avais conçu. Cette femme n’a jamais su et ne saura jamais qu’elle a inspiré ma Patricia… » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
2012 – Entretien à Oufipo :
- Albin Michel – Spécial suspense (1987)
Narcoser et la presse
Le Coatmeur nouveau débarque !
Tous les fans du polar attendaient avec une certaine fébrilité la nouvelle livraison de Coatmeur, le maître brestois du genre. La voici toute fraichement débarquée de la «Jeanne»: «Narcose».
D’une précision millimétrique, exacte jusqu’à la manie, l’écriture de «Narcose» le nouveau roman de Jean-François Coatmeur triture le temps, étire délicieusement heures et minutes au long de 281 pages d’un suspense calculé au 1/10° de seconde près par le talentueux auteur brestois.
Des ports Mac Orlan faisait autrefois jaillir la poésie. Dans ces carrefours de la mer Coatmeur décèle dans chaque ombre, derrière chaque visage, des lueurs de doute, d’inquiétude qui à Toulon vont faire basculer le quotidien d’une femme de marin dans un hallucinant cauchemard.
«Narcose» comme overdose ? Avec COATMEUR jamais.
G. Lenoir
Brest Magazine - Juin 1987
Suspense - Narcose
A Toulon, les courtes vacances de Patricia et Alain Menestrel – lieutenant de marine – sont assombries par le comportement inhabituel de ce dernier. Il rentre d’Athènes où il a passé deux ans comme conseiller militaire et doit réembarquer à Brest. Le voyage pour Brest est plus que mouvementé: tergiversation d’Alain, changements d’horaires et d’itinéraire, accident de voiture.
Alain embarque. Commence alors pour Patricia la longue attente des femmes de marin. Tandis qu’Alain tente de déjouer les pièges tendus à chaque escale, Patricia mène son enquête… Elle découvrira l’horreur…
Un très beau roman où la vérité des personnages s’ajoute à la qualité du récit.
Geneviève Poulet
La Vie - 21 octobre 1987
Le président Igor Lauza va être assassiné. La veille de sa mort, il rencontre son vieil ami d’enfance, le juge d’instruction Melchior, lui même condamné par une maladie impitoyable…
Un tueur à gage, un commando terroriste, des femmes, un grand amour vont déchirer le ciel toujours bleu de cette République lointaine. De terribles événements – l’engrenage s’enclenche…

« Yesterday » : l’édition dans Le livre de poche
- Albin Michel – Spécial suspense (1985)
Yesterday et la presse
Yesterday
La mort d’un président, un petit juge chargé de l’instruction et perplexe devant la minceur du dossier, une organisation terroriste qui emploie un tueur à gages à l’italienne. L’affaire est d’État. Elle est suivie et commentée par un pays ulcéré qui exige la vérité immédiate. Le temps paresse et chaque heure est précieuse. Les services secrets sont sur les dents. Policiers et militaires sont de la partie. Voilà les composantes de l’énigme hermétique qui rend le roman unique en son genre et riche en rebondissements. Un auteur français de la veine captivante des plus grands thrillers américains. A suivre avec soin…
Agnès Carlier
Le Figaro Magazine - 23 novembre 1985
Yesterday
Après «La nuit rouge», «Yesterday» s’inscrit parfaitement dans la collection «Spécial suspense» par son aspect à la fois policier et politique dans un décor de plages et de soleil, de luxueuses résidences parmi les ifs et les pins parasols.
Bertrand Melchior, juge d’instruction, s’interroge en vain sur les motifs de sa convocation au palais présidentiel. Certes, le chef de l’État Igor Lauza est un ancien camarade, originaire comme lui du même petit village, mais cela ne justifie pas à ces yeux cette entrevue. «Mêmes quand ils étaient gosses, ils n’étaient pas liés, ils n’appartenaient pas aux mêmes bandes, ils se battaient à l’occasion.»
Si, l’espace d’un instant, l’évocation de leur passé a la fraicheur de l’enfance et le visage de la jolie Marika, depuis longtemps leurs chemins ont bifurqué. Que craint Igor Lauza la veille de sa mort ? L’hostilité d’un pays en pleine agitation où la résurgence du groupe terroriste ARES dont le juge Melchior instruit le procès ?
Tant par sa forme que la clarté de son style, le dernier roman de Jean-François Coatmeur, en s’ajoutant à la liste déjà longue de ses précédents ouvrages, est pour le lecteur une source d’évasion, avec un intérêt qui s’accroit tout au long du récit.
Catherine Feuillet
La Vie Française - 10 décembre 1985
Yesterday
Un roman politico-policier mais moral pour une fois: la victime du crime pour «raison d’État» n’est autre que l’incarnation de l’État, le président de la République, assassiné chez sa maîtresse… Évidemment, la police étudie d’autres hypothèses plus classiques: drame passionnel, attentat d’extrême gauche, complot d’extrême droite…jusqu’à la découverte du tueur, Angelo, un professionnel commandité par les ministres et, finalement, si semblable à sa victime. C’est le véritable sujet du roman: deux hommes vieillissants; que tout sépare, le chef d’État et le nervi, ruminent le même triste bilan de leur vie… Conclusion: l’homme est une charogne verticale et Coatmeur un enfant naturel de Cioran et de Costa-Gavras. Il faut reconnaître qu’avec une aussi impossible formule il réussi des prouesses.
Gilbert Rochu
L’Événement du Jeudi - 26 décembre 1985
Yesterday
Ce pourrait être une intéressante histoire banale: celle de l’assassinat d’un président. Oui, mais ce président avait décidé de démissionner parce qu’il était amoureux. Oui, mais son ami le juge qui entendait laisser sa charge parce que son cancer le condamne s’estime contraint d’instruire le dossier de l’assassinat. Oui, mais le tueur à gages réalise le projet fou d’aller rejoindre une jeune fille rencontrée la veille. Et plus rien n’est banal. Et ce qui ne serait que détails ou détours opportuns devient essentiel.
Et l’histoire elle-même s’estompe pour laisser s’entremêler ces relations d’amour et d’amitié qui font de toute vie humaine précisément autre chose qu’une banalité. Faut-il ajouter après cela que le livre de Jean-François Coatmeur est bien autre chose et beaucoup mieux qu’un excellent policier.
Geneviève Poulet
La Vie - 2 janvier 1986
Meurtres tirés sur le volet
On entend gémir les spécialistes: qui nous délivrera du charabia branché dont les auteurs français de la «Série noire» font le plus souvent leur miel ? C’est simple: pour le suspense, désormais, voyez Coatmeur; depuis près de vingt ans, cet enseignant à l’écoute du monde élabore une œuvre exemplaire. «Les sirènes de minuit», «Nuit rouge», «La bavure» lui ont valu des récompenses. «Yesterday» en mériterait aussi : l'assassinat d’un chef d’État, un juge d’instruction condamné par la médecine, un tueur dans la nuit moite et, surtout, une vraie sympathie pour les êtres font de ce livre un modèle de thriller. Au carrefour de Costa-Gavras et des «Hommes du Président».
Michel Grisolia
L'Express - 3 janvier 1986
Le pouvoir qui tue
C’est le quinzième roman de l’auteur qui, en 1983, voyait le Grand Prix de littérature policière couronner ses «Sirènes de minuit». Un talent sûr que confirme le dernier né, dont l’atmosphère n’est pas sans rappeler «Z», le fameux film de Costa-Gavras: sous l’intrigue proprement dite (l’assassinat du président d’une république imaginaire, aussi ensoleillée que… la Grèce), se profile une fable clairement politique, où des personnages gravitant autour du pouvoir s’aiment, se déchirent, s’entretuent. Tandis que l’armée s’exaspère devant la montée de la «chienlit rouge» dans le pays, qu’un «Yankee» haut-placé évoque un putsch, que se multiplient, grèves, violences, manifestations , pourquoi le président, la veille de sa mort, convoque-t-il en son palais un vague camarade de jeunesse, rongé par un cancer ? En 20 pages, les questions sont posées et le décor planté d’un passionnant récit, traversé de violence et d’éclairs tendres (Yesterday, c’est cette célèbre mélodie des Beatles dont la mélancolie, comme un leitmotiv, vient hanter le héros que la maladie consume).
Vincent Caron
Jeune Afrique - Février 1986
Yesterday
Vous connaissez la question bateau ? Si vous deviez vivre sur une île déserte pendant, disons un an, quels livres emporteriez-vous ?
Du haut de mon petit nuage d’où je contemple l’actualité littéraire je laisse tomber ce conseil. Emportez «Yesterday» de Jean-François Coatmeur.
Coatmeur est un écrivain, mieux c’est un auteur. Depuis des années que cet (ancien) professeur de lettres écrit, il a déjà jalonné sa carrière d’ouvrages de grande qualité. Et ce n’est pas par hasard qu’il a obtenu le grand prix de littérature policière pour «Les sirènes de minuit», pas par hasard non plus que la télé a tiré une dramatique de son roman couronné par le Prix de la critique «La bavure».
Coatmeur a bien du talent et je suis assez fier de l’avoir découvert il y a longtemps et d’avoir dit le plus grand bien d’un roman aujourd’hui introuvable «Baby foot».
Ceci étant dit «Yesterday» le tout dernier roman de J.F. Coatmeur est superbe.
C’est à la fois un roman à suspense, un «policier» à énigme, un thriller comme on pensait que seuls les Américains pouvaient en écrire.
L’histoire est d’abord une sorte de politique fiction: le président d’une République va être assassiné. La veille de sa mort il convoque son vieil ami juge d’instruction, lui-même condamn » à mort… par le cancer.
Des les premières pages, Coatmeur fait pénétrer son lecteur dans l’angoissante antichambre d’une dramaturgie implacable.
Ajoutez à ce suspense initial, d’autres ressorts secrets, la présence d’un tueur, l’évocation d’un amour…
Tout ce qui fait de «Yesterday» Le grand roman qu’il faut lire et que je saluerais comme la plus belle réussite de J.F. Coatmeur s’il n’avait pas déjà connu tant d’autres succès.
Michel Renaud
Le Dauphiné Libéré - 1er février 1986
Un étudiant a été assassiné, un soir sur le port. Cherchant à découvrir la vérité sur ce crime odieux, le frère de la victime tombe lui-même dans un piège. La partie est inégale entre ce jeune intellectuel et des notables qui tuent masqués. Que faut-il pour arracher ces masques et arrêter la violence ?
Secrets d’écriture
« La nuit rouge» est le premier roman paraissant chez Albin Michel, le nouvel éditeur de Jean-François Coatmeur. De part son contrat chez Denoël, il reste à ce moment redevable d’un roman. Les termes du contrat seront honorés huit ans plus tard lors de la sortie de « Escroquemort ».
A ce jour, « La nuit rouge» est le seul roman de Jean-François Coatmeur a avoir été adapté pour le cinéma… un film qui n’est jamais sorti ! Pourquoi ? Explications de l’auteur :
« Le seul qui a été adapté pour le cinéma, La Nuit Rouge, a été un fiasco. 0ui, un vrai naufrage ! Le film a été projeté à Brest devant des invités et ta presse. Trois œuvres tirées de mes romans étaient au programme ce soir-là : deux déjà diffusées à ta télévision, Les Sirènes de Minuit et Morte Fontaine qui supportaient très bien le grand écran, et en fin de soirée, La Nuit Rouge. Nous espérions, vu l’heure tardive, qu’il n’y aurait plus personne. Erreur, la salle du Mac-Orlan était encore bien garnie quand on a présenté La Nuit Rouge ! J’avais honte. En accord avec la représentante d’Albin Michet qui avait fait le déplacement, on a décidé de faire interdire l’exploitation commerciale du film. » (interview Breton n° 7, février 2006)
14 ans plus tard, c’est une adaptation de La bavure, projet canadien avec Omar Epps dans le rôle principal, qui capote quelques jours avant le début du tournage en avril 2014.
Coatmeur et le cinéma, une histoire qui reste à construire !
Quelques éditions de « La nuit rouge »

- Albin Michel – Spécial suspense (1984)
Un film 

Clap du tournage du film La nuit rouge (1989)

8 avril 1989. Repas de fin de tournage de « La nuit rouge ». Coatmeur (au centre) n’imaginait pas le résultat final…
Réalisation de : Jean-Marie Richard
Scénario de : Jean-François Coatmeur
Année : 1989
Distribution :
- Serge Avedikian
- Jacques Debary
- Mylène Demongeot
- Karol Rouland : Marie-Marthe
Condamnée à mort par l’«Organisation», Rolande parvient à éliminer l’homme chargé de l’abattre et se réfugie en Allemagne, emportant une précieuse liste codée. Mais qui se cache derrière cette « Organisation » ? Et qui est Rolande ? Sa fillette a été enlevée et ne sera libérée que si sa mère se rend aux hommes payés pour la tuer…
Dans un petit bourg alsacien au cours d’une fête locale aura lieu l’affrontement final.
Secrets d’écriture
Jean-François Coatmeur connait bien l’Alsace : y ayant des amis connus lors de vacances en Espagne, il a fait plusieurs séjours à Scherwiller (Bas-Rhin). Il était donc inévitable qu’un de ses romans se passe dans cette région.
«C’est l’unique cas, dans ma création, d’un sujet qui m’est littéralement tombé dessus, sans que je puisse expliquer ni comment ni pourquoi. Je me promenais dans mon bureau, comme souvent – lorsque je n’écris pas, il y a des moments ou la gymnastique m’est nécessaire – et j’ai vu les deux personnages du roman. J’ai vu une rue qui aurait pu être la rue Saint-Marc, à Brest, vers minuit, une heure du matin, assez sombre. J’ai entendu un pas pressé et j’ai discerné une petite fille blonde blottie dans une encoignure. Lorsqu’elle perçoit le bruit du pas, elle se dirige vers le type et lui dit : » Monsieur, tu me conduis chez maman « . Je n’ai jamais su pourquoi j’avais eu cette vision, ni ce qu’elle signifiait. J’ai pensé que l’homme sortait d’un bar où il était pianiste, qu’il avait bu un peu car il vivait un problème conjugal. Quant à la petite fille, j’ignorais ce qu’elle faisait là à une heure du matin ! Voilà le point de départ du livre. J’ai ensuite transposé l’histoire en Alsace pour des raisons dont je ne me souviens pas très bien… » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
«Morte fontaine» a été rééditée par Liv’Edition en avril 2004 ainsi que par les Éditions Le Verger.
Des rééditions de « Morte fontaine »

- Denoël – Sueurs froides (1982)
Un film TV 

Réalisation de : Marco Pico
Scénario de : Marco Pico
Année : 1989
Film TV
Première diffusion : 4 juin 1989
distribution :
- Clémentine Célarié : Kouka
- Pierre-Loup Rajot : Eberlin
- Yves Afonso : Kuntz
- Faye Anastasia : Rebecca
- Natacha Amal : Nathalie Stern
- Marc Peeters : Berger
Morte fontaine et la presse
Un «Polar» dont l’action se situe en Alsace
Une image de l’Alsace touristique sur la couverture d’un livre de la collection «Sueurs froides», voilà qui est pour le moins surprenant. Et l’on s’empresse d’y regarder un peu plus près : C’est bien d’un «polar» de Jean-François Coatmeur qu’il s’agit et Coatmeur n’est pas le premier venu !
Grand Prix de la Littérature policière, Prix Mystère de la Critique… un maître du genre, parfait émule de Hitchcock auquel on peut sans hésiter le comparer..
Des les premières pages d’ailleurs le décor se met en place en même temps que le «roman». Aux limites de la vraisemblance, du moins pour le lecteur alsacien. Un poids lourd dans l’Allée de la Robertsau, une fillette de six ans guettant le retour de sa mère vers les onze heures du soir dans une rue de la Petite France à Strasbourg. Oui, bien sur, tout cela est possible, comme l’étrange mascarade elle-même qui finit mal dans une chambre non loin du Conseil de l’Europe, et Coatmeur sait jusqu’où il ne faut pas aller trop loin, mais suffisamment quand même pour créer d’emblée le suspense et plonger le lecteur dans cette ambiance qui fascine à la fois par son réalisme et ses mystères lugubres.
Du reste, aussitôt pris dans les filets d’une intrigue qui parait plus compliquée qu’elle n’est en réalité, le lecteur ne sera lâché qu’à la dernière page du livre et Coatmeur connaît si bien l’Alsace qu’il ne s’y égare jamais. Lieux et personnage sont si «authentiquement» de chez nous que l’auteur fait bien de préciser qu’ils sont purement imaginaires. Son «essai» alsacien est en tout cas d’un cru de grande classe, que les amateurs du genre dégusteront avec de fortes émotions. Si bien que la paisible fontaine de la page de couverture pourrait bien être celle sur la margelle de laquelle s’est achevée une sanglante poursuite…
Les affretres (Strasbourg) - 1982
Le tandem Coatmeur-Pico
Un véritable intérêt se fait jour pour les romans policiers de Jean-François Coatmeur. Après " la Bavure ", puis " la Nuit rouge " et " les Sirènes de minuit ", voici que Marco Pico réalise " Morte fontaine ". Une adaptation à la fois fidèle et libre, très réussie
JEAN-FRANÇOIS COATMEUR est l'un des meilleurs auteurs français de romans de suspense. Après un premier livre publié au Masque, il a, sur les conseils de Thomas Narcejac (qui était professeur à Nantes alors que Coatmeur enseignait à Brest), intégré l'équipe de la collection " Crime Club " des éditions Denoël, où s'était constituée, dans la filiation de Boileau-Narcejac, une manière d'école : le " suspense à la française ". Très vite, Jean-François Coatmeur va devenir l'un des auteurs phares de la collection, notamment avec la Voix dans Rama, puis dans celle qui va suivre : " Sueurs froides ".
En 1976, il obtient, pour les Sirènes de minuit, un grand prix de littérature policière parfaitement mérité. Ce polar de politique-fiction, dans lequel il a imaginé qu'un certain général Chopinet - la consonance du nom ne vous rappelle rien ? - a pris le pouvoir en France par la force et imposé un régime militaro-fasciste, est l'un des plus marquants de sa décennie. La Bavure, qui a été couronné en 1981 par le prix Mystère de la critique, et Morte fontaine, qui vinrent ensuite, mettent en scène des personnages quotidiens, paisibles, confrontés d'un seul coup à des événements dramatiques qui les dépassent, mais qui les font aller au-delà d'eux-mêmes.
Les derniers romans de Jean-François Coatmeur ont été publiés dans la collection " Spécial suspense " des éditions Albin Michel. Si la Nuit rouge forme avec les deux susnommés une sorte de trilogie provinciale, Yesterday renoue avec la veine politique, et Narcose flirte de façon poussée mais habile avec le roman d'espionnage. Les intrigues parfaitement agencées des romans de Jean-François Coatmeur n'avaient jusqu'à présent suscité que peu d'adaptations filmées. Seule la Bavure avait été tournée sous la forme d'une dramatique en trois parties par Nicolas Ribowski (avec Raymond Pellegrin, Jean Desailly, Patrick Préjean et Caroline Sihol dans les principaux rôles), diffusée sur Antenne 2 en 1984.
Mais un véritable intérêt s'est fait jour pour son oeuvre, puisque, en l'espace de quelques mois, trois de ses romans viennent d'être portés à l'écran : la Nuit rouge, au cinéma, par Jean-Marie Richard ; les Sirènes de minuit, à la télévision, par Philippe Lefèvre (avec Philippe Léotard, Véronique Genest et Dany dans les rôles-titres) ; Morte fontaine enfin, adapté et réalisé par Marco Pico, dont on n'a pas oublié les Fortifs.
L'adaptation que Marco Pico a faite du roman est remarquablement fidèle quant au déroulement des péripéties et au caractère des personnages. Même s'il éprouve (en père possessif) un tout petit regret de ce que les trajectoires personnelles de Nathalie Stern et du commissaire Kuntz n'aient pas été - faute de temps - aussi fouillées que dans le livre, Jean-François Coatmeur reconnait bien volontiers que le choix de privilégier le couple Kouka-Eberlin s'avère des plus judicieux. Et que la transposition de l'Alsace à la Belgique pour le décor (et le terroir) est tout à fait réussie.
Quoi qu'il l'ait élaguée, notamment en ce qui concerne le parcours de Nathalie Stern, Marco Pico a respecté la construction du roman qui est le générateur même du suspense : l'entrecroisement de trois (ou plutôt de quatre) destins individuels qui vont " se tamponner " d'un coup, à cause d'une petite fille réveillée en pleine nuit et du cadavre d'un homme d'affaires déguisé en prêtre, et filer ensuite, après tours et détours, " chauds et froids " comme l'on dit dans certains jeux enfantins, vers un point de convergence.
A l'originalité du sujet - l'enquête policière n'est pas l'ossature principale, elle vient seulement ponctuer, par bribes, montées en parallèle, la quête d'Eberlin, - Marco Pico a ajouté la maitrise parfaite de la réalisation. Par cette manière de filmer la ville de nuit, par l'extraordinaire séquence de la danse d'Eberlin au son d'un impressionnant carillon, par la grâce de sa rencontre avec cette Alice nocturne qui lui fera traverser bien des miroirs, par le surréalisme quasi bunuélien de cette messe des morts improvisée dans une chambre d'hôtel.
Et ce sentiment ne sera jamais démenti par la suite : la mécanique du suspense lancée dès les intrigantes premières images roule sans à-coups, mais sur un tempo de plus en plus prenant, vers un final à la fois redouté et attendu.
Pierre-Loup Rajot, en pianiste de boite un peu décalé, Clémentine Célarié, en dessinatrice de BD pour adultes, forment un couple qui fonctionne merveilleusement et dont on imagine facilement qu'il puisse se laisser prendre à la séduction de l'enfance. Yves Afonso apporte au personnage du commissaire Kuntz une densité et une tension bien rares chez les flics à la télévision.
Le tandem Coatmeur-Marco Pico, qui avait déjà failli se constituer sur la Bavure, nous donne là un grand moment. On l'échangerait même volontiers contre la quasi-totalité des polars du grand écran de ces derniers mois.
Jacques Baudou
Le Monde - 28 mai 1989
A Quimper, une femme et son fils sont assassinés dans des conditions particulièrement atroces. Le mari et père des deux victimes va entreprendre sa propre enquête afin de pouvoir les venger. Mais il se heurte à l’hostilité d’une partie de la police locale, cependant que les intérêts puissants qu’il dérange lui opposent un mystérieux tueur à gage.
Un suspense sans « Bavures », mené à un train d’enfer.
Éditions allemande, japonaise et tchécoslovaque de «La bavure»

« La bavure » est le premier roman de Jean-François Coatmeur a avoir été adapté pour la télévision (voir ci-dessous)
En 2012, Albin Michel rachète les droits de « La bavure » à Denoël pour l’inscrire à son catalogue.
- Denoël – Sueurs froides (1980)
- Prix mystère de la critique 1981
Musique
« Citons La Bavure et l’air » Amazing Grace » qui y revient en leitmotiv – un air que peu de gens connaissaient en 1976 et maintenant très populaire – pas à cause de moi, je suppose ! J’ai entendu cette mélodie pour la première fois dans ma voiture, une interprétation par les cornemuses britanniques de la Garde Royale, je crois. J’avais trouvé cela tellement beau que j’ai stoppé, j’ai griffonné quelques notes et je suis allé les chanter chez un disquaire qui m’a procuré l’enregistrement. Cela a été le point de départ de l’histoire de La Bavure. Dans le roman, cet air n’accompagne pas seulement les personnages, il joue également un rôle dans l’intrigue policière. L’inspiration m’est donc venue dans la voiture. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Écoutez Amazing Grace
Un film TV 

Réalisation de : Nicolas Ribowski
Scénario de : Odile Barski & Jean-François Coatmeur
Année : 1984
Musique de : Vladimir Cosma
Mini-série en trois parties
Distribution :
- Jean-Claude Bourbault : Laugel
- Jeanne Goupil : Sophie
- Raymond Pellegrin : Le commissaire Nargeot
- Rachid Ferrache : Victor
- Beatrice Agenin : Liz
- Patrick Préjan : L’inspecteur Cadoc
- Wladimir Yordanoff : Livier Fallière
- Maurice Chevit : Lebras
- Jean Desailly : M. Fallière
- Mireille Audibert : Mme Fallière
La bavure et la presse
La bavure
Depuis «On l’appelait Johnny» paru en février de l’année dernière, Jean-François Coatmeur n’avait pas donné signe de vie, ce silence ne laissait pas d’inquiéter ceux – et je suis du nombre - qui tiennent l’auteur des «Sirènes de minuit» pour un des meilleurs écrivains français de littérature policière, même si «Johnny» n’avait pas tenu les promesses des précédents romans. «La bavure» vient à point pour nous rassurer sur la forme de Jean-François Coatmeur, ce roman est un excellent thriller qui rappelle les meilleurs ouvrages des grands auteurs américains; remarquablement construit et écrit il possède de surcroit ce rythme qui est la marque des meilleurs romans noirs des années 50.
Ce livre est l’histoire d’un homme meurtri, solitaire et qui veut découvrir coûte que coûte qui a tué sa femme (dont il est séparé) et son fils qui a été le témoin involontaire du meurtre.
Cette «bavure» n’était sans doute pas prévue par l’assassin, on voulait se débarrasser de la jeune femme dont les activités journalistiques gênaient quelques hauts personnages en place.
Mais Albert Laugel se moque des gens en place. La vengeance est, pour lui, un plat qui se mange chaud et il décide de reprendre seul une enquête qui démarre mollement du coté de la police, celle-ci commençant d’abord par soupçonner Laugel ce qui le met dans une situation délicate.
Peut-on cependant reprocher aux enquêteurs leur premier mouvement ? Après tout Laugel et Liz sont divorcés et bien que séparés n’ont-ils pas passé une soirée ensemble et juste avant le double meurtre… et l’homme ne peut faire état que d’un alibi douteux ! En somme Albert Laugel est le seul à savoir qu’il n’a pas tué son ex-épouse et son fils.
Il ne lui reste plus qu’à mener de son coté, et avec de faibles moyens, une enquête serrée qui progresse lentement mais abouti à d’étonnantes découvertes… Chacune d’elles étant d’ailleurs marquées par de nouvelles morts violentes.
«La bavure» on le voit n’est pas un aimable divertissement, mais un suspense plutôt angoissant d’autant que J.F. Coatmeur pose sur le monde corrompu qui l’entoure un regard particulièrement lucide et féroce.
Et si la vengeance de Laugel est terrible elle ne le laisse pas intact.
Parce que nous l’avons attendu longtemps, le retour de J.F. Coatmeur doit être marqué d’une pierre blanche.
Michel Renaud
Le Dauphiné Libéré - 19mai 1980
Nouveau conte d'Hoffman - La bavure
Seul contre tous, c'est un schéma classique, mais Jean-François Coatmeur parvient à insuffler un souffle impressionnant à une figure un peu convenue du roman policier. Albert Laugel est alsacien et négociant en vins. Placer de l'edelzwicker auprès des bistrots quimpérois relève de l'exploit, mais Laugel est manifestement doué. Il profite de ses voyages en Bretagne pour revoir son ex-femme Liz, journaliste d'investigation dans une feuille locale, et son fils Sébastien, âgé de cinq ans. Quand Liz et son fils sont sauvagement assassinés, on soupçonne en priorité l'ex-mari, qui a tout intérêt à mener sa propre enquête, à la fois pour se disculper et se venger. Il bénéficie dans sa croisade de quelques soutiens inattendus, mais suscite une énorme animosité de la part de notables locaux soucieux de camoufler certaines de leurs frasques qui ont mal tourné. L'évocation de la bourgeoisie quimpéroise, qui rappelle par moments Que la bête meure, de Claude Chabrol, est particulièrement réussie, sans jamais tomber dans l'utilisation folklorique de la couleur locale (la chasse à l'homme sur la plage de Pentrez est un véritable morceau d'anthologie). Mais surtout un sens aigu de l'intrigue et une écriture toujours efficace font du roman de Jean-François Coatmeur un livre qui devrait toucher non seulement les amoureux de la Bretagne, mais tous les amateurs de suspense.
Gérard Meudal
Le Monde - 10 novembre 2000
Quatre passagers clandestins sur un bateau qui va d’Abidjan à Bordeaux. Et tout l’équipage du bateau, du commandent au cuistot.
Parmi ce groupe : une femme. Et un assassin qui va frapper plusieurs fois. On sait que jadis, en 1943, on l’appelait Johnny. Depuis il a trahi et pris d’autres masques. Mais sous lequel se cache-t-il aujourd’hui ?
Secrets d’écriture
Une première version de ce roman a été écrite en 1963-1964 sous le titre «Du sang à la hune». Denoël le refusera en 1965. Après le refus d’autres maison d’édition, Coatmeur retravaille son texte qui paraitra en feuilleton (8 livraisons en mai-juin 1967) dans Le Hérisson sous le titre « Les clandestins ».

En avril 1967 « Les clandestins » parait sous forme de feuilleton dans Le Hérisson
Finalement, le succès aidant, Denoël accepte le roman qu’il publiera « Hors collection » et non dans la collection « Sueurs froides ». En avril 2006, les éditions Liv’Edition rééditera le roman en format poche
- Denoël – Hors collection (1979)
Un best-seller vient de le rendre célèbre. Mais dans le pays basque le Dr Roberto Ramirez, un ancien réfugié espagnol établi comme généraliste à Irregui, près de la frontière, est depuis très longtemps connu. Opposant farouche au régime franquiste, il est devenu un symbole, la conscience de ceux qui, des deux cotés des Pyrénées, luttent contre la dictature militaire. Jusqu’au jour où une jeune admiratrice, Chantal Ragon, frappe à sa porte. Et la tragédie commence…
Mais qui est Ramirez ? Dans quelle mesure a-t-il poussé la jeune femme dans une aventure dont elle ne reviendra pas ?
- Denoël – Sueurs froides (1977)
Le mascaret et la presse
Le mascaret
Après les remarquables «Sirènes de minuit» qui ont obtenu un grand prix de littérature policière, on attendait Coatmeur au tournant. Avec son «Mascaret», il livre une œuvre dense et tragique dont l’action se passe dans l’Espagne franquiste. Rigueur et imagination.
Le Nouvel Observateur - 14 août 1977
Espagne: la guerre est finie
«Mascaret: surélévation brusque des eaux qui se produit dans certains estuaires au moment du flot et qui progresse rapidement vers l’amont sous la forme d’une vague déferlante (Petit Larousse Illustré)». C’est aussi le titre d’un excellent roman de Jean-François Coatmeur, Breton et professeur de lettres dans un lycée de Brest.
Le docteur Roberto Ramirez, réfugié espagnol, a écrit un ouvrage qui devient un best-seller, «Les derniers Hilotes». Parallèlement à cette activité littéraire, il fait la connaissance d’une jeune femme, Chantal Ragon, qui éprouve le besoin de se rendre utile aux autres. Alors, elle va militer dans un mouvement autonomiste basque. Elle participe à un attentat contre un industriel puis est arrêtée. Quand au docteur, dirige-t-il l’organisation de France ? Quelles sont les raisons qui ont poussé Chantal à s’engager ? Quel est le rôle de son mari dans sa libération et celui de Chico, le serviteur du docteur, qui le suit comme son ombre ? Peu à peu, au fil des pages le voile se lève sur le mystère. On apprend entre autres qu’il y a eu provocation policière.
Jean-François Coatmeur a rassemblé les éléments du récit en 1975. En 1977, il y a eu les premières élections libres depuis la République. Pourtant l’Espagne l’a marqué dès son enfance. Âgé de onze ans lorsque la guerre civile a éclaté, il précise: « L’Ouest-Eclair rendait compte des événements. Il y avait le bon Dieu et le diable. Franco passait pour un grand homme. Quant au diable… c’étaient les Républicains.»
On sent à travers le roman la solitude du petit groupe qui combat jusqu’au bout pour défendre ses idées. Les erreurs, la peur de la trahison et les angoisses devant l’acte à accomplir font partie du quotidien. Il y a un certain coté dérisoire, voire tragique. On a l’impression que l’auteur aurait aimé être plus vieux pour participer lui-même à l’épopée.
En huit romans, Jean-François Coatmeur a maitrisé la forme et le fond. Il s’attaque à la bourgeoisie bien en place dans «Baby foot» et «Le squale», puis imagine avec «Les sirènes de minuit» un assassinat à Brest dans une France gouvernée par un certain général Chopinet. L’ouvrage a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière en 1976. A partir de ce livre, il ajoute: «Je me suis senti capable de dire certaines choses que je ne croyais pas pouvoir dire avant, car j’ai pris un peu d’assurance. Maintenant, à travers le roman policier, je peux exprimer modestement certains jugements sur les événements et les hommes car je me suis libéré du carcan dans lequel j’étais à l’étroit» . Bien sûr, il réagit très violemment contre ce qu’il appelle à tord ou à raison l’injustice.
Jean-François Coatmeur avoue humblement qu’il n’a pas de « culture policière » hormis les romans et nouvelles de William Irish et l’œuvre de ses amis Boileau et Narcejac. Étranger au langage des truands, il pense qu’il est plus facile de faire parler les gens qui ont de l’éducation plutôt que ceux qui n’en on pas. D’ailleurs, il éprouve beaucoup d’affection et de tendresse pour ces héros.
Modestement, il lui semble qu’il a un petit public. Avec «Le mascaret» on ne peut que lui souhaiter un grand.
Pierre Lebedel
Le Figaro - 28 août 1977
Le mascaret
S’il parait dans la collection «Sueurs froides», ce roman dépasse la dimension du simple thriller; ses considérations politiques et historiques, ses études psychologiques et humaines en font un véritable ouvrage de réflexion et d’actualité, auquel le suspense étroitement mêlé enlève tout caractère ennuyeux.
Une jeune française, séduite par un livre de souvenirs d’un ancien réfugié espagnol opposant au régime franquiste, entre en contact avec l’auteur, le Dr Ramirez, et quitte son mari pour servir aux côtés de ceux qui luttent contre la dictature militaire; à la première opération , elle sera arrêtée, torturée et condamnée à la prison à vie; après avoir, en vain, tout mis en œuvre pour la sauver, son mari décidera de la venger: le Dr Ramirez semble être la victime toute désignée.
On devine d’ores et déjà la richesse des sujets abordés: les drames de la guerre civile, l’horreur des méthodes policières; mais aussi l’influence de certains maître à pense, l’importance d’un livre; la conversion de personnages anonyme en dangereux extrémistes…
Les sentiments et les opinions mène une sarabande infernale, qui se concrétise par des actes excessifs ; mais dans quelle mesure le libre arbitre a-t-il libre cours, face à un appareil d’État efficace et sans nuance ?
Avec rigueur et virtuosité, Jean-François Coatmeur pose ici certains problèmes essentiels; on n’en attendait pas moins de l’auteur des «Sirènes de minuit», Grand Prix de la littérature policière.
Martine Freneuil
Le Quotidien du Médecin - 30 août 1977
Double assassinat à Brest, dans une France agitée , gouvernée par le général Chopinet. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.
Secrets d’écriture
En 1965, en pleine période de doute (voir Aliéna) Jean-François Coatmeur avait écrit un roman «Les sirènes de minuit» que Denoël avait rejeté. En 1974 il s’attelle à reconstruire totalement ce roman qui sera publié en mars 1976.
« Un événement important peut être à la base du récit. Les Sirènes de Minuit n’auraient jamais vu le jour s’il n’y avait pas eu le coup d ‘état de Pinochet. Ma réponse à Pinochet a été ce livre, en 1976. » (Rencontre avec Jean-François Coatmeur, 9 février 2000).
Fin mai, le roman obtient le Grand prix de littérature policière, au premier tour, ce qui est rare (en avril 1973, « La voix dans Rama » avait été battu sur le fil au… 15ème tour !). Ce prix fera décoller fortement le succès de Coatmeur. Les Sirènes connaitra un grand nombre de ré-éditions (Albin Michel rachètera les droits à Denoêl que l’auteur a quitté pour l’inscrire à son catalogue). « Les sirènes de minuit » seront traduites et publié dans de nombreux pays (Italie, Allemagne de l’ouest, Japon, Hongrie, Pays-Bas, Tchécoslovaquie… Voir les jaquettes étrangères).
Quelques éditions des «Sirènes de minuit» en France et à l’étranger

Curieusement, ce ne sera pas ce roman qui sera le plus tôt adapté à l’écran, même si Gilles Grangier s’y était intéressé dès 1976. Ce sera «La bavure» en 1984.
- Denoël – Sueurs froides (1976)
- Grand prix de littérature policière 1976
Un film TV 

Réalisation de : Philippe Lefebvre
Scénario de : Claude Barma, Jean-François Coatmeur & Michèle Letellier
Année : 1989
Film TV
Jef Chabert engage Manoel, un chômeur portugais, pour suivre Eric Fontange, son beau-frère, car Fabienne le soupçonne de voir une autre femme. Mais Manoel perd vite Eric de vue. Eric sera retrouvé assassiné quelques heures plus tard.
Première diffusion : 1er octobre 1989
Distribution :
- Philippe Léotard : Chabert
- Véronique Genest : Maud
- Stéphane Jobert : Manda
- Jacques David : Bodard
- Liliane Rovère : Fabienne
- Roger Ibanez : Manuel
- Jacques Chailleux : Le père Jourdan
- Dani : Elle même
- Thierry Ardisson :
Les sirènes de minuit et la presse
Les sirènes de minuit
Ce n’est qu’un roman policier. Mais outre qu’il a la rigueur et le suspense d’un Boileau-Narcejac, il est rehaussé d’une touche d’anticipation qui lui donne encore plus de force. L’action se passe à Brest entre 1980 et 1990. Le Brest de Coatmeur est plus vrai que nature. Mais en France un certain général Chopinet a pris le pouvoir et fait «régner l’ordre» dans les provinces «irrédentes». Cela n’est pas gai. Mais tragiquement plausible.
Yvan Audouard
Le Canard Enchaîné - 10 mars 1976
Les sirènes de minuit
L’histoire se déroule à Brest, en 198… Cette légère anticipation permet à l’auteur d’imaginer que la France s’est donné à un dictateur et que la police politique est toute puissante. Or, Fontanges, l’époux volage d’une directrice d’usine, Fabienne, est assassiné dans des circonstances mystérieuses tandis que, la même nuit, Fabienne est tuée à son tour. Le F.R.A., mouvement d’opposition clandestin, revendique les deux crimes. La police arrête un ouvrier portugais qui va lui servir de bouc-émissaire. Le malheureux Manuel est évidemment innocent. Il avait seulement été chargé par Jef Chabert, le frère de Fabienne, de filer Fontanges. Sur ce canevas se développent deux thèmes : l’un proprement policier (comment Jef découvrira-t-il la vérité ?) l’autre politique (qu’adviendra-t-il de Manuel, l’innocent persécuté ?). L’auteur conduit le premier avec beaucoup d’ingéniosité vers une solution inattendue et intensément dramatique. Il utilise le second pour faire entendre une protestation véhémente contre la violence et le fanatisme. Coatmeur se dégageant des règles et des lois du suspense classique, fait preuve d’une originalité certaine et montre avec force que le genre policier peu avoir un contenu éminemment sérieux.
Boileau-Narcejac
Les Nouvelles Littéraires - 8 avril 1976
Santiago sur Brest - Une affaire sous la dictature du général Chopinet
Le saviez-vous ? Nous sommes en 198. et le général Chopinet a pris le pouvoir. Bien sûr, il s’agit de fiction et la France, dit-on, n’est pas un climat favorable au fascisme. Mais Brest a un climat propice à la pluie, disent ceux qui ne sont pas bretons. L’hiver il y fait froid aussi. Et comme tous les ports, celui-ci sait capter les lueurs des fantômes, les ombres des fuyards, et la tristesse des sirènes de minuit qui percent les brumes.
Donc, un ordre règne à Brest. Cela n’empêche pas, bien sûr, les crimes ordinaires. Par exemple, le double meurtre d’Éric Fontanges, dont on retrouvera le corps près de la voie ferrée, et de fabienne, sa femme, assassinée chez elle. Est-il possible, sous le fascisme, d’élucider une affaire du tout-venant sans que les mystères, les troubles du régime et les fantasmes de ces hommes de mains, ne travestissent la réalité, ne la reconstruisent comme une scène de Grand Guignol ? Un policier consciencieux y perd ses dernières illusions, un amoureux ses derniers espoirs et un émigré portugais y perd la vie.
Jean-François Coatmeur a conçu certes une intrigue policière (1), et c’est elle qui, paradoxalement, donne au récit son aspect fictif. Mais l’arrière-plan politique qui baigne ce récit porte l’auteur au niveau du moraliste et rappelle aux imprudents qu’il faut autant se méfier des milices que des tortionnaires évangélistes…
(1) Il vient d’obtenir le Grand Prix de littérature policière.
Bernard Alliot
Le Monde - 23 juillet 1976
Les sirènes de minuit
Sherlock Holmes et Hercule Poirot jouaient naïvement le jeu de la déduction. Ils croyaient au fair-play intellectuel. Jean-François Coatmeur qui vient de recevoir le Grand Prix de littérature policière pour «Les sirènes de minuit» (Denoël) a introduit la mauvaise foi jusque dans la recherche des indices. Il vient d’inventer l’«enquête truquée».
Le roman est double. Sur un thème classique (qui a tué Éric Fontanges et sa femme, Fabienne ?) se greffe un second thème qui appartient à la «politique-fiction». L’auteur a placé son récit en 198… La France est alors dirigée par un dictateur dont la police politique vise surtout à maintenir l’ordre par tous les moyens. Elle arrête donc, pour jeter un coupable à l’opinion publique, le premier suspect venu, un travailleur portugais.
C’est cela même qui caractérise la «politique-fiction». Il n’est point besoin, comme le font les auteurs américains, de mettre en scène des politiciens conspirant contre le Président, c'est-à-dire, au fond, d’introduire le gigantisme dans le roman policier. Il suffit de placer, devant les yeux du lecteur, un verre déformant qui fait, en quelque sorte, grimacer le réel, et aussitôt le monde ricane.
Le procédé pourrait produire un énorme effet d’humour noir. Coatmeur a préféré réagir par l’indignation : ses sirènes de minuit (les bateaux mouillés à Brest font hurler leurs sirènes, parait-il, pour saluer la nouvelle année) crient à conscience bafouée.
Boileau-Narcejac
Le Nouvel Économiste - 26 juillet 1976
Les sirènes de minuit
Le livre a eu le Grand Prix de Littérature Policière de 1976. Prix mérité. Une histoire solide racontée sans cliché, sans concession à des modes crispantes. Une incursion très très brève dans le domaine de la politique-fiction. Inutile, car les brutalités policières où baigne le drame n’attendent pas les années 198.. pour se manifester.
Le choix des brugnons duveteux dans la balance de la marchande de quatre saisons au moment de l’explosion finale dénote un humour rose noir que je vous laisse découvrir, bien sûr, ainsi que des assassins qui ne sont, comme tant d’autres dans notre société où toute les valeurs se brouillent, que des victimes. Le port de Brest est un décor à mi-chemin de Marcel Carné de Jean Genet.
Chirurgien-Dentiste de France - 17 novembre 1976
Tonnerre de Brest
Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l’affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s’installe, relayée par une flambée de xénophobie, on distingue un coupable idéal… Peu importe s’il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir…
Jean-François Coatmeur est un habile conteur. Ce qui semble être un polar noir traditionnel mettant en scène un quatuor détonnant par leurs relations passées ou présentes, devient, au fil du récit, un exercice de politique-fiction. Et l’auteur fait preuve de finesse, car il suppose ce nouveau cadre de référence en arrière-plan des pérégrinations des personnages centraux, laissant ces derniers occuper le devant de la scène au travers d’éléments romanesques traditionnels du genre. Le triangle amoureux, l’envie, la vengeance, le mensonge et, finalement le meurtre. L’interrogatoire du suspect numéro un met alors en lumière le contexte politique dans cette Bretagne « décalée ». Il est question de tentative de séparatisme, de répression implacable et d’unités spéciales de police « dignes » de la Gestapo. Sans que vous ne vous en rendiez-compte, Jean-François Coatmeur vous entraîne de l’autre coté du miroir, dans une réalité autre. La conclusion en devient fondamentalement différente, à mille lieues des enquêtes policières plus ou moins bien bouclées par l’imper de service. Elle n’en est que plus subtile, plus délectable. Comme l’est ce roman… D’autres ne s’y sont pas trompés et lui ont décerné le Grand prix de littérature policière… en 1976. Cependant, s’il s’agit d’une réédition, elle se justifie pleinement : elle n’a pas prix une ride.
G.P./A.Q.
Encre noire - 2ème trimestre 2004
Les sirènes de minuit
La réédition d’un grand prix de littérature policière qui se déroule dans une France fasciste. Un immigré portugais est accusé injustement d’un double meurtre. Un roman de politique-fiction finement ciselé qui rend hommage à la patte de l’un des plus brillants romanciers français de littérature policière.
Le Dauphiné Libéré - 8 mars 2004
Les sirènes de minuit
Émoi à Brest. L’assassinat d’un couple de notables revendiqué par un mouvement révolutionnaire breton met la police sur les dents. Il faut un coupable à tout prix et c’est encore mieux s’il est étranger. Sur fond d’attentat et de haine raciale, Jean-François Coatmeur tisse une toile prenante autour de Chabert, un ancien flic alcoolique et romantique. L’ambiance brumeuse des quais brestois colle à merveille à l’atmosphère glauque du polar. Tout est réuni pour que la mayonnaise prenne : de l’homme politique véreux aux policiers corrompus et sadiques. Un vrai régal qui a d’ailleurs reçu le Grand prix de littérature policière.
Le Berry Républicain - 10 mars 2004
La Bretagne sous le joug totalitaire
Jean-François Coatmeur est un peu à Brest ce que Patrick Raynal est à Nice. De vieux briscards gauchistes, virtuoses du polar noir à souhait, ancré dans la France provinciale et une région à forte personnalité. Faconde méridionale en moins, le Breton est plus austère. Plus engagé aussi. Son dernier roman, Les sirènes de minuit, couronné par le Grand prix de littérature policière est la reprise d’une histoire imaginée en 1976, quand on croyait encore toutes les révolutions possibles. Les pires y compris.
Brest, en décembre, deux ans après le coup de force du général Chopinet – on peut être un grand auteur et ne pas résister à un jeu de mots facile – qui a porté la Rénovation Nationale au pouvoir. Répression, délation, police politique aux aguets… l’ordre règne. La prostitution et la religion ont le vent en poupe. La criminalité connaît une régression spectaculaire. Même le F.L.B. (Front de Libération de la Bretagne) s’est sabordé et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes totalitaire si n’était pas apparu un mystérieux Front Révolutionnaire Armoricain. Et si un couple de notables n’était assassiné dans d’étranges conditions.
Dans une atmosphère oppressante et glauque, les personnages se croisent sous la grisaille d’un crachin constant : l’immigré bouc-émissaire – un portugais au chômage ; les grands bourgeois aux inavouables petits secrets; le commissaire principal que ses hémorroïdes empêchent d’être courageux… Flics ambigus, politiciens trouillards, bigots illuminés et pseudo-terroristes se débattent dans cette politique-fiction qui illustre, dit l’auteur, « la révolte des humbles contre la déraison d’État ».
Peut-être moins puissant que son titre précédent, « Tous nos soleils sont mort », le dernier livre de Coatmeur recèle les mêmes qualités d’écriture sobre et dense, le même sens de l’intrigue qui ne faiblit à aucun instant. Coatmeur reste décidément l’une des grandes références françaises en matière de polar.
Pascale Primi.
Var Matin – Corse Matin - 14 mars 2004
Quand un petit juge entêté décide de poursuivre une enquête qui met en cause un membre de la majorité, on peut parier qu’il s’y cassera la tête…
Surtout si la femme du petit juge buté est la maitresse d’un homme qu’on peut acheter. Mais comment prévoir ce qui arrivera quand cette femme trop légère se retrouvera avec un cadavre sur les bras ?
Secrets d’écriture
« Le squale » a été écrit en 1973. L’action se situe en Aveyron, département que Jean-François Coatmeur connait bien pour avoir passé des séjours chez ses amis antiquaires, connus à Abidjan et basé à Espalion.
En 1973, les éditions Denoël connaissent alors des turbulences (départ de plusieurs cadres dirigeants) suite à des changement de stratégie de leur maison mère Gallimard. Un des changements attendus inquiète Coatmeur : l’abandon de la collection Crime-club dans laquelle ont paru ses cinq derniers ouvrages. Il s’interroge sur un éventuel changement d’éditeur alors qu’il se sentait devenu un auteur-maison. Finalement, ces changements lui seront bénéfiques : désormais ses romans seront édités dans la collection « noble » (grand format) Sueurs froides. Le seul désagrément sera un retard pris dans la publication, puisque le roman ne sortira qu’en mai 1975.
Un temps envisagée, une pré-publication du roman en feuilleton dans Le Figaro a finalement été refusée par le quotidien. « Ils y ont trouvé un côté sordide et très cruel » a précisé l’attachée de presse du Figaro à Coatmeur. Ce dernier commente à Thomas Narcejac «Il est vrai qu’il s’agit d’un ouvrier, d’un routier, exactement, alors que les « vilains » de l’intrigue touchent plus ou moins à la petite bourgeoisie de province : il aurait sans doute été plus habile d’inverser les rôles ! » (9 février 1974)
Pour des raisons de calendrier de publication, « Le squale » n’a pu participer au Grand prix de littérature policière.
- Denoël – Sueurs froides (1975)
Un film TV 

Réalisation de : Claude Boissol
Scénario de : Claude Barma, André G. Brunelin & Jean-François Coatmeur
Année : 1990
Durée : 1h24
Film TV.
Dans une petite ville de province. A la suite d’une affaire judiciaire gênante pour un notable, un juge intègre et austère et sa jeune femme fantasque et romanesque, voient leur vie basculer dans le cauchemar…
Première diffusion : 14 avril 1991
Distribution :
- Grace de Capitani : Séverine
- Jean-Claude Dauphin : Juge Maury
- Marco Bisson : Serge
- Liliane Patrick : Estelle
- André Sanfratello : Bessières
- Daniel-Claude Poyet : Le chauffeur de car
- Etienne Draber : Verdier
- Thérèse Quentin : La mère de Séverine
- Benoît Brione : Philippe Norge
- Georges Beauvillier : Le maître d’hôtel
Le squale et la presse
Le Squale : A 2, 20 h 45 Descente aux enfers
A l'origine de ce téléfilm réalisé par Claude Boissol, un roman de Jean-François Coatmeur, le meilleur écrivain français de suspense.
Décidément, Jean-François Coatmeur fait la bonne fortune des réalisateurs qui ont choisi d'adopter ses romans pour la télévision.
En 1989, les deux meilleurs téléfilms policiers de l'année avaient été le beau Morte Fontaine, de Marco Pico, et l'efficace les Sirènes de minuit, de Philippe Lefebvre, qui puisaient leur matière dans l'oeuvre de celui qui est sans conteste depuis plusieurs années le meilleur écrivain français de suspense. Aujourd'hui, dans la collection qui abritait déjà les Sirènes de minuit - " Meurtre avec préméditation ", - c'est au tour de Claude Boissol d'en faire la démonstration avec le Squale.
Dans la carrière de Jean-François Coatmeur, le Squale (1975) occupe une place charnière : il marque son passage de la collection " Crime-club " à la collection " Sueurs froides ", poursuit l'acide portrait de la bourgeoisie provinciale déjà entamé dans la Voix dans Rama et préfigure son évolution ultérieure par le contexte ouvertement politique - magouilles financières et trafics d'influence - dans lequel s'insère l'intrigue.
A l'époque où il a écrit le Squale, Jean-François Coatmeur subissait encore largement l'influence de ceux qui avaient été les fondateurs du " suspense à la française " : Boileau-Narcejac. Et de fait, il s'était hissé dans ce roman, pour ce qui est du machiavélisme de l'intrigue et de la perfection de sa construction, à la hauteur du célèbre duo, en se livrant sur le motif primordial du roman de suspense - la machination qui englue peu à peu le personnage central et le précipite vers une issue fatale - à une savante variation. Ce n'est pas une machination, mais deux, enchaînées l'une à l'autre, qui en constituent la trame. Et si, selon la judicieuse formule de Boileau-Narcejac, le roman de suspense est le " roman de la victime ", ce n'est pas une, mais deux victimes successives qui en sont les pivots.
Les adaptateurs du roman, Claude Barma et André Brunelin, ont su préserver la très originale et ingénieuse mécanique du suspense mise au point par Coatmeur avec une minutie d'horloger. Ils ont changé le cadre géographique - l'Aubrac a fait place au Morvan, - transformé un personnage de conducteur de bus sympathique en menace supplémentaire et modifié la fin. Mais ils n'ont pas touché à l'essentiel : au double mouvement presque symétrique des personnages, à ce lent dérèglement du réel qui confine bientôt au fantastique ou au surnaturel et qui pousse peu à peu la trop belle madame Maury vers la peur et la folie ; aux deux temps subtilement enchaînés de l'intrigue.
Il appartenait au réalisateur d'instiller la vie et de distiller l'angoisse. Claude Boissol a parfaitement rempli les deux termes de ce contrat. Pour faire face au premier, il a composé une distribution d'une grande pertinence. Sans doute le choix de Grace de Capitani, une actrice qui s'est illustrée essentiellement dans la comédie, a-t-il de quoi surprendre au prime abord. Mais c'est oublier que Claude Boissol, qui l'avait dirigée tout au long des deux séries d'" Espionne et tais-toi ", où elle jouait la pétulante et savoureuse Agnès, était bien placé pour savoir que le registre de cette comédienne était bien plus étendu que ses rôles ne l'avaient jusqu'ici laissé supposer. Qu'elle interprète la bourgeoise choyée étouffant dans le carcan d'une vie trop réglée et tentée par le rêve de l'aventure (Djakarta...) ou la victime traquée par un persécuteur improbable mais omniscient, l'une ou l'autre face de la belle Séverine, elle le fait avec la justesse requise, la grâce un peu frivole ou la tension un peu hagarde qui conviennent.
En face d'elle, Jean-Claude Dauphin incarne le juge Maury, un notable de province d'une intégrité absolue, piégé par son seul talon d'achille : la passion exclusive qu'il voue à sa jeune femme. Pour cet homme rigoriste (dont l'univers façonné d'habitudes et de certitudes est évoqué avec une belle économie de moyens par une suite brève de séquences : la sortie de la messe, les achats rituels chez le pâtissier, le repas dominical...), ce manquement n'est que le prélude d'une véritable descente aux enfers, et aux pires : aux enfers intérieurs. Jean-Claude Dauphin y fait une composition saisissante dont on ne mesure véritablement la finesse et l'intelligence qu'au retournement final.
Pour faire face au second terme du contrat, Claude Boissol a su donner un rythme différent aux deux temps de son film : rapide, elliptique, serré dans la première partie, plus coulé, plus doucereux dans la seconde. Et, dans cette dernière, il a dû rendre le suspense de plus en plus oppressant grâce à la maestria déployée dans la conduite des scènes-clés et à un sens très aigu du " timing ". Le résultat est un policier du dimanche soir d'une qualité peu commune.
Jacques Baudou
Le Monde - 7 avril 1991
Tout a commencé avec la fugue de Stéphane. Élève du collège de Douarnenez que je dirigeais alors.
C’est ainsi que j’ai connu la mère, Rachel, et que je me suis trouvé au cœur du drame: une machination démentielle dont l’enjeu est un enfant.
Secrets d’écriture
Avec ce 6ème roman, Jean-François Coatmeur revient aux sources son inspiration, Douarnenez, sa ville de naissance.
Plus important pour l’écrivain, « La voix dans Rama » a été pré-sélectionné en avril 1973 pour le Grand prix de littérature policière. Le 11 mai, au 14ème tour de scrutin, Coatmeur et Jean-Patrick Manchette sont à égalité en tête et au 15ème tour c’est Manchette qui a gagné d’une seule voix pour « Ô dingos, Ô châteaux ! » (Série noire). Un joli parcours pour cette première sélection, mais Coatmeur le vivra plus comme un échec que comme un demi-succès prometteur…
- Denoël – Crime-Club n° 319 (1973)
Rappelé d’urgence à Abidjan, un négociant en bois y apprend la mort de son épouse, noyée accidentellement. Le coup est dur à encaisser dans le climat étouffant de la Côte d’Ivoire à la saison des pluies, qui amoindrit défenses et volonté. Pourtant, certains indices l’amènent à mettre en doute la version officielle du décès. Avec son ami Max, il va tenter d’élucider l’affaire. L’enquête n’est pas sans risque, mais il ira jusqu’au bout, dans l’ambiance délétère de la colonie des années 60 où aucune avanie ne lui sera épargnée. D’incroyables surprises en cruels coups de théâtre, l’intrigue menée de main de maître entretient jusqu’au dénouement un suspens véritablement éprouvant.
Secrets d’écriture
Le parcours de ce roman a été semé d’embuche. Une première version est écrite en 1961-1962 et est proposé, sous le titre « Ballet noir » au Masque pour le Grand Prix du roman d’aventure. Manuscrit non retenu par le jury. Coatmeur le propose alors à Denoël en 1962, puis, dans une version remaniée l’année suivante. toujours sous le titre « Ballet noir ». Denoël ne donnera jamais aucun retour… En visite dans les locaux de Denoël en juillet 1970 (au cours de laquelle on lui apprend que son livre « Baby-foot » est accepté), Coatmeur en profite pour remettre à Paul Guimard une 3ème version de son roman rebaptisé « J’ai tué une morte ». La troisième tentative sera la bonne. Ballet noir/J’ai tué une morte sortira en janvier sous le titre « J’ai tué une ombre ».
L’histoire du titre de cette énigme africaine aurait pu s’arrêter là, mais, en 2001 les édition Liv’Poche décident de ré-éditer ce roman sous le titre : « Outremort »
- Denoël – Crime-Club n° 299 (1972)
J'ai tué une ombre et la presse
Mefiez-vous Messieurs...
Jean-François Coatmeur est un auteur bien «français», qui utilise modestement le roman policier pour décrire la difficulté de communication, pour employer un mot à la mode. Dans ses livres, tous ses personnages se cachent derrière la trame des apparences dans laquelle s’engluent et le héros et le lecteur. A chaque apparence dévoilée, une autre se présente qui obscurcit le mystère et accentue l’angoisse. L’approche de la vérité fait mal. Dans le roman de J.-F. Coatmeur, elle va jusqu’à tuer.
Harlet, qui dirige une exploitation à Abidjan, revient après un séjour en France, dans la capitale africaine à l’annonce de la mort de son épouse. La jeune femme a été découverte noyée, défigurée, et seule une bague a permis son identification. Déjà le corps a été enterré en raison du climat. Harlet se refuse à croire à l’accident et commence l’enquête, enquête qui révélera l’autre visage de la jeune femme, celui d’une amante passionnée et sans scrupule. Harlet découvrira ausssi le piège diabolique…
L’action se déroule pendant la semaine de Noël. La fête de la Nativité sous la chaleur tropicale donne une curieuse sensation de monde à l’envers. Et augmente le malaise du lecteur.
J.-M. DY
Le Monde - 11 Février 1972
Lieu d'enfance
Sous le titre «Outre-Mort», Liv'Editions republie un livre de Jean-François Coatmeur paru en 1972 chez Denoël («J'ai tué une ombre»). Alors qu'il est en voyage d'affaires à Hambourg, Albert Harlet reçoit un télégramme de son frère Edouard : il lui faut rentrer d'urgence à Abidjan où il possède une scierie. Sur place, il apprendra que sa femme est morte noyée. Une morte qui l'attendra en chair et en os quelques jours plus tard dans leur maison pour fêter Noël... Comment ? Pourquoi ? Albert Harlet découvre alors une machination diabolique qui tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.
Le Télégramme - 5 septembre 2001
Outre-mort
Paru une première fois en 1972 sous le titre J'ai tué une ombre, et réédité ici chez un petit éditeur breton, Outre-mort appartient à la période africaine de Jean-François Coatmeur. On y sent l'influence de Boileau-Narcejac et en particulier des Diaboliques, mais le suspense psychologique est pimenté par une description assez étonnante du milieu colonial des années 1960, en l'occurrence la Côte d'Ivoire où l'on peut déjà deviner les préoccupations sociales qui serviront de toile de fond aux romans suivants de Jean- François Coatmeur.
Gérard Meudal
Le Monde - 5 octobre 2001
Hier encore, je n’étais qu’un enfant. En 24 heures « ils » m’ont fait mûrir de plusieurs années : la ville, haineuse, les policiers, harcelants, et ma mère, surtout ma mère qui a sans doute tué son amant.
Personne ne sait ce que j’ai vu. Personne ne le saura jamais. Je préserverai mon secret par n’importe quel moyen, y compris… les plus dangereux.
Secrets d’écriture
Écrit fin-1969/début 1970 après deux séjours en vacances à Royan (le second spécialement en juillet 1969 pour fixer certains détails). Premiers lecteurs en mars et avril 1970, ses amis Pierre Boileau et Thomas Narcejac font transmettent à Coatmeur la qualité de son dernier roman, tout en lui faisant observer chacun (Narcejac le 18 mars, Pierre Boileau le 15 avril, que le « truc » du magnétophone a déjà beaucoup servi… Le roman est adressé à Denoël en avril. Le 6 juillet Coatmeur rencontre Philippe Rossignol, PDG des édition Denoël qui lui indique que « Baby-Foot » va être édité en fin d’année. « Vous imaginez, écrit-il à Narcejac le 8 juillet, ma satisfaction, mon soulagement ! Au plaisir d’être récompensé de mes effets, s’ajoute la joie de me sentir un peu maintenant de la famille Denoël.»
En 1977, malgré une intervention auprès de la Société des gens de lettres, Coatmeur ne peut empêcher Joseph Joffo d’utiliser le titre « Baby-foot » pour son troisième roman… Denoël décide alors de rééditer le Baby-foot dans la collection « Sueurs froides ».

« Baby foot » ré-édition 1977 – Denoël – Sueurs froides
- Denoël – Crime-Club n° 283 (1970)
Baby-foot et la presse
Baby foot
Coatmeur avec «Baby foot» affirme son talent. «Baby foot» est l’histoire d’un garçon de quinze ans, Jacques, qui découvre un jour que sa mère a un amant, Malvoisier. Or, Malvoisier est assassiné et bien des indices semblent accuser de ce meurtre la mère de Jacques. Celui-ci, obligé de dissimuler ce qu’il sait, harcelé par la police, s’enfonce dans un cauchemar de plus en plus horrible, si bien que le lecteur oublie un peu de se demander qui a tué. En quoi il a raison, car le dénouement, presque trop ingénieux, n’est pas à la hauteur du roman, écrit avec une vigueur et une sincérité qui surprennent, tant le roman policier d’aujourd’hui sent d’habitude le fabriqué. Le cadre – Royan au mois d’août – est beaucoup plus qu’un décor. Il rajoute au décor une note lancinante. «Baby foot» ! Coatmeur ! Un titre et un nom à retenir.
Les Nouvelles Littéraires - 4 février 1971
Baby foot
Coatmeur, qui sait écrire en français et construire une intrigue, est en passe de devenir l’un de nos bons écrivains criminaliers. Pas seulement criminalier: le drame de cet adolescent encore tout neuf, affronté aux histoires de fesses d’une mère qu’il assimilait confusément à la Vierge Marie, prouve que ce jeune auteur vise plus haut que le roman policier de consommation courante.
Roger Semet
Le Canard Enchaîné - 10 février 1971
Françoise a-t-elle été assassinée ? Anne est-elle réellement amnésique ?
Anne et Françoise, qui ne se sont jamais rencontrées, peuvent-elles avoir le même destin, les mêmes ennemis, la même fin ?
Secrets d’écriture
Entre la publication de « Nocturne pour mourir » et celle de « Aliena » plus de quatre années se passent. Période sabbatique du jeune auteur ? Non, plutôt, ce que Thomas Narcejac appelle « le moment du 3° bouquin. Le 1er n’est rien; le second, c’est encore facile. Mais 3° décide de la suite. » (lettre à Jean-François Coatmeur, octobre 1965). Dès 1962, il a envoyé le manuscrit de « Ballet noir » (qui paraîtra en 1972 sous le titre « J’ai tué une ombre ») chez Denoël; Robert Kanters, directeur littéraire, le laisse sans réponse… En 1963 et1964 il travaille sur « Du sang à la hune » que Denoël refusera en 1965. Il sera pré-publié en 1967 en feuilleton dans Le Hérisson sous le titre « Les clandestins ». En 1965, il écrit une nouvelle « Nuit de noces » qui sera publié en octobre 1965 dans le numéro 213 du magazine Mystère Magazine. Toujours en 1965, il écrit une première version des « Sirènes de minuit » qui sera refusé par Denoël. En 1966, il écrit «Jeu de dame» avec lequel il s’inscrit au Prix du roman d’aventures organisé par Le Masque (ce roman restera inédit). Toujours en 1966, il écrit « Escroquemort » que Denoël refusera début 1967 (remanié, « Escroquemort » sortira finalement en 1992, dernier roman Coatmeur chez Denoël !). Fin 1967, il termine « Aliena ». Accepté par Denoël en avril 1968, il sortira en décembre de la même année.
Les personnages d’Anne et de Françoise ont été inspirés par une jeune femme que Coatmeur a rencontré lors d’un séjour en vacances à Ravennes en août 1966.
- Denoël – Crime-Club n° 263 (1968)
- Réédition dans « Coatmeur – Sueurs froides » (1991)
- Achetez Aliéna : Format poche – La compilation Sueurs froides (4 romans)
Aliena et la presse
Aliéna
Jean-François Coatmeur publie peu, mais donne des romans solides, bien écrits, dont le sérieux tranche sur la production actuelle. «Aliéna» est un roman construit sur deux plans : d’une part, nous allons vivre avec Madame Pietri, atteinte d’une grave dépression nerveuse, et qui paraît bien être la prisonnière de son mari ; d’autre part, nous faisons connaissance avec une jeune femme, Mona, désespérée par la disparition dramatique de sa propre sœur, Françoise.
Bien évidemment, les deux séries d’événements doivent se rejoindre quelque part, mais elles sont si éloignées l’une de l’autre, et surtout les personnages semblent si étrangers, que tout dénouement logique paraît impensable. L’originalité de l’auteur est d’éclairer peu à peu le mystère par le mystère et de déboucher sur une solution totalement imprévue.
B. N.
Les Nouvelles Littéraires - 6 janvier 1969
Aliéna
Un matin (vous savez que le jour est venu puisque les oiseaux chantent), un matin donc, vous vous réveillez dans le noir. Il suffit de se lever, de tirer les rideaux (de repousser les volets peut-être) pour que la lumière pénètre dans la chambre. Hélas I vous ne pouvez bouger, vous êtes comme paralysé : vous devinez même votre bras prisonnier d'une gangue de plâtre. Enfin, vous parvenez à déplacer une main (se frotter les paupières) et vous constatez qu'un bandeau collé à votre front recouvre vos yeux. Avec le dur réveil de l'aveugle, vous découvrez l'univers des bruits, des odeurs, des présences invisibles. Ainsi cette jeune femme, Anne, quitte-t-elle un mauvais rêve pour entrer de plain-pied dans le cauchemar : ses Intimes lui sont anonymes et son mari (elle était donc mariée ?) reste un Inconnu. Voilà un bon départ pour l'angoisse. Jean-François Coatmeur, l'auteur, nous y entraîne doublement : dans le même temps qu'Anne se heurte à la " non-existence " dans une propriété de l'Eure-et-Loir, un policier, à Paris, essaie de comprendre pourquoi Françoise, la sœur de cette Mona qui boit trop, s'est suicidée (mais est-ce un suicide ?...)
Il ne s'agit pas de deux histoires parallèles : l'une ne se définit que par l'autre. Rien n'est laissé au hasard dans ce livre, chaque mot, chaque geste, chaque sensation contribue à l'explication finale. Non seulement ce récit se révèle un brillant exercice de style (l'angoisse est un " genre " littéraire qui supporte mal la médiocrité) non seulement il se dévore d'une seule traite, mais le talent de l'auteur nous rappelle combien notre raison demeure fragile, combien l'univers de chacun est limité par les minces choses du quotidien.
Jean-Marie Dublay
Le Monde - 8 février 1969
Vient de paraître : Aliena, La voix dans Rama, Les sirènes de minuit, Le mascaret
Premier titre d’une série de grandes rééditions du fonds de littérature policière de Denoël, ce fort volume regroupe quatre romans d’un des grands auteurs, discret, du polar français. Mention spéciale pour «Aliena» (1968) invraisemblable machination à partir d’une usurpation d’identité et d’une jeune amnésique, ainsi que pour «Les sirènes de minuit», politique-fiction qui transpose en France le Chili de Pinochet.
Libération - 25 juillet 1991
Jean-François Coatmeur, le maître du roman à suspense
Jean-François Coatmeur est né le 26 juillet 1925 dans le Finistère, région à laquelle il reste fidèle. Nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma ou à la télévision. Les éditions Denoël viennent de faire paraître dans la collection Sueurs froides, quatre récits regroupés en un très beau volume. «Aliena», une étrange histoire d’amnésie dans un univers très fermé. «La voix dans Rama», dans un collège, un enfant disparaît… une intrigue à Douarnenez… un homme de condition modeste fait un beau mariage, mais ce changement de condition sera un échec. «Les sirènes de minuit» un récit de politique-fiction mêlé d’une intrigue policière. «Gestes anodins, familiers. Destins qui se nouent. Comparses malgré eux, héros effarés d’une saga démente. Mort en sursis, ignorant que sur leur tête le signe s’est posé…». «Le mascaret» se situe entre la France et l’Espagne, dans les années franquistes, une française est arrêtée pour terrorisme…
Quatre romans, quatre ambiances qui présentent bien le talent de Jean-François Coatmeur.
Dans la préface, Jacques Baudou écrit très justement «Jean-François Coatmeur n'appartient pas à la petite chapelle des écrivains policiers célébrés par la critique à la mode: il se tient pour cela bien trop loin des engouements survoltés et souvent fallacieux des cénacles parisiens. Cela ne l'empêche nullement d'être aujourd'hui l'une des figures de proue de l'actuelle littérature policière française, l'une de ses véritables vedettes, et sans conteste notre meilleur auteur de suspense. Les lecteurs, eux, ne s’y sont pas trompés qui font de chacun de ses livres un succès.»
Véronik Blot
L'Echo de la Presqu'ile - 13 septembre 1991
Après le père, la mère… Qui serait la prochaine victime ? Agnès ?
Son beau visage me fascinait.Ses yeux sombres m’inquiétaient. Un appel venait jusqu’à moi. De très loin, du bout du monde: Sauvez-moi !
Secrets d’écriture
« Nocturne pour mourir », ou comment organiser le refus d’un ouvrage par une maison d’édition… Sur les conseils de Thomas Narcejac, Jean-François Coatmeur souhaite entrer chez Denoël en rejoignant la reconnue collection Crime Club. Malheureusement, il est encore sous contrat au Masque pour un livre. Solution ? « Vous savez d’avance que Pigasse refusera vos manuscrits les plus originaux. (…) Vous envoyez au Masque le nouveau manuscrit, pour le faire refuser et vous êtes ensuite le maître du jeu. » Suite au refus du Masque, Narcejac remet en main propre le manuscrit de Nocturne pour mourir à Robert Kanters, directeur littéraire aux édition Denoël. Ce dernier écrit à Coatmeur le 25 novembre 1963 pour lui annoncer que son roman est accepté. Il paraîtra un an plus tard, en novembre 1964.
« Nocturne pour mourir » a été réédité en format poche en 2000 par les Édition Bastberg.
En 1996, 32 ans après la sortie du roman, Jean-François Coatmeur réalise un condensé de «Nocturne pour mourir» à destination des éditions Bayard. Baptisé « Le secret d’Agnès Valière » le fascicule sera diffusé en supplément de la revue « Bonne soirée » en juillet de la même année.
En 2004, Les éditions Bastber réalise une réédition de « Nocturne pour mourir » qui bénéficie par la même occasion d’une version numérique.

- Denoël – Crime-Club n° 229 (1964)
Le premier roman publié de Jean François Coatmeur sorti en février1963..
Un soir brumeux de février. Stanislas Worms, ex-inspecteur de la P.J. arrive à Douarnenez. Il vient d’appendre que son camarade de captivité Albert Mourelle, directeur de la Biscuiterie Celtique, s’est suicidé une semaine plus tôt.
A peine a-t-il passé le seuil des Mourelles que le drame le prend à la gorge. Et voilà Worms embarqué bien malgré lui dans une nouvelle enquête.
Pourquoi Suzanne, la jeune et jolie veuve, appréhende-telle à ce point ces questions ?
Quel jeu joue Mlle Le Guen, l’énigmatique secrétaire ?
Qui est exactement Roger Martin, mécanicien de l’usine et militant politique ?
Des visages fermés, des bouches murées par la méfiance ou la haine, une maison trop grande, repliée sur son secret.
Dehors c’est le Carnaval, le déchaînement d’une ville en folie.Peu à peu la vérité se dégagera de l’ombre implacable.Et Stanislas Worms lui même aura soudain peur de comprendre.
Secrets d’écriture
Écrit en 1957 sous le titre « Que la terre te soit légère », ce roman a été refusé par les éditions de l’Arabesque et les éditions Denoël. Profondément remanié, grâce, notamment , aux conseils avisés de Thomas Narcejac («J’ai lu avec intérêt votre manuscrit. Il a les qualités et les défaut d’un premier roman. Les qualité : on sent que vous vous mettez vous-même tout entier dans ce livre. Les défauts : vous oubliez que vous écrivez un roman policier et non pas un roman. Et c’est bien pourquoi Denoël a refusé votre manuscrit. Voulez-vous un conseil ?…»), Coatmeur le propose en 1961 sous le titre «Cadavres et carnaval » au Masque qui l’accepte sous-réserve de quelques modifications. Le roman est finalement publié en février 1963 sous le titre « Chantage sur une ombre ».
- Librairie des Champs Elysées – Le Masque n° 783 (1963)







































































































































































































